© Arnaud Finistre

Abdelatif, médiateur communautaire bénévole

Abdelatif, 33 ans, a fui la Syrie avec sa femme Iman il y a sept ans. Aujourd’hui installé à Younine, dans l’un des campements qui tapissent la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, Abdelatif ne supporte pas l’inactivité à laquelle sa situation de réfugié le contraint. Depuis sept mois, Iman et lui promeuvent bénévolement les soins de santé mentale parmi les exilés syriens.

Pourquoi j'y suis ?

« En Syrie, j’avais un poste dans l’éducation à Raqqa. Mais ici, au Liban, nous n’avons pas de permis de travail. Dans le camp, nous dépendons de l’aide humanitaire et manquons d’activité. J’avais besoin d’être productif, d’avoir un impact positif sur la vie de notre communauté. Alors ma femme et moi avons postulé pour être bénévoles pour Médecins du Monde. Nous avons été formés à la santé mentale et à la manière de l’aborder, de réconforter ceux qui souffrent. C’est nouveau pour nous, un vrai défi. »

 

Ce que je fais ?

« Ma mission est avant tout d’expliquer aux gens que de la même manière qu’ils vont voir un médecin lorsqu’ils ont mal quelque part, ils peuvent consulter quand ils souffrent psychologiquement. Je leur explique que Médecins du Monde propose des services de santé mentale gratuits. Avant l’arrivée du Covid-19, nous organisions des séances de dix personnes. Maintenant nous faisons des visites à domicile ou des entretiens par téléphone. L’épidémie a créé des tensions dans les couples, les hommes souffrent de la pression de ne pas pouvoir satisfaire aux besoins de la famille, les parents crient sur leurs enfants qui traînent parce que les écoles sont fermées. Ils craignent de voir toute une génération inéduquée. »

Ils portent ces images des violences en Syrie comme un fardeau sur leurs épaules.

Ce que je ressens ?

« Avant de connaître Médecins du Monde je ne savais rien de la santé mentale. Je la considérais comme un sujet philosophique, abstrait. Aujourd’hui j’en mesure l’importance concrète. Je me sens comme une pieuvre avec plusieurs armes pour écouter et aider les autres. Et j’ai compris qu’elle est essentielle dès le plus jeune âge. La dépression qui touche les réfugiés est encore souvent liée à la Syrie. Chez les enfants cela se manifeste par des flashs, des images d’avions, de bombardements. Ils portent ces images des violences en Syrie comme un fardeau sur leurs épaules. C’est toujours présent, ça continue à vivre en eux. »

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