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Lettre de la famille d'Abubaker, exilé décédé à Calais

Abubaker, exilé vivant à Calais depuis 6 mois, est décédé lundi 28 février. Pour lui rendre hommage, sa famille dénonce les conditions dans lesquelles vivent des miliers de personnes depuis des années.

 

 

Pour Abubaker,

Abubaker est décédé lundi 28 février dernier. C’était un jeune homme de 26 ans soudanais, droit, attentionné et généreux. Un jeune homme qui, ici à Calais, s’organisait humblement pour accommoder au mieux l’accueil de ses amis et adoucir un quotidien terrifiant. Un jeune homme qui est décédé alors qu’il portait les affaires d’un nouveau venu et l’aidait à s’installer dans un camp de fortune.

Abubaker vivait à Calais depuis près de 6 mois avec l’un de ses frères dans l’objectif de rejoindre le Royaume-Uni. Il serait bien resté en France. Abubaker avait demandé l’asile à Nantes, avec un autre de ses frères, mais s’était retrouvé bloqué dans les limbes administratifs imposées par le règlement Dublin.

A Calais, Abubaker survivait comme de nombreuses autres personnes sur le lieu de vie dit de « Old Lidl », entre les expulsions toutes les 48h menées par la police, la confiscation des affaires personnelles, le froid et l’insuffisance de l’accès à l’eau, aux douches, aux repas.

Abubaker est décédé percuté par un train à l’endroit où les rails longent le lieu de vie. Un endroit où aucun panneau ne signale le danger d’un train roulant à grande vitesse, où aucune barrière ne délimite le chemin, où aucune alarme ne prévient de l’arrivée d’un train. Un endroit, comme ailleurs dans Calais, où les autorités semblent penser que la vie des personnes exilées n’est pas à protéger.

 

La mort d’Abubaker aurait pu être évitée. Il pourrait encore être avec sa famille et ses amis.

La politique de non accueil des personnes exilées en France, cette politique qui empêche les personnes de demander l’asile en France, qui à Calais prend la forme d’un harcèlement quotidien des personnes exilées, d’une chasse qui les pousse à se réfugier dans des interstices à côté des rails de train, cette politique-là est mortelle.
Mais la violence exercée contre les exilés ne se suspend pas quand le souffle de l’un d’eux s’arrête.

 

La mort d’Abubaker a été extrêmement violente. Plus d’une centaine de personnes exilées, dont ses amis, ont assisté à l’accident, ont vu son corps avant l’arrivée de la police, et ce qu’il en restait après. Le lieu n’a pas été nettoyé et jusqu’au lendemain de l’accident son sang et sa chair y étaient visibles. Ce sont ses amis et ses frères qui ont pris soin de couvrir ce qu’il restait de lui.

Les personnes exilées n’ont pu bénéficier d’aucun répit après un évènement si traumatisant. Les expulsions ont repris les jours suivants à leur rythme habituel, un rythme effréné, mercredi, jeudi, vendredi, comme s’il n’en était rien, comme si un homme ne venait pas de mourir. Puis la logique répressive a redoublé. « Le lieu est dangereux ? Emmenons de force les personnes qui y vivent dans des bus vers des villes éloignées, labourons la terre pour empêcher toute réinstallation. » Cette logique répressive, au contraire, pousse les personnes à se cacher encore davantage pour survivre dans des endroits dangereux, les pousse encore plus vers l’Angleterre alors que le franchissement de cette frontière est aussi mortel.

A aucun moment les services de l’Etat ne sont venu s’enquérir directement de l’état de santé des personnes témoins de l’accident, n’ont cherché à apporter leur condoléances à la famille, ne se sont assurés de leur prise en charge. A aucun moment, une véritable réflexion pour éviter ces drames, pour accueillir dignement en France, héberger les personnes selon leur souhait n’a été ouverte.

 

Pour Abubaker, pour les 348 personnes au moins décédées à la frontière depuis 1999 et pour toutes les personnes qui continuent de vivre à Calais, il est urgent de prendre la mesure de ce drame et de véritablement protéger les personnes en exil.

 

 

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