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Enterrés vivants

Enterrés vivants

Pour imaginer l'ampleur du traumatisme causé par les démolitions de maisons, il faut comprendre la force du lien et de l’attachement que peuvent avoir les gens pour leur terre, leur maison, les collines et vallées où ils ont grandi, le lieu qu’ils identifient aux racines de leur famille et de leur culture, à l’histoire de leurs ancêtres…

La démolition, un véritable traumatisme

Abu Samed est né en Cisjordanie, dans le village d’Al Twayyel, à l'est d’Aqraba, dans le gouvernorat de Naplouse. C’est là qu’il imagine son avenir, c’est là qu’il veut passer sa vie. Il y a construit une maison pour sa famille dans laquelle ils ont vécu pendant sept ans. Malheureusement, cette maison est située en zone C1. Impossible d’y obtenir un permis de construire. Les autorités israéliennes ont déclaré que l’endroit était une zone militaire fermée et ont promulgué des ordres de démolition.

Le 29 avril 2014, très tôt le matin, la famille d'Abu Samed (11 personnes en tout) a été réveillée par les forces de sécurité israéliennes venues détruire la maison. En quelques heures, elle est réduite à un tas de décombres, comme si elle n’avait jamais existé. Trois autres maisons et une mosquée sont démolies ce jour-là dans le village. Plusieurs organisations humanitaires ont apporté du soutien aux familles, notamment en installant des tentes en guise d’abris d'urgence. Mais le 12 mai, l'armée est revenue détruire d’autres maisons et a saisi les tentes.

En quelques heures, la maison est réduite à un tas de décombres, comme si elle n’avait jamais existé.

Médecins du Monde est alors intervenu pour apporter un soutien psychosocial aux enfants afin de les aider à surmonter le traumatisme. Après les opérations de l’armée et la destruction de leur maison puis de leur abri, les enfants font des cauchemars, souffrent d'énurésie. Ils ont des flashbacks, ont peur, sont stressés…

Abu Samed a dû trouver un autre logement pour sa famille. Sa seule option était de restaurer une vieille maison pour la rendre habitable, ce qui est également interdit par l’occupation. Mais en décembre 2014, l’armée est revenue et, encore une fois, a détruit le refuge de la famille. La répétition des attaques et les incertitudes sur l’avenir sont une source de stress pour toute la famille.

Déterminé à ne pas quitter son village, Abu Samed a décidé de s'installer dans une grotte. Grotte qui, par le passé, était utilisé comme tombe. « Ils nous ont enterrés vivants », souffle-t-il, amer…
 

Des discrimination administratives lourdes de conséquences

Chaque année, des centaines de maisons palestiniennes et d’infrastructures sont démolies pour absence de permis de construire, Israël ayant refusé de les accorder. Le gouvernement israélien empêche les constructions en recourant à une variété de moyens administratifs, judiciaires, militaires, et en invoquant différentes justifications (déclaration d’une zone comme « terrain militaire » ou « propriété abandonnée », expropriation d’utilité publique…). Plus de 94% des demandes de permis de construire palestiniennes ont été rejetées au cours des dernières années.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), « les contraintes du système de planification rendent presque impossible pour les Palestiniens d'obtenir des permis, tout en offrant un traitement préférentiel pour les colonies israéliennes ». Selon l’UNRWAinfo-icon, « beaucoup des personnes impactées vivent déjà dans la pauvreté, et les démolitions sont une des principales causes de leurs déplacements et leurs dépossessions permanente en Cisjordanie. Les démolitions conduisent à une détérioration significative des conditions de vie. Les familles et les communautés sont confrontées à une aggravation de la pauvreté et une instabilité de long terme, ainsi qu’un accès limité aux services de base tels que l'éducation, les soins de santé, l'eau et l'assainissement. »

 
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