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Soigner ceux qui ne font que passer

Soigner ceux qui ne font que passer

Ils sont fragilisés par leur histoire personnelle, l’errance, le harcèlement et la précarité. Depuis dix ans, Médecins du Monde accompagne les migrants sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais. Son but, leur garantir un accès aux soins et améliorer leurs conditions de vie à Calais, Dunkerque et à Tatinghem, près de Saint-Omer.

 

Il est 14h ce mercredi d’hiver quand l’ambulance de Médecins du Monde arrive à Tatinghem, à 50 kilomètres de Dunkerque. Lorsqu’il s’engage sur un chemin de terre entre deux champs, le véhicule s’enlise. Il faut glisser des planches sous les roues pour le dégager et atteindre la « jungle » de Tatinghem, le camp de migrants qui s’étale en contrebas, dans un fossé tapissé de givre, de boue, de palettes. « Quand je me réveille le matin, ma couverture est détrempée, comme si elle était restée dehors », raconte Mohammad, venu de Kaboul.

Les maux de l’errance

Ce jour-là, une trentaine d’Afghans, dont une femme, et quelques mineurs égyptiens partagent les baraques de fortune construites par les associations avec les migrants. Des parois de contreplaqué renforcées de bâches et de couvertures, dédiées au couchage, à la cuisine, à l’hygiène, à la prière. Ici, pas d’eau courante, c’est l’association Emmaüs qui remplit régulièrement une citerne. Une fois par semaine, les migrants sont emmenés prendre leur douche dans une structure associative. Car le manque d’hygiène est l’un des problèmes majeurs de ces personnes qui, après avoir traversé de nombreuses frontières, échouent dans l’une des jungles du Nord-Pas-de-Calais. « Il y a régulièrement des cas de gale, explique Suzanne, infirmière bénévole, mais les gens ne restent pas assez longtemps pour que nous les traitions complètement. »

Pour certains, gagner l’Angleterre c’est échapper à la misère et pouvoir envoyer de l’argent à leur famille. D’autres fuient la guerre, l’oppression, l’intolérance…

Munis d’un numéro de passage, ils sont une douzaine à défiler dans l’ambulance. Le docteur Chabrier les reçoit accompagné de Sohailia, une réfugiée politique afghane qui assure la traduction. « On rencontre des maladies saisonnières, des blessures, des gastrites dues au stress et à la malnutrition, des panaris ou des problèmes de genoux causés par les longues marches dans de mauvaises chaussures », explique-t-il. Sans Médecins du Monde, ces migrants ne se feraient pas soigner parce qu’ils ne connaissent pas leurs droits et que les permanences d’accès aux soins de santé se trouvent bien trop loin. Parce qu’ils risquent de se faire contrôler par la police en chemin et manquer une occasion de « passer » de l’autre côté de la Manche.

Accueillir la souffrance

Or, pour certains, gagner l’Angleterre c’est échapper à la misère et pouvoir envoyer de l’argent à leur famille. D’autres fuient la guerre, l’oppression, l’intolérance. Comme Reza, un Iranien de 27 ans aux traits creusés dont se souvient Clothilde Colomb, référente de la mission mobile du Dunkerquois. « Lorsqu'il s'est présenté, Reza s'est plaint de multiples douleurs avant de craquer et de raconter le racket et la violence des passeurs qui réveillaient les séquelles des tortures subies en Iran. » Pour s'être converti au christianisme, Reza est emprisonné 3 mois. On lui injecte de l'huile de moteur dans les gencives. A sa libération, ses parents lui annoncent que son frère, détenu pour les mêmes raisons, n'a pas survécu. Alors Reza fuit. Vers la Turquie, l'Italie, puis la France, où Médecins du Monde le trouve à bout de forces, le soigne et l'oriente vers une solution d'asile en France.

L’association milite pour que des dispositifs d’hébergement sécurisés soient proposés aux migrants. « Les abris que nous avons construits sur certains sites ont été acceptés et améliorés par la communauté d’agglomération de Dunkerque, se réjouit Cécile Bossy, coordinatrice de la mission. C’est ce genre de modèles qui fait tomber les préjugés sur le vivre-ensemble. » Et c’est ce genre de modèle qui permettra de lutter plus efficacement contre la précarité sanitaire des migrants.

Thomas Flamerion
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