Elie, à la veille sanitaire de Paris

© Olivier Papegnies

Elie, à la veille sanitaire de Paris

Elie Gentil, travailleur social à la veille sanitaire de Paris chez Médecins du Monde depuis plus de 3 ans, revient sur ses missions auprès des personnes migrantes à Paris. Récit d’une brutale réalité des conditions de vie des migrants en France.

Comment êtes-vous arrivé chez Médecins du Monde ?

Après un changement d’orientation au cours des mes études de juriste, c’est dans le cadre d’un master en communication et gestion de projet humanitaire que j’ai eu la chance de pouvoir effectuer un stage sur la veille sanitaire mobile que Médecins du Monde met en œuvre auprès des personnes exilées dans les rues de Paris. Ces quelques mois sur le terrain m’ont ouvert les yeux sur la brutale réalité des conditions de vie des migrants en France.

C’était ma première expérience dans le milieu associatif, et j’ai été rapidement plongé au cœur d’une crise de l’accueil des migrants que je n’aurais jamais été capable d’imaginer. Je suis finalement resté en poste trois ans et demi.

 

En quoi consistait votre poste d’administrateur / logisticien ?

En tant qu’administrateur/logisticien de la veille sanitaire, j’étais en charge de la préparation, de l’organisation et de la gestion de nos trois permanences hebdomadaires sur les campements de rue du nord-est parisien. Après une identification des lieux et une première rencontre avec les personnes, la petite « clinique mobile » de la veille sanitaire propose des consultations médicales aux exilés sans-abri qui le souhaitent, directement sur leur lieu de vie. Chez Médecins du Monde, nos équipes sont composées de médecins et infirmiers bénévoles, et systématiquement dotées d’interprètes. Le travail est effectué en liens étroits avec un grand nombre d’autres organisations (associations et collectifs citoyens). 

La situation n’a cessé d’empirer au fil des années : le nombre d’arrivées de personnes n’a pas diminué, mais les possibilités de prise en charge sont restées plus qu’insuffisantes.

Mais malgré une forte solidarité sur le territoire parisien, la situation n’a cessé d’empirer au fil des années : le nombre d’arrivées de personnes n’a pas diminué, mais les possibilités de prise en charge sont restées plus qu’insuffisantes. Aujourd’hui, trois ans après mon arrivée, il y a toujours plusieurs milliers de personnes qui vivent dans des campements de fortune le long du périphérique.

 

 

Durant ces 3 années, quelle évolution avez-vous observé sur la situation des exilés en France ?

Depuis 2016, j’ai vu un cycle infernal se répéter : face à la longueur et la complexité de la procédure de demande d’asile ainsi que la saturation des dispositifs d’hébergement, les dizaines d’exilés qui arrivent chaque jour à Paris finissent par se regrouper en campements. Rapidement, le nombre de personnes sur ces lieux de vie de fortune augmente, et les conditions de vie, la proximité et la détresse des occupants vont être générateurs de tensions. C’est quand un incident survient ou que la situation d’un campement devient intenable qu’il est évacué. S’en suit alors une insupportable politique de harcèlement et d’invisibilisation qui a pour objectif de dissuader les nouveaux arrivants ou les personnes dont la prise en charge est terminée de se reconstituer en campement. Malheureusement, sans autre solution à proposer que des « dispersions » que les forces de l’ordre se chargent d’effectuer, le nombre de personnes dehors devient rapidement impossible à « invisibiliser », et un nouveau campement voit le jour.

 

© Olivier Papegnies
© Olivier Papegnies

 

Entre l’inaction des pouvoirs publics quand un campement de plusieurs centaines de personnes perdure et les harcèlements policiers qui suivent les opérations d’évacuation, je ne sais pas ce qui m’a le plus choqué. Être témoin de ces situations m’a cependant poussé à vouloir rendre notre travail plus efficace sur le terrain.

 

 

Quel a été votre mode de fonctionnement pour être efficace sur le terrain ?

Cette efficacité passe par une coordination des multiples acteurs de solidarité qui agissent sur le territoire : j’ai eu le plaisir de voir de nombreux intervenants d’horizons très différents parvenir à travailler main dans la main, à échanger des informations et à agir et faire passer des messages forts ensemble. Il y a certainement encore du chemin à parcourir, mais ces interactions se sont vraiment multipliées et formalisées au fil des années.

 

© Olivier Papegnies
© Olivier Papegnies

 

D’après vous, quel avenir pour les personnes migrantes en France ?

Ayant vu la situation se dégrader entre 2016 et 2019, je ne peux pas dire que je vois l’avenir d’un bon œil : ce dont nous étions témoin à Paris est malheureusement généralisable à de nombreuses autres villes de France et d’Europe. Nous vivons une période sombre où beaucoup de citoyens se tournent, par peur, vers des politiques haineuses et violentes dont les exilés sont souvent les premières victimes. Mais les nombreuses rencontres que j’ai faites dans le cadre de nos actions à Paris m’ont convaincu que quoi qu’il arrive, il restera toujours des gens pour se battre contre ces idées, et pour remettre l’Humain au premier plan. Je crois profondément aux combats qui sont portés : ils sont loin d’être gagnés, mais nous ne lâcherons rien.

 

 

Votre soutien
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.