URGENCE COLOMBIE : AIDEZ-NOS EQUIPES A AGIR EN URGENCE

Sarah-Marie Maffesoli,
juriste et référente travail du sexe à Médecins du Monde 

En avril 2016 était adoptée la loi de pénalisation des clients, qui visait à « renforcer la lutte contre le système prostitutionnel ». Dix ans après, la mesure est en grande majorité rejetée par les travailleuses et travailleurs du sexe, qui ont vu leur situation se détériorer. Sarah-Marie Maffesoli est juriste et référente travail du sexe à Médecins du Monde depuis cinq ans. Elle témoigne de l’enjeu essentiel de la décriminalisation du travail du sexe pour la reconnaissance et la protection des personnes concernées.

Décriminaliser le travail du sexe est la seule approche cohérente pour protéger les droits et la santé des personnes.

Sarah-Marie Maffesoli

Juriste et référente travail du sexe à Médecins du Monde

Comment le travail du sexe a-t-il évolué en France ?

Dix ans après, la loi de pénalisation des clients est un échec absolu. Elle ne protège personne mais prolonge au contraire des décennies de politiques répressives en marginalisant les travailleuses du sexe, en les éloignant de la santé, en les obligeant à travailler dans l’ombre et en faisant chuter leurs revenus. Selon une enquête de 2018, 63% des travailleuses et travailleurs du sexe ont connu une détérioration de leurs conditions de vie et d’exercice de leur activité depuis l’adoption de la loi, et 38% des personnes rencontrent désormais plus de difficultés à exiger des pratiques protégées. Les résultats de ce rapport ont aussi mis en avant une augmentation des violences, physiques et sexuelles, du harcèlement et des vols.

Quelles sont les actions de Médecins du Monde ?

Nous accompagnons l’activité des travailleuses et travailleurs du sexe, avec une démarche à contre-courant des abolitionnistes qui poussent à la criminalisation de la prostitution. Présentes à Paris, à Montpellier et à Rouen, les équipes organisent des tournées régulières et proposent de la prévention en santé, des dépistages et de l’information sur les droits. Côté plaidoyer, nous avons participé cette année à un projet de recherche incluant une grande consultation auprès des personnes concernées afin de déposer une proposition de loi communautaire pour la décriminalisation du travail du sexe. Pour la première fois, les travailleuses et travailleurs du sexe proposent une réforme législative élaborée à partir de leur expertise et de leur expérience.

Quels sont les objectifs de Médecins du Monde ?

Nous exigeons une réforme majeure. Déposée en avril et présentée au Sénat par des travailleuses du sexe, la proposition de loi implique avant tout une décriminalisation du travail sexuel, qui passe par la dépénalisation des clients et par l’abrogation de l’infraction de proxénétisme, qui est actuellement définie de manière si large que cela entrave la solidarité entre travailleurs et travailleuses du sexe. Elle intègre aussi le renforcement de la lutte contre l’exploitation des personnes concernées, le renforcement de la lutte contre les discriminations subies et une amélioration de l’aide apportée aux personnes sans titre de séjour.