Lucia, un parcours inspirant

Lucia, un parcours inspirant

Lucia, 34 ans, est haïtienne. Née dans la région de Jérémie, elle y a rejoint en 2010 les rangs de Médecins du Monde, présente depuis 30 ans en Haïti. Après avoir lutté ces dernières années contre les urgences chroniques qui ont frappé son pays, Lucia s’envolera bientôt vers une nouvelle mission à l’étranger. Récit d’un parcours inspirant.

Comment êtes-vous arrivée chez Médecins du Monde ?

Infirmière fraîchement diplômée, j’exerçais au sein de l’hôpital public Saint-Antoine du département de Grand’Anse, dans le Sud-Ouest d’Haïti, quand le pays a été frappé par le tremblement de terre de janvier 2010. Cette catastrophe a déstabilisé Haïti et ravagé la région de Port-au-Prince, provoquant un afflux de déplacés internes dans tout le pays. Des milliers de personnes se sont alors retrouvées dans une détresse absolue. Elles avaient tout perdu et étaient livrées à elles-mêmes.

 

 

À l’époque, Médecins du Monde était déjà implantée dans la région sur des programmes de nutrition, de soins de santé primaires et de santé sexuelle et reproductive. Cette présente lui a permis de réagir rapidement à l’urgence en apportant un appui logistique et médical aux centres de santé locaux face à cet afflux de déplacésinfo-icon. Par la suite, c’est pour répondre aux besoins des plus isolés d’entre eux que l’ONGinfo-icon a souhaité mettre en place des équipes mobiles, capable d’intervenir gratuitement dans les zones difficiles d’accès. L’objectif était de proposer gratuitement consultations, médicaments, prise en charge de la malnutrition infantile, mais aussi – compte tenu du total dénuement dans lequel survivaient ces personnes - de la sensibilisation à l’hygiène et à l’alimentation.

Quand j’ai appris qu’ils cherchaient des infirmières, j’ai tout de suite postulé.

 

Le 12 janvier 2010, un séisme destructeur frappait l'île d'Haïti, faisant 300 000 morts et disparus, plus de 300 000 blessés et près de 1,5 millions de sans abri. © Benoît Guenot
Le 12 janvier 2010, un séisme destructeur frappait l'île d'Haïti, faisant 300 000 morts et disparus, plus de 300 000 blessés et près de 1,5 millions de sans abri. © Benoît Guenot

Comment avez-vous vécu l'apparition de l'épidémie de choléra en 2010 ?

Alors qu’Haïti était aux prises avec les conséquences humanitaires désastreuses du tremblement de terre, la bactérie du choléra est apparue dans le département de l’Artibonite en novembre 2010, importée par un contingent onusien. Au vu des conditions sanitaires et des mouvements massifs de populations dans tout le pays, l’épidémie est très vite devenue un problème national.

 

 

C’était une maladie nouvelle à Haïti, personne ne savait de quoi il s’agissait, ni comment réagir. Cette méconnaissance a sans doute participé à la très forte mortalité des débuts. Nous-mêmes, professionnels de santé, craignions cette maladie foudroyante. Au sein de notre équipe, c’est grâce à l’expérience d’une collègue expatriée, qui avait déjà été formée à la problématique, que nous avons pu identifier la bactérie et nous adapter rapidement.

C’était une maladie nouvelle à Haïti, personne ne savait de quoi il s’agissait, ni comment réagir.

Mais face à cette nouvelle catastrophe dans un pays déjà à terre, la réaction de la population a été un enjeu supplémentaire. Certaines personnes croyaient par exemple à un mauvais sort et se tournaient vers des féticheurs plutôt que vers les centres de soins.
En plus des mesures sanitaires, il a donc fallu mener un profond travail de formation et de sensibilisation communautaire pour parvenir à endiguer l’épidémie.

 

Il n’y a plus de cas de choléra sur les zones où vous intervenez. Comment votre équipe et vous y êtes-vous parvenus ?

Nous avons su mener une lutte globale contre l’épidémie, allant au-delà de la simple prise en charge médicale des patients. Évidemment au début, nous avons dû nous montrer très réactifs pour sauver des vies : nous avons d’abord appuyé la direction sanitaire de la Grand’Anse en ouvrant 5 structures de prise en charge du choléra afin d’accueillir, soigner et surveiller décemment les malades. Nous avons également monté une équipe « urgence » capable d’intervenir n’importe où dans le département pour traiter et limiter les départs d’épidémies.

 

 

Le choléra est une bactérie très contagieuse. Pour lutter contre sa propagation, nous avons dû travailler sur des stratégies de réduction des risques d’infection, notamment lors des périodes les plus favorable aux pics épidémiques – saison des pluies, nouvelles catastrophes naturelles… Nos équipes ont collaboré étroitement avec les différentes autorités locales, qu’il s’agisse des directions d’écoles, des guérisseurs et sages-femmes traditionnels, et, bien-entendu, des centres de santé locaux. L’objectif était que ceux-ci usent de leur influence pour relayer auprès de la population les bons gestes et pratiques à adopter pour éviter la transmission de la bactérie, et qu’ils puissent également identifier et orienter les cas suspects.

Le choléra est une bactérie très contagieuse. Pour lutter contre sa propagation, nos équipes ont collaboré étroitement avec les différentes autorités locales.

En 2016, je dirigeais ainsi le programme choléra alliant soins, sensibilisation et formation dans trois départements haïtiens. Au niveau national, c’est dans six des dix départements du pays que Médecins du Monde luttait de la sorte pour éradiquer le choléra. Aujourd’hui, l’épidémie est maîtrisée sur l’ensemble du pays et il n’y a plus eu de cas suspect en Grand’Anse depuis un an. Et nous savons que grâce à la mission de transmission que nous avons déployée jusque dans les écoles de médecins et d’infirmières, les équipes locales sauront faire face en cas de nouveau pic épidémique.

 

Pour limiter la transmission de l'épidémie du choléra, un "gardien" de Médecins du Monde décontamine une habitation au chlore. © Olivier Papegnies
Pour limiter la transmission de l'épidémie du choléra, un "gardien" de Médecins du Monde décontamine une habitation au chlore. © Olivier Papegnies

Aujourd'hui, quelles sont vos perspectives professionnelles ?

Cela faisait quelques mois que je pensais à l’expatriation, mais j’attendais la clôture du programme choléra et sa passation aux institutions haïtiennes pour y songer réellement. Après des années à coordonner ce programme pour Médecins du Monde, j’ai appris que le travail de partenariat avec les institutions nationales est un enjeu majeur pour faire évoluer les politiques de santé. Je souhaitais approfondir mon expérience dans ce domaine en m’expatriant. Connaître d’autres pays et ministères sera un atout pour moi, cela me servira sans doute quand je rentrerai en Haïti.

Dans quelques jours, je m’envolerai donc pour Bangui, en République centrafricaine, où je deviendrai coordinatrice médicale, toujours pour Médecins du Monde. La Centrafrique connaît une période très difficile avec un conflit qui secoue le pays depuis 2013 et qui fait de la population sa première victime. Là-bas, mon rôle sera d’être en lien permanent avec nos structures de soins et établissements partenaires, pour m’assurer que la prise en charge des patients est la meilleure possible. Ce nouveau contexte ne me fait pas peur, Haïti non plus n’est pas un pays calme, je saurai réagir en situation de crise. On sait qu’elles peuvent arriver, il faut juste savoir les gérer.

Quoi qu’il advienne de mon futur, Médecins du Monde restera chère à mon cœur. C’est elle qui m’a fait avancer et découvrir mes compétences. Grâce à elle, à mes équipes et aux résultats que nous avons obtenus ensemble, je me suis améliorée humainement.

 

Lucia, 34 ans, est haïtienne, elle a rejoint Médecins du Monde en 2010. © Olivier Papegnies
Lucia, 34 ans, est haïtienne, elle a rejoint Médecins du Monde en 2010. © Olivier Papegnies
Lou Maraval
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