Sandrine Chopin,
coordinatrice générale en Ukraine

L’humour, la solidarité et le fait de voir concrètement les résultats de nos actions sont des moteurs essentiels pour tenir dans la durée.

Depuis l’invasion russe il y a quatre ans, le conflit en Ukraine a affaibli le système de santé alors que 12,7 millions de personnes ont besoin d'assistance humanitaire dans le pays. Les hôpitaux, les centres de santé et les installations énergétiques subissent des attaques répétées au mépris du droit international humanitaire et aggravent les conditions de vie. Coordinatrice générale de Médecins du Monde à Mykolaev, Sandrine Chopin témoigne du courage des équipes malgré l’anxiété.

À quelles difficultés êtes-vous confrontés ?

Déjà critique, la situation est aggravée cette année par une vague d’attaques massives qui visent les centrales énergétiques et les lignes de transmission, coupant la population de l’électricité et du chauffage alors que le froid est extrême. Ces coupures touchent aussi les centres de santé où il fait parfois encore plus froid que chez les habitants, ce qui dissuade certains patients de venir se soigner, sans compter le danger sur certaines routes. En effet, les zones proches des lignes de front, comme Kherson, subissent des attaques de drones en permanence. Tous ces obstacles éloignent les plus vulnérables des soins, particulièrement les personnes isolées ou âgées, ce qui créé des retards de diagnostic et l’aggravation de leur état de santé.

Quelles sont vos missions ?

Nous travaillons avec des partenaires locaux qui se déplacent directement chez les personnes isolées ou à mobilité réduite afin de proposer des soins à domicile, apporter des médicaments ou renouveler des ordonnances. Pour limiter leurs déplacements dans les zones à risque et leur permettre de consulter des spécialistes, nous avons aussi lancé des actions de télémédecine, avec plus de 2000 consultations à distance réalisées en 2025. Nous soutenons les centres de santé ukrainiens en fournissant des médicaments, des équipements médicaux ou encore des chauffages d’appoint en cette période de grand froid. Présents à Kherson et à Mykolaev, nous allons étendre nos activités en ouvrant une nouvelle base dans la région de Soumy.

Quel est l’état d’esprit des personnes rencontrées et de l’équipe ?

Tout le monde a perdu quelqu’un ou a un membre de sa famille au front. La vie quotidienne est rythmée par les sirènes des alertes aériennes, ce qui contribue au stress et à l’anxiété. Face aux traumatismes, nous essayons de déstigmatiser la santé mentale : après quatre années de guerre, il est normal de ne pas aller bien. Nous proposons des sessions de sensibilisation et des consultations psychologiques, dans les centres de santé comme en ligne. Malgré la pression, l’équipe reste soudée et toujours aussi engagée. Sa résilience et celle de nos collègues ukrainiens est impressionnante. L’humour, la solidarité et le fait de voir concrètement les résultats de nos actions sont des moteurs essentiels pour tenir dans la durée.