Programme Ai Nantes © Anaïs Oudart

Nantes, le sens du commun

Partager les doutes, les difficultés, les solutions aussi. C’est ainsi que sont pensés les ateliers proposés par Médecins du Monde à celles et ceux qui sont confrontés au mal-logement et à la précarité. Pour que malgré l’urgence, les questions relatives au bien-être, à la santé, à la sexualité, aux droits ne soient pas négligées.

L'essentiel
Vivre dans des habitats informels, instables, insalubres et indignes a de graves conséquences sur la santé. Dans une démarche communautaire de promotion de la santé – notamment sexuelle et reproductive – Médecins du Monde intervient dans ces lieux de vie à Nantes et Angers.

Créer du lien pour répondre à des problématiques de santé publique

«Je peux entrer ? C’est pour la fenêtre. » En bonne voisine, Fatima est venue proposer son aide à une mère hébergée comme elle dans un hôtel social de l’agglomération nantaise où intervient Médecins du Monde. Son bébé sur un bras et le biberon calé sous le menton, celle-ci semble dépassée. Elle ne parvient pas à fermer la fenêtre sous laquelle dort sa fille aînée de 18 mois, dans la chambre qu’elle occupe au premier étage. « J’ai peur qu’elle tombe », s’inquiète la jeune femme qui partage la pièce avec mari, enfants, poussette, jouets et vêtements. Neuf mètres carrés pour loger toute une vie de famille.

 

Cette scène de solidarité fait écho à la mission que s’est fixée la délégation Pays-de la-Loire de Médecins du Monde. Le programme 4I – pour « Impact des lieux de vie informels, instables, insalubres et indignes sur la santé » – vise en effet à créer du lien parmi les personnes vivant dans des habitats précaires pour répondre à des problématiques de santé communes.

 

 

« Tout est parti d’un diagnostic réalisé en 2019 et 2020, raconte la coordinatrice du programme, Sylvaine Devriendt. En interrogeant nos partenaires et les habitants de ces lieux, nous avons noté que les questions relatives à la santé sexuelle étaient nombreuses. Sur les grossesses non désirées, les violences, l’hygiène menstruelle, etc. Parmi les personnes que nous rencontrons, certaines connaissent mal le fonctionnement du corps. » Elles sont également peu ou pas informées sur leurs droits en France, sur l’accès au suivi médical, à la protection, à la contraception ou à l’interruption de grossesse.

C’est en créant un lien, que des thématiques comme la santé sexuelle et reproductive ressortent.

C’est à partir de ce constat – et de l’expérience positive des groupes de parole – que le choix est fait de se déplacer dans ces lieux de vie et de mettre en place des interventions collectives.

 

À Nantes et à Angers, Médecins du Monde identifie alors des squats, des centres d’hébergement d’urgence, des hôtels sociaux et bientôt des bidonvilles. Après avoir noué contact avec les habitants, évoqué les problèmes qu’ils rencontrent, des ateliers animés par une facilitatrice communautaire et un ou une bénévole sont mis en place, adaptés chaque semaine aux sujets qui émergent.

 

À l’Auberge de la Manu, à Nantes, vivent près de 140 exilés érythréens, soudanais ou gui- néens.

« Au cours des ateliers du mercredi après-midi, alors que nous parlions de santé de manière générale, des questions sur les modes de contamination et sur le traitement du VIHinfo-icon ont été posées. C’est en créant un lien, quand les gens voient qu’ils partagent les mêmes difficultés, que des thématiques comme la santé sexuelle et reproductive ressortent », indique Sylvaine Devriendt.

 

S’extraire du quotidien

À quarante-cinq minutes en transports en commun du centre de Nantes, l’hôtel social où vit Fatima accueille Médecins du Monde une fois par semaine depuis le lancement du programme en avril. Une quarantaine de chambres accueillent des familles régularisées ou en attente de papiers, quelques mineurs isolés non reconnus comme tels et des demandeurs d’asile qui attendent là que leur situation administrative soit évaluée.

 

© Anaïs Oudart
© Anaïs Oudart

Des femmes, des hommes et des enfants pour qui la solution d’hébergement temporaire a tendance à s’éterniser. Pourtant l’exiguïté des chambres, l’unique cuisine collective ou l’absence de machine à laver compliquent le quotidien. Surtout quand la précarité économique, la barrière de la langue ou le manque d’informations viennent entraver les déplacements, les démarches, les courses. Malgré la promiscuité, les personnes hébergées se croisent mais n’osent pas toujours se parler.

 

« Lorsqu’on arrive, on va frapper aux portes pour dire qu’on est là et que celles et ceux qui le souhaitent peuvent nous rejoindre pour discuter autour d’un café », explique Nolwenn David, facilitatrice communautaire. Autour des deux tables dressées à l’extérieur de l’établissement, quelques hommes d’Afrique de l’Est, une mère géorgienne avec son bébé, une femme afghane, des adolescents roumains.

 

Et Fatima, arrivée d’Algérie en 2018, une fidèle de ces rendez-vous dont la maîtrise de l’arabe et du français facilite le dialogue quand des interprètes, mis à disposition gratuitement par des associations partenaires, ne sont pas présents. «Nous n’avons pas beaucoup d’activités ici alors je suis contente de participer quand Médecins du Monde vient nous voir. »

 

Autour de la table, les réponses d’abord timides deviennent échanges, partage, entraide. Le projet qui doit durer jusqu’en 2025 entend démontrer l’efficacité des actions mobiles pour comprendre les freins à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive pour les personnes mal logées. « On pense qu’en raison de leurs préoccupations, de l’instabilité, les personnes confrontées à l’urgence sociale ne peuvent être sollicitées, insiste Sylvaine Devriendt. Il faut changer ça. Nous voulons aussi prouver qu’il est possible de les associer aux solutions qui les concernent. »

 

Signataire

Thomas Flamerion

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