Faire un don

Mal logé, mal soigné

Mal logé, mal soigné

Difficile, lorsque l'on vit à la rue, de prendre rendez-vous chez le médecin, de consulter un dentiste ou de suivre un traitement. Et pourtant. Les violences, l'insalubrité, le manque de sommeil, la faim et le froid pèsent lourdement sur la santé des sans-abri. À Paris, où cette précarité augmente de manière alarmante, les salariés et les bénévoles de la mission SDF leur offrent soins, écoute et conseils.

 

Un soir de novembre, dans le XIe arrondissement. La camionnette de Médecins du Monde quitte le centre d'accueil, de soins et d'orientation de Paris. À bord, deux médecins, une logisticienne, une assistante sociale et une accueillante. « Nous sommes nombreux aujourd'hui », sourit le docteur Paul Zylberberg, responsable bénévole de la mission. En temps normal, ils sont trois à assurer ces tournées, quatre soirs par semaine. « Il y a toujours au minimum un médecin dans l'équipe, ajoute-t-il, c'est essentiel. » À ses pieds, une trousse de médicaments de base, quelques kits d'hygiène, mais aussi trois thermos – de la soupe, du café et du thé – et quelques sandwichs « pour la convivialité ».

89 % des sans-domicile reçus dans nos centres de soins n'ont pas de couverture maladie, quand 76 % y auraient droit.

Assurer un suivi médical

Première étape de la tournée, la camionnette s’arrête devant le Panthéon. Assis devant une grille d’aération, face au monument à la coupole fraichement rénovée, Philippe, 60 ans, s’étonne de revoir Médecins du Monde. C’est pour lui rappeler son rendez-vous d’ophtalmologie que l’équipe est passée. Handicapé suite à un accident vasculaire cérébral, Philippe souffre de très nombreux problèmes de santé, dont une cataracte. « Pour descendre du trottoir je suis obligé de sonder le caniveau avec mon parapluie. Je n’ai qu’une jambe qui fonctionne alors il ne faut pas que je la casse. » Brandissant son ordonnance, il décrit le trajet qu’il empruntera le lendemain pour se rendre à l’hôpital. La camionnette repart, direction le sud de la capitale.

Dans les cas les plus complexes, un bénévole de l’association peut accompagner le malade pour s’assurer qu’il bénéficie des soins dont il a besoin. Car il n’est pas rare qu’une personne sans domicile oublie son rendez-vous ou qu’un événement la contraigne à y renoncer. « Dans la rue, l’environnement est extrêmement perturbant. Il faut vivre avec l’agressivité, les bruits de circulation, les mauvaises conditions climatiques », explique Paul Zylberberg. Un milieu hostile, dangereux, où se développent et s’aggravent les troubles psychologiques. Un sans-abri sur trois en souffrirait.

Il n’est pas rare qu’une personne sans domicile oublie son rendez-vous ou qu’un événement la contraigne à y renoncer.

Soigner et orienter

Boulevard Auguste Blanqui, sous les lignes aériennes du métro, une dizaine de personnes vit dans des tentes. Ils sont originaires de Transylvanie. Alina, la bénévole, parle roumain et assure la traduction. Selon les demandes, les médecins auscultent sur place, prennent la tension de l’un, donnent du paracétamol à un autre. « Je leur délivre des antalgiques simples, parfois un traitement antibiotique court pour les grosses angines par exemple, et du savon pour nettoyer les plaies », indique Patrick Bouffard, médecin bénévole. Les personnes qui souffrent de pathologies plus lourdes ou plus spécifiques sont orientées vers la permanence d'accès aux soins de santé (Passinfo-icon) d’un hôpital, un dispositif dédié aux personnes en situation de précarité.

C’est le cas d’un homme de 50 ans qui a mal aux dents. Faute de domicile et donc d’adresse, alors qu’il vit en France depuis 5 ans, il ne peut bénéficier de l’aide médicale d’État à laquelle il a droit en tant qu’étranger en situation irrégulière. Il devra donc se rendre à la Passinfo-icon bucco-dentaire de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. On lui remet une recommandation médicale de Médecins du Monde pour faciliter son accueil. Elle permet également d’avoir un retour sur les soins prodigués.

Il est presque minuit quand la camionnette passe avenue du Maine, dans le 14e arrondissement. Près de la gare Montparnasse, un jeune couple et leur bébé somnolent sur un matelas. Ils ont tous les deux 20 ans, la fillette un an et demi. Solveig Mattei, l’assistante sociale de la mission SDFinfo-icon, leur explique où et comment ils peuvent être aidés avant d’appeler le 115 pour leur trouver une solution d’hébergement d’urgence. Malgré le lancement du plan hivernal, ils resteront à la rue cette nuit. « Les places pour les familles sont rares. »

Sur la fiche de suivi, Solveig note qu’il faudra repasser les voir. Après quelques heures de tournée, l’équipe regagne le Casoinfo-icon de Médecins du Monde. Une autre prendra la relève le lendemain, pour continuer à soutenir et accompagner ceux que, commente Paul Zylberberg « l’on voit tous les jours mais qui restent transparents. »

Thomas Flamerion