Attaques contre la santé : triste bilan en Ukraine dix ans après la résolution 2286
04.05.2026
© Yiannis Yiannakopoulos
Le 3 mai 2016, le Conseil de sécurité des Nations Unies adoptait à l'unanimité la résolution 2286, condamnant les attaques contre le personnel de santé, les établissements médicaux ainsi que les blessés et les malades dans l’ensemble des conflits armés, partout dans le monde. Dix ans plus tard, ces engagements restent largement ignorés dans de nombreux contextes de guerre. En 2026, l'Ukraine figure parmi l'un de ces théatres où ces engagements continuent d'être systématiquement bafoués, plaçant les soins de santé sous le feu des assauts. La guerre en Ukraine est devenue une preuve documentée de cet échec persistant.
Système de santé et civils : les premiers impactés
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, les attaques contre les soins de santé ont atteint des niveaux sans précédent. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au moins 2 881 attaques ont été recensées entre février 2022 et la fin de l’année 2025, ciblant des hôpitaux, des cliniques, des ambulances, des entrepôts médicaux et des travailleurs de la santé.
Physicians for Human Rights (PHR) rapporte que le nombre d’incidents a fortement augmenté, passant de 445 en 2024 à 663 en 2025, soit une hausse de près de 50 % en une seule année.
Ces attaques engendrent des dommages immédiats sur les infrastructures de santé, mais également la fermeture d’établissements médicaux, la perte et le déplacement du personnel de santé. De plus, les perturbations répétées de l’approvisionnement en électricité, en eau, des transports et des chaînes d’approvisionnement médical compromettent gravement la continuité des soins. Les services d’urgence, la santé maternelle et infantile, les services de santé sexuelle et reproductive, la prise en charge des maladies chroniques, les soins de santé mentale et les services de réadaptation sont tous affectés, souvent encore longtemps après l’attaque elle-même.
Avec le temps, ces impacts cumulés érodent la santé des populations, creusent les inégalités et compromettent les perspectives de récupération bien au-delà des zones de front.
Médecins du Monde agit et témoigne sur le terrain
Dans ses opérations quotidiennes, Médecins du Monde est témoin direct des conséquences de ces attaques, notamment la suspension des activités de proximité, les dommages sur les établissements de santé et la santé des personnes, et la peur des patients d’accéder aux services de soins, qui ne sont plus toujours considérés comme surs, ainsi que la peur des professionnels de la santé de venir travailler.
Dix ans après l’adoption de la résolution 2286, la situation en Ukraine, comme dans d’autres contextes de conflit, démontre que la protection des soins de santé en temps de guerre est loin d’être assurée. En cet anniversaire, Médecins du Monde réitère son appel à toutes les parties aux conflits et à la communauté internationale, à respecter le droit international humanitaire, à assurer la protection des civils, des travailleurs de la santé et des infrastructures médicales. De l’Ukraine à Gaza, en passant par le Liban, l’Afghanistan, la République Démocratique du Congo et au-delà, les attaques contre les soins de santé continuent de compromettre la survie et la dignité des civils pendant les conflits et durablement après.
Protéger les soins de santé n’est pas optionnel. C’est une obligation légale et un préalable à la paix, à la résilience et à la santé publique.
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