En RDC, les femmes veulent, elles aussi, construire leur avenir

© Olivier Papegnies

En RDC, les femmes veulent, elles aussi, construire leur avenir

Kinshasa, capitale surpeuplée de plus de onze millions d’habitants du deuxième pays d’Afrique, la République démocratique du Congo (RDCinfo-icon). C’est ici que Médecins du Monde développe depuis de nombreuses années un programme en santé sexuelle et reproductive à destination des jeunes filles et des femmes.

 

 

L'un des taux de mortalité maternelle les plus élevé du monde

Dans ce pays, la question de l’accès à la planification familiale dont l’accès à l’avortement sécurisé pour les femmes et les filles mobilise la société. L’objectif est simple : permettre à chaque femme et chaque fille de disposer librement de son corps dans un pays qui compte parmi les taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde (693 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes).

Permettre à chaque femme et chaque fille de disposer librement de son corps.

Cependant les barrières législatives restent tenaces. En RDCinfo-icon, l’article 166 du Code pénal interdit l’avortement. Toute femme qui tente d’avorter ou qui avorte encoure une peine de cinq à dix ans de prison. Cette pénalisation de l’avortement oblige souvent les femmes qui ne souhaitent pas poursuivre leur grossesse à recourir à des méthodes clandestines et donc dangereuses pour leur santé et pour leur vie.

 

 

Face à cette situation, l’Union africaine a adopté en 2003 le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, plus communément appelé « Protocole de Maputo ». Celui-ci est le premier instrument juridique international à poser le cadre légal entourant le recours à l’avortement pour une femme. Il s’agit d’une avancée sans précédent pour les droits des femmes. Désormais celles-ci peuvent avorter en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste ou lorsque la grossesse met en danger la santé mentale  ou physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus.

 

•	Médecins du Monde agit et milite pour le droit des femmes à disposer librement de leur corps et décider de façon libre et éclairée de leur sexualité, de leur santé et de leur vie. © Olivier Papegnies
• Médecins du Monde agit et milite pour le droit des femmes à disposer librement de leur corps et décider de façon libre et éclairée de leur sexualité, de leur santé et de leur vie. © Olivier Papegnies

Des avancées certaines pour les droits des femmes

Quinze ans plus tard, en mars 2018, la RDCinfo-icon a publié ce Protocole au Journal officiel. Ce résultat est le fruit d’une mobilisation des forces vives du pays : « On fait ça pour les femmes de notre pays. Si on applique bien ce Protocole, on peut sauver des femmes et réduire la mortalité maternelle. C’est inconcevable qu’une femme meurt en voulant planifier sa grossesse. Il s’agit des droits des femmes, on n’oblige personne à se faire avorter, on dit juste à une femme qui se trouve dans ces conditions qu’il existe des solutions grâce au Protocole de Maputo via un avortement médicalisé » insiste le Colonel Kingudi, conseiller auprès de la Ministre du Genreinfo-icon

C’est inconcevable qu’une femme meurt en voulant planifier sa grossesse.

Mais le combat est long et périlleux pour les femmes congolaises. C’est le cas de la jeune Déborah, 24 ans et maman du petit Marcel. De nouveau tombée enceinte il y a quelques semaines elle est venue dans l’un des cinq centres de santé appuyé par Médecins du Monde, dans le quartier de Kingabwa à Kinshasa. Sans le savoir Déborah tient un discours engagé et féministe, que n’importe quelle femme aux quatre coins du monde pourrait avoir : « J’étais mal et en détresse psychologique. Je suis jeune, j’étais perdue. J’ai donc voulu me faire avorter parce qu’à mon âge, je veux construire d’abord mon avenir. Les femmes ne sont pas sur terre que pour faire des enfants. On doit aussi construire notre avenir et travailler ».

 

 

Deborah, 24 ans, a souhaité interrompre une grossesse pour poursuivre ses études. © Olivier Papegnies
Deborah, 24 ans, a souhaité interrompre une grossesse pour poursuivre ses études. © Olivier Papegnies

Témoigner pour sauver

Elle n’est pas la seule à s’être retrouvée en difficulté suite à une grossesse non désirée : « Il y a beaucoup de filles dans mon quartier qui souffrent du même problème ». Mais la toute jeune diplômée reste optimiste : « Je vous demande à vous, où que vous soyez, d’apporter votre aide à toutes les filles du monde. Sinon les filles meurent à cause de ces avortements clandestins. Il faut sensibiliser, il faut parler aux femmes, parler des méthodes contraceptives, parler des options que l’on a face à nous pour que l’on puisse choisir pour notre avenir».

Il faut parler aux femmes, parler des méthodes contraceptives, pour que l’on puisse choisir pour notre avenir.

Sensibiliser, informer, plaider auprès des responsables politiques, former les personnels de santé, appuyer les centres de santé de la capitale congolaise. C’est le travail quotidien des équipes de Médecins du Monde auprès des jeunes filles et des femmes congolaises: « Notre objectif est de réduire ces risques. A Kinshasa, six grossesses sur dix ne sont pas désirées et plus de la moitié d’entre elles se terminent en avortement. Il faut donc que notre pays se dirige vers des normes garantissant un avortement sûr et médicalisé, dans le cadre du Protocole de Maputo. Nous ne pouvons plus laisser des femmes mourir » rappelle le Docteur Patrick Lusala, coordinateur médical de Médecins du Monde en RDCinfo-icon.

 

En République démocratique du Congo, comme partout ailleurs, Médecins du Monde agit et se mobilise pour permettre à chaque femme de disposer librement de son corps. Ce combat se mène avec les principales concernées et la société civile. Désormais il appartient aux décideurs politiques de mettre en œuvre les droits des femmes, partout et tout le temps. Sans volonté politique, des femmes continueront de mourir parce qu’elles n’ont pas eu recours à un avortement sûr et médicalisé. Il est donc nécessaire de permettre un accès universel et sans entraves aux droits et services de santé sexuelle et reproductive.

 

 

Avec le soutien de la fondation Packard

 

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