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Lettre adressée au Président Emmanuel Macron

Lettre adressée au Président Emmanuel Macron

Recommandations pour mettre fin aux attaques contre les populations civiles au Yémen.

Monsieur le Président,

 

Nous, représentants d’ONGinfo-icon humanitaires et de défense des droits humains, prenons la plume une nouvelle fois pour vous alerter sur la détérioration rapide de la crise au Yémen et vous exhorter à faire tout ce qui est en votre pouvoir pour aider à mettre fin à une guerre dont les populations civiles sont les premières victimes. Pendant les neuf premiers jours du mois d’août, plus de 450 civils ont été tués selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, ce qui en fait l’une des périodes les plus meurtrières du conflit depuis mars 2015.

 

Comment ne pas être indignés par les images de cartables bleus de l’UNICEF ensanglantés après l’attaque aérienne de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui a visé un bus scolaire le 9 août dernier sur le marché de Dhahyan dans le nord du pays, tuant plus de 26 enfants ? Après avoir dans un premier temps qualifié le bus scolaire de cible « légitime », la coalition a finalement reconnu des « erreurs », promettant que leurs auteurs seraient punis et que des compensations seraient versées aux familles des victimes. Ce rare acte de contrition intervient après une toute aussi rare enquête interne de la coalition pointant des « dommages collatéraux ».

 

 

Depuis, des dizaines d’autres pertes civiles ont été rapportées au Yémen, notamment lors d’un raid aérien de la coalition le 23 août qui, selon l’ONUinfo-icon, a tué au moins 22 enfants fuyant Hodeidah avec leurs familles.

 

La semaine dernière, le Groupe d’éminents experts sur le Yémen (GEE), établi il y a tout juste un an par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONUinfo-icon, a pointé de possibles crimes de guerre de la part de toutes les parties au conflit. Le GEE estime que les frappes aériennes de la coalition ont causé la majorité des 6.600 cas directs de victimes civiles recensés par le bureau des droits de l’Homme des Nations Unies. « Les frappes ont touché des zones résidentielles, des marchés, des funérailles, des mariages, des centres de détention, des bateaux civils et même des centres médicaux », écrivent les experts, qui ont remis une liste confidentielle de noms de possibles auteurs de crimes de guerre à la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. 

Plus de 3 Yéménites sur 4 (22 millions) dépendent de l’aide extérieure pour survivre et plus de 8 millions sont menacés de famine.

Cette recrudescence des attaques contre les civils intervient sur fond de crise humanitaire aigue – la plus grave au monde selon l’ONUinfo-icon. Durement frappés par les combats, les Yéménites meurent également de malnutrition et de maladies évitables faute d’accès aux biens et services de base. Plus de 3 Yéménites sur 4 (22 millions) dépendent de l’aide extérieure pour survivre et plus de 8 millions sont menacés de famine. Selon l’ONUinfo-icon, 10 millions de personnes en plus pourraient rejoindre cette catégorie d’ici la fin de l’année faute d’amélioration sensible de la situation sur le terrain. Le blocus de fait imposé par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis continue d’entraver l’importation de l’aide humanitaire, de vivres et de carburant et la menace persistante d’une offensive de grande ampleur sur la ville portuaire de Hodeidah – par laquelle transitent plus de 70% des importations – ne fait qu’ajouter de l’incertitude à une situation déjà extrêmement précaire.

 

Face à l’extrême gravité de la crise, nous regrettons que le Yémen n’ait fait l’objet que d’une brève mention dans votre discours du 27 août devant les ambassadrices et ambassadeurs, alors même que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères n’en a pas dit un mot. Nous notons avec intérêt votre annonce d’initiatives concrètes « dans les prochaines semaines » et espérons que le Yémen restera une priorité de votre politique étrangère, comme nous l’ont assuré à plusieurs reprises vos collaborateurs.

A la veille du lancement de consultations entre parties au conflit à Genève, sous l’égide de l’Envoyé spécial des Nations Unies Martin Griffiths, permettez-nous de formuler trois recommandations précises pour la diplomatie française à propos du Yémen.

 

  • Nous vous exhortons à condamner publiquement et systématiquement toutes les attaques contre les populations civiles yéménites et autres violations du droit international humanitaire par l’ensemble des parties au conflit. Le communiqué du Quai d’Orsay condamnant l’attaque du 9 août contre un bus scolaire reprend l’appel du Secrétaire général de l’ONUinfo-icon à l’ouverture d’une enquête mais omet de mentionner qui sont les auteurs des frappes. Or les « regrets » présentés par la coalition le 1er septembre pour les « erreurs » commises lors du raid montrent que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, principales forces de la coalition, sont sensibles aux pressions de leurs alliés occidentaux, dont la France.

 

  • Nos interlocuteurs à l’Elysée et au Quai d’Orsay nous ont assuré que la France avait joué un rôle décisif dans la création du Groupe d’éminents experts sur le Yémen par le Conseil des droits de l’Homme en septembre 2017. Nous vous appelons donc à tout faire pour assurer le renouvellement, d’ici la fin du mois à Genève, de cette instance essentielle pour la lutte contre l’impunité au Yémen, le renforcement de son mandat et la mise en œuvre sans délai des recommandations contenues dans son rapport publié la semaine dernière, notamment :

    • L’arrêt immédiat des violences contre les civils en violation du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

    • La levée des restrictions à l’accès humanitaire et au mouvement de personnes, notamment à travers l’aéroport international de Sana’a.

 

  • Enfin, après les dramatiques attaques contre des civils de ces dernières semaines, nous vous appelons à suspendre immédiatement les transferts de matériel militaire français aux pays de la coalition, dont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, en raison du risque sérieux qu’il soit utilisé dans la commission de crimes de guerre. « On ne peut pas se prévenir de tous les risques » a reconnu la semaine dernière la ministre des Armées Florence Parly à propos du Yémen.

Trois Français sur quatre demandent une suspension des ventes d’armes aux pays impliqués au Yémen.

Le Groupe d’éminents experts mandaté par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONUinfo-icon recommande à la communauté internationale d’éviter de fournir des armes qui pourraient être utilisées au Yémen. Trois Français sur quatre demandent une suspension des ventes d’armes aux pays impliqués au Yémen selon un sondage YouGov pour SumOfUs. Parmi vos partenaires européens, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Belgique et la Norvège ont déjà restreint leurs ventes d’armes aux parties au conflit au Yémen. Aux Etats-Unis, le Congrès demande des comptes à l’administration Trump sur son soutien à la coalition au Yémen et le Secrétaire à la Défense a été contraint d’admettre que le soutien américain à l’Arabie saoudite n’était pas inconditionnel.

 

 

En France, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale est saisie depuis plusieurs mois d’une résolution visant à créer une commission d’enquête parlementaire sur les ventes d’armes françaises dans le contexte du conflit au Yémen. Cette proposition est soutenue par plusieurs dizaines de députés représentant 5 des 7 groupes représentés à l’Assemblée nationale (dont un dixième des députés La République en Marche). Nous vous invitons à faire tout votre possible pour encourager cette initiative visant à renforcer la transparence et le pouvoir de contrôle du Parlement.

 

Nous espérons, Monsieur le Président, que ces trois recommandations retiendront toute votre attention. Le silence de la France à l’égard des violations répétées du droit international au Yémen enverrait un signal désastreux d’indifférence vis à vis des millions de civils yéménites victimes du conflit. Nous sommes à votre disposition pour discuter plus en détails de ces recommandations.

 

Salutations respectueuses.

Liste des organisations signataires

ACAT
Action Contre la Faim
Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés (AIDL)
Amnesty International France
Avaaz
CARE France
Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH)
Handicap International
Human Rights Watch
Ligue des droits de l’Homme (LDHinfo-icon)
Médecins du Monde
Norwegian Refugee Council
Observatoire des armements
Première Urgence Internationale
Solidarités International
SumOfUs

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