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Travail du sexe le positionnement de Médecins du Monde

Le travail du sexe : définition

Médecins du Monde privilégie les termes « travail du sexe » et « travailleurs ou travailleuses du sexe » pour désigner l’activité et les personnes qui l’exercent, quelles que soient les conditions d’exercice.

Cette terminologie englobe les personnes majeures, de tous genres, dont l’activité repose sur des échanges économico-sexuels consentis qu’ils soient réguliers ou ponctuels.

Les situations, modalités, lieux, durées et organisations du travail du sexe varient selon les personnes qui l’exercent. Pour beaucoup, la prostitution est considérée comme un moyen temporaire pour financer un projet personnel (études, migration, soutien familial, régularisation administrative, etc.).

Les amalgames entre exploitation et travail du sexe

Médecins du Monde note que l’amalgame souvent fait entre traite des êtres humains et travail du sexe (TDS), ou entre traite et migration, mène souvent à la criminalisation du travail du sexe et de la migration, au lieu de lutter contre la traite.

Nous estimons que cette approche constitue une barrière à l’accès aux droits et aux services de santé, en plus d’être contre-productive. Elle ne mène pas à la lutte contre la violence et l’exploitation puisqu’elle tend à occulter la diversité des réalités et des modes d’exploitation.

Médecins du Monde dénonce toute forme d’exploitation, de contrainte, de trafic et de violence exercée à l’encontre des êtres humains et se positionne en faveur d’une application effective et durable des cadres juridiques internationaux et nationaux permettant de protéger les personnes en situation d’exploitation et de vulnérabilité.

Médecins du Monde promeut les principes de la Réduction des Risques, une approche fondée sur la santé publique et les droits humains.

Les projets menés visent à améliorer la santé publique et à développer une réponse communautaire non-jugeante, basée sur les besoins. Cette approche repose sur l’idée que les personnes concernées ne veulent pas ou ne peuvent pas toujours changer leur mode de vie, et qu’aucune condition préalable ne doit être imposée pour permettre leur accès à la santé et aux droits.

Médecins du Monde pose comme principe fondamental la promotion de la capacité des personnes à prendre soin d’elles-mêmes et à disposer de moyens d’agir sur leur santé, leur vie et leur environnement.

Nous réfutons ainsi toute approche victimisante au sujet des personnes travailleuses du sexe. C’est-à-dire partant du principe qu’elles sont des victimes qui doivent être protégées, y compris d’elles-mêmes. Cela ne conduit qu’à dénier le respect de leur existence, de leur humanité et de leur droit à être traitées comme des citoyennes à part entière.

Comment Médecins du Monde travaille avec les TDS ?

Les TDS sont considérées comme une population clé pour le VIH-sida, mais cela ne signifie pas qu’ils aient des besoins en santé spécifiques.

Leurs besoins en santé, en particulier en santé sexuelle, sont les mêmes que ceux de la population générale. Cependant, ils sont surexposés au VIH/IST et aux violences basées sur le genre en raison des politiques répressives et de la stigmatisation de leur activité.

Il est essentiel de ne pas réduire les questions de santé au VIH, mais de prendre en compte l’ensemble des enjeux de santé et de surmonter les obstacles à l’accès à la prévention, aux soins et aux services de santé.

La démarche de réduction des risques de Médecins du Monde promeut le consentement et l’autonomie des personnes. Nous poursuivons des objectifs d’amélioration de la santé des TDS, au même titre que la santé publique, par l’implication des personnes exerçant dans l’activité.

La criminalisation du TDS : qu’est-ce que c’est ?

La criminalisation du TDS se manifeste généralement sous trois formes, combinées différemment selon les pays pour interdire le commerce du sexe entre adultes consentants.

  • Les lois pénalisant la vente de services sexuels par des adultes consentants, comme celles sur le racolage, qui sanctionnent directement les travailleurs du sexe.
  • Les lois pénalisant l’organisation du travail du sexe, comme celles interdisant la gestion d’établissements ou la location de locaux.
  • Les lois interdisant l’achat de services sexuels auprès d’adultes consentants, sanctionnant les clients.

La criminalisation peut aussi être indirecte, par exemple avec des arrêtés municipaux interdisant le stationnement dans certains espaces. Quel que soit le périmètre, l’objectif de la criminalisation reste de contrôler le travail du sexe.

Pourquoi les lois de criminalisation nuisent à la santé des TDS ?

Les lois criminalisant directement ou indirectement le TDS nuisent à l’accès à la santé et aux droits des TDS. Elles les exposent à davantage d’exploitation et d’abus. Elles augmentent la précarité, favorisent la clandestinité de l’activité, limitent les stratégies de prévention et de soins, légitiment le harcèlement policier et forcent les TDS à se cacher. Elles les exposent davantage aux violences.

Médecins du Monde soutient une décriminalisation totale (TDS, clients et intermédiaires) en France, dans la mesure où le cadre légal français protège déjà toutes les victimes d’exploitation et de traite, y compris les travailleurs du sexe.

Ce positionnement vise à ne plus considérer le travail du sexe comme une infraction ou une déviance, et soutient des politiques basées sur la santé publique et les droits humains.

Une telle approche facilite l’accès à la santé et aux droits des travailleurs du sexe et lutte contre toutes les formes de violence, y compris l’exploitation.

 

Pour aller plus loin - FAQ

  • Quelques définitions complémentaires

    Prostitution : La prostitution réfère exclusivement à l’échange de relations sexuelles en présentiel contre un paiement et/ ou un service (logement, protection, produit psychoactif, aide à la migration, etc.). Chargé moralement, le mot « prostitution » a été, et est encore aujourd’hui, associé à la déviance, à la corruption et à la criminalité.

    Proxénétisme : Le proxénétisme renvois à tout acte ou toute personne qui aide, favorise ou exploite la prostitution d’une autre personne, que ce soit par la fourniture de moyens, de ressources ou en organisant le cadre dans lequel cette prostitution s’exerce, indépendamment du point de savoir s’il y a profit (excessif ou non). Cette définition, assez large, inclut non seulement les personnes qui organisent ou profitent directement des activités de TDS (exploitation financière directe), mais aussi celles qui facilitent de manière indirecte, parfois par des actes aussi simples que louer un appartement ou apporter une aide logistique.

    Racolage : Le racolage désigne l’acte de solliciter, attirer ou inciter une personne à se livrer à des actes sexuels, souvent en public ou dans un lieu fréquenté.

  • Quelles sont les différentes réglementations juridiques du TDS ?

    Il existe plusieurs systèmes juridiques qui classifient le travail du sexe en fonction de son statut et des lois qui l’encadrent. Chaque système a une représentation différente du travail du sexe.

    • Le prohibitionnisme : Ce système interdit totalement la prostitution, qu’il considère comme un fléau social. Dans les pays où ce modèle est appliqué, comme les États-Unis (à l’exception du Nevada), tous les acteurs impliqués dans le travail du sexe peuvent être sanctionnées pénalement (amendes ou peines de prison), que ce soit les TDS, les clientes ou les intermédiaires. L’impact d’un tel modèle est souvent discriminatoire puisque ce sont les TDS qui en pâtissent le plus .
    • L’abolitionnisme : Ce système autorise la prostitution, en tant qu’elle relève de la liberté individuelle, et l’achat de services sexuels mais condamne le proxénétisme. Né en réponse au système réglementariste, l’abolitionnisme vise originellement à l’abolition de la réglementation de la prostitution qui est perçue comme une déviance sociale. A la suite de l’adoption de politiques abolitionnistes dans de nombreux pays européens comme l’Espagne ou la Bulgarie par exemple, cette idéologie a évolué et vise désormais à l’abolition de la prostitution. En ne reconnaissant pas le TDS, ce système propose en réalité une nouvelle façon de le combattre. Il perçoit les personnes qui se prostituent non pas comme des délinquantes, mais comme des victimes, ce qui nie leur capacité d’agir et de faire des choix pour elleux-mêmes, contribuant ainsi à leur infantilisation et au renforcement de leur stigmatisation. De par sa nature, la prostitution est considérée comme une forme de violence faite aux femmes et une violation de leurs droits humains. Bien que ce modèle soit largement adopté au sein de l’Union européenne, il demeure en grande partie théorique, car de nombreux pays adoptent en réalité des pratiques plus proches du prohibitionnisme ou du réglementarisme, en imposant des mesures coercitives à l’égard des TDS.
    • Le modèle suédois : Introduit en Suède en 1999, ce modèle criminalise l’achat de services sexuels et le proxénétisme, mais ne pénalise pas directement les TDS. Il repose sur l’idée que la prostitution est intrinsèquement nuisible pour la société, est forcée par des contraintes extérieures ou intérieures, et vise à réduire la demande de services sexuels en punissant les clients, sans réprimer celles et ceux qui les fournissent. Certains soutiennent que ce modèle est un compromis, permettant de lutter contre la demande tout en préservant les TDS, considérées ici aussi comme des victimes. Néanmoins, de nombreuses études comme les constats terrains des organisations de personnes concernées et de celles travaillant avec eux, notamment en France, montrent que le modèle suédois est extrêmement préjudiciable pour les TDS.

    En effet, ce système rend plus difficile l’accès à des lieux de travail sûrs, complique la défense des droits fondamentaux des TDS, les isole et les contraint à la précarité, ce qui les expose davantage à des situations de dépendance, voire d’exploitation, et de vulnérabilité. MdM ne soutient donc pas le modèle suédois (voir infra).

    • Le réglementarisme : Ce modèle considère la prostitution comme un mal nécessaire, qu’il convient de réguler afin de limiter ses effets négatifs sur la société. Né en France au XIXe siècle et toujours en vigueur dans certains pays comme la Suisse, la Turquie ou les Pays-Bas, il implique une série de réglementations contraignantes. Les TDS doivent souvent se soumettre à un enregistrement administratif, passer des contrôles sanitaires réguliers et travailler dans des zones spécifiques, surveillées par la police. Les personnes qui ne respectent pas ces règles sont reléguées dans l’illégalité.
    • La décriminalisation : Ce système consiste à supprimer les lois qui criminalisent le TDS, permettant ainsi aux travailleurs de bénéficier des mêmes droits et protections que les autres travailleurs. Ce modèle ne met pas en place de régulations spécifiques mais supprime les sanctions pénales liées à l’exercice de cette activité pour toutes les personnes concernées (TDS, clients et intermédiaires). L’objectif est de protéger les TDS contre les discriminations et les violences, en les reconnaissant comme des personnes ayant le droit d’exercer une activité professionnelle sans être criminalisés. Ce modèle, adopté en Australie, en Nouvelle Zélande et en Belgique, permet également d’améliorer l’accès à des services de santé et de soutien, tout en réduisant la stigmatisation associée au TDS.
  • Qui sont les travailleurs du sexe ?

    Le terme « travailleurs du sexe » renvoie quant à lui aux personnes de 18 ans et plus, tous genres confondus, pratiquant le travail du sexe. Cette terminologie, privilégiée par Médecins du Monde, a été forgé à la fin des années 1970 par la militante féministe pro-sexe et écrivaine californienne Carole Leigh qui considérait que le mot « prostituée » était stigmatisant et connoté négativement. Cette terminologie est également en vigueur dans de nombreuses institutions internationales et est celle principalement adoptée par les organisations de personnes directement concernées. Lorsque la personne est mineure, Médecins du Monde utilise le terme de « mineurs proposant des services sexuels tarifés ». Comme tout travail, le travail du sexe est marqué par ses spécificités. L’une d’entre elle réside dans le fait que les travailleurs du sexe peuvent engager leur intimité physique dans leur activité professionnelle. Néanmoins, les situations des travailleurs du sexe sont extrêmement variées. En effet, chaque travailleur du sexe est unique puisque chaque être humain a un rapport différent à son intimité.

    On observe également que les contextes personnels, socio-économiques, légaux, géographiques ou culturels impactent le travail du sexe. Les travailleurs du sexe voient leur pratique professionnelle marquée par leur parcours de vie, leurs choix et leurs contraintes (qu’elles soient matérielles ou psychologiques). En outre, les inégalités liées au genre et à la sexualité jouent un rôle déterminant dans la façon dont le travail du sexe est perçu, tant par la société que par les institutions légales et médicales. Les femmes et les personnes LGBTQIA+ sont souvent plus stigmatisées, et leur accès aux droits fondamentaux, y compris à la santé et aux soins, est rendu encore plus difficile par ces biais. Le racisme, en particulier, exacerbe ces discriminations, en créant des hiérarchies invisibles mais très réelles parmi les travailleurs du sexe.

  • Qu’est-ce que l’approche Réduction des Risques liée au travail du sexe ?

    L’approche de Réduction des Risques est une stratégie de santé publique centrée sur la protection et le bien-être des personnes, en particulier celles qui sont confrontées à des situations de marginalisation et/ou de criminalisation, comme les TDS, mais aussi les usagers de produits psychoactifs ou les personnes LGBTQIA+. Cette approche vise à réduire les risques liés à certaines pratiques (comme la transmission du VIH et des IST) tout en respectant les décisions et la dignité des personnes concernées. Elle repose sur des principes de non-jugement, d’écoute active, et de reconnaissance du savoir des individus. En d’autres termes, elle reconnaît que les TDS, en tant qu’experts de leur propre expérience, savent ce qui est bon pour eux et doivent être libres de décider du moment et de la manière dont ils souhaitent recevoir de l’aide.

    L’objectif principal de la réduction des risques est d’améliorer la santé et le statut social des personnes, tout en réduisant les stigmatisations et les discriminations qu’ils subissent. Cela inclut différents types d’intervention, par exemple, la distribution de préservatifs, l’accès au dépistage des IST, et la création d’espaces où les TDS peuvent discuter de leurs besoins sans crainte d’être jugés. Cette approche permet aussi de renforcer l’autonomie des personnes, en les impliquant activement dans la définition des solutions qui répondent à leurs besoins.