Soudan

13 millions

de personnes déplacées depuis avril 2023

24,6 millions

de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë

45 000 personnes déplacées

dans le camp de Dar Omo à Feina, au Darfour

80 %

des services de santé primaires effondrés au Darfour

La situation humanitaire au Soudan

Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre civile d’une ampleur et d’une violence inouïes. Deux anciens alliés du coup d’État militaire d’octobre 2021, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR), s’affrontent pour le contrôle du pays. Le conflit a rapidement débordé de la capitale Khartoum pour embraser le Darfour, le Kordofan et l’État du Nil Bleu, plongeant des millions de civils dans une violence de masse.

  • Une catastrophe humanitaire sans précédent

    L’ONU qualifie officiellement la situation au Soudan de « pire crise humanitaire et de déplacement au monde ». Le bilan est vertigineux : on dénombre plus de 13 millions de personnes déplacées de force depuis avril 2023, dont 8,6 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins. La guerre a causé environ 150 000 morts – un chiffre largement sous-estimé – et plongé 24,6 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, avec des famines confirmées à Zamzam, El-Fasher et Kadugli. Le système de santé est presque entièrement détruit et les deux tiers des civils ont perdu l’accès aux soins de santé vitaux, la majorité des hôpitaux et cliniques ayant été fermés, détruits ou pillés.

  • Le Darfour, épicentre des violences

    Déjà marquée par des décennies de conflits intercommunautaires et de crises humanitaires, la région, le Darfour figure parmi les zones particulièrement touchées et connaît aujourd’hui un niveau de destruction sans précédent. La prise d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, par les Forces de soutien rapide (FSR) le 26 octobre 2025, a constitué un tournant dramatique, s’achevant par des exécutions de civils et des violences sexuelles massives. Le système de santé y est totalement effondré : environ 80 % des services de soins primaires, de santé maternelle, de prise en charge des traumatismes et de santé mentale ne sont plus disponibles. Par ailleurs, les baisses de financement qui touchent le secteur de la santé rendent toute reprise de couverture sanitaire significative extrêmement improbable à court terme.

  • Dans ce contexte, le Darfour est frappé par de multiples crises :
    • Sur le plan nutritionnel, la famine est confirmée à El-Fasher, avec près de 5 millions d’enfants et de femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë.
    • De nombreuses épidémies ravagent la région, notamment le choléra, avec 18 468 cas et 662 décès recensés dans 40 localités. Le paludisme reste la première cause de morbidité, avec plus de 2,5 millions de cas enregistrés en 2024. La faiblesse de la couverture vaccinale expose les populations à des risques élevés de flambées de rougeole, de diphtérie et de poliomyélite.
    • Les violences sexuelles sont systématiques. Les délais d’accès aux soins dépassent fréquemment la fenêtre thérapeutique de 72 heures pour la prophylaxie post-exposition, avec des conséquences graves pour les survivantes en termes de grossesses non désirées, d’avortements à risque et de morbidité maternelle.

NOTRE ACTION HUMANITAIRE AU SOUDAN

Médecins du Monde déploie actuellement son intervention dans le camp de Dar Omo, situé à Feina, dans le Darfour occidental. Ce camp accueille environ 45 000 personnes déplacées, dont la grande majorité a fui la ville d’El-Fasher depuis octobre 2025. En avril 2026, Médecins du Monde France a repris la gestion complète de la clinique, devenant ainsi le principal acteur de santé présent dans le camp et l’un des rares opérateurs médicaux à maintenir une présence active dans cette zone géographiquement isolée, marquée par des contraintes logistiques majeures.

  • Assurer des soins de santé primaire

    La clinique du camp de Dar Omo dispose d’une capacité de 200 consultations ambulatoires par jour. Elle comprend une salle d’urgence dédiée à la stabilisation et au référencement des cas critiques vers un hôpital géré par Médecins sans Frontières dans la ville de Kas, et un service de santé générale assurant la prise en charge des maladies infectieuses courantes, du paludisme, des pathologies chroniques et la gestion ambulatoire de la malnutrition aiguë.

  • Garantir l'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive

    La clinique assure des services de santé maternelle : soins prénataux et postnataux, accouchements, soins néonataux, planification familiale et prise en charge des infections sexuellement transmissibles (IST). La prise en charge des survivantes de violences sexuelles y est assurée de façon confidentielle, incluant la prophylaxie post-exposition, la contraception d’urgence et le traitement des IST. Des soins obstétricaux d’urgence de base permettent de gérer les complications obstétricales sur place, avec référencement vers des soins complets si nécessaire. Des activités de sensibilisation communautaire sur les droits et la santé sexuelle et reproductive sont également menées par les assistants de santé communautaire.

  • Prévenir et répondre aux épidémies

    Choléra, paludisme, rougeole : des risques épidémiques majeurs sont à craindre. Face à la menace, Médecins du Monde renforce les mécanismes de préparation et de réponse aux urgences sanitaires. Des plans d’urgence sont élaborés aux niveaux communautaire et clinique, des stocks de médicaments essentiels prépositionnés et le personnel formé à la détection précoce et à la réponse initiale. La surveillance épidémiologique est intégrée au travail des assistants de santé communautaire, qui jouent un rôle de sentinelles de terrain. Des modalités de réponse adaptables – cliniques mobiles, postes de santé temporaires, unités de réponse spécifique par maladie – permettront de maintenir la continuité des services en cas de choc aigu ou de pointe épidémique.

  • Prendre en charge la santé mentale

    Les besoins en santé mentale sont critiques dans ce contexte de crise prolongée. Les populations déplacées de Dar Omo présentent des taux élevés de dépression, d’anxiété et de syndrome de stress post-traumatique. La formation des assistants de santé communautaire aux techniques de premiers secours psychologiques leur permet d’apporter un soutien de première ligne et d’orienter les cas nécessitant une prise en charge spécialisée vers les services appropriés.

Histoire
  • Années 2000

    Médecins du Monde intervient au Soudan dans le contexte de la crise du Darfour, documentant les violations des droits humanitaires et soutenant l’accès aux soins des populations civiles affectées par le conflit.

  • 2003–2005

    Intervention au Darfour : présence sur le terrain auprès des populations déplacées fur, massalit et zaghawa.

  • 2026

    Reprise intégrale de la gestion de la clinique de Dar Omo (Feina, Darfour occidental), précédemment opérée par MSF Hollande. Lancement d’une stratégie intégrée couvrant les soins de santé primaire, la santé sexuelle et reproductive, la nutrition, la santé communautaire et la préparation aux épidémies.