Faire un don

Redonner le sourire aux enfants hospitalisés

Redonner le sourire aux enfants hospitalisés

La mission parrainage accompagne des enfants de tous âges, isolés affectivement, pendant leur hospitalisation. Une mission remplie de joie, parfois difficile, mais essentielle pour le bien-être des enfants.

 

Arissali souffle sur un pissenlit et les akènes s’envolent vers Jean-Claude, son parrain. Il sourit, heureux d’être dehors, à marcher dans les feuilles mortes. « La première fois que je l’ai emmené en forêt, il n’osait pas marcher, raconte Jean-Claude. Ce tapis de feuilles mou l’effrayait, il ne marche que sur des sols durs. » Arissali est arrivé à l’hôpital pour enfants de Margency à 1 an et demi, sans ses parents, restés à Mayotte. Une assistante sociale a contacté la mission parrainage de Médecins du Monde et Jean-Claude Mangou a accepté d’être parrain et d’accompagner ce petit garçon pendant son hospitalisation et de lui apporter affection et réconfort. Sur la balançoire, la complicité qui les unit depuis plus de deux ans se lit dans leurs rires et leurs regards. « Un parrainage sur plusieurs années n’est pas évident, c’est beaucoup d’investissement, parfois il y a des moments de découragement. Mais il est tellement attachant cet enfant, impossible de ne pas succomber», avoue Jean-Claude.

Le parrainage est une mission compliquée, qui implique beaucoup d’émotion, de remise en question et il faut être préparé.

De la rigueur et de l'éthique

Parrain depuis cinq ans, il a rejoint Médecins du Monde à sa retraite, très attiré par la dimension humaine de la mission. Il a alors entamé le processus de sélection. « C’était un vrai challenge personnel à 60 ans de faire un dossier de candidature pour expliquer ses motivations et de rencontrer une bénévole et une psychologue qui s’assurent que l’on a le profil, se souvient Jean-Claude. Mais j’aime cette sélection, elle prouve le sérieux de l’association. Le parrainage est une mission compliquée, qui implique beaucoup d’émotion, de remise en question et il faut être préparé. » C’est pourquoi l’équipe de Médecins du Monde a mis en place une formation de quelques jours avant le premier parrainage, des groupes de parole tous les mois et des conférences chaque trimestre.

Le parrain ne vient que pour l’enfant

« Cette mission apporte beaucoup de joies mais aussi de souffrances. 15 à 20 % des parrainages sont des accompagnements de fin de vie, précise Serge Lipski, coresponsable de la mission avec Sylvie Guillaume. Les parrains et marraines doivent s’exprimer, le groupe de parole permet aux anciens de parler de leur expérience, de donner des conseils. »

Présence, affection et soutien

Alors qu’il ramasse des marrons, Arissali s’arrête pour observer, fasciné, le ballet des voitures qui entrent et sortent du parking. « Pour les enfants, c’est une chance de pouvoir sortir, on leur donne un espace de liberté, ils peuvent s’échapper d’un lieu où ils sont toujours au centre de l’attention, explique Jean-Claude. Dehors, ils font l’expérience de la vraie vie, de l’indifférence des gens. C’est long de marcher dans la rue avec Arissali, il s’arrête à chaque feu rouge pour le voir passer au vert, puis au rouge… » La mission parrainage est en lien étroit avec les hôpitaux. Quand un enfant arrive sans ses parents ou que ceux-ci ne pourront être présents régulièrement, les assistantes sociales contactent les coordinatrices pour un parrainage, avec l’accord des parents. « Le parrain ou la marraine apporte une présence et de l’affection, explique Bérangère Desprez, assistante sociale à l’hôpital Robert-Debré. C’est une personne bien identifiée pour l’enfant, quelqu’un qui ne vient que pour lui, qui prend le temps de jouer, de parler avec lui, autrement que le personnel soignant, c’est essentiel. »

Accompagner et témoigner

Nathalie Lemaire, marraine depuis 12 ans, a vécu une quarantaine de parrainages, de quelques jours à quelques mois. Travaillant à temps plein dans une banque, elle va voir Ilyes, 1 an et demi, trois soirs par semaine et le dimanche après-midi. « C’est une mission très gratifiante. Elle demande du temps, énormément d’énergie, de l’organisation, mais quand j’y suis je ne pense à rien d’autre. Je me sens vivante mais ça demande du travail sur soi, on ne peut pas s’engager à moitié. » Elle a eu des doutes au bout de dix ans. Fatiguée, besoin de souffler après un décès, mais comme pour Jean-Claude, le parrainage est une addiction. Au-delà de l’accompagnement, c’est une mission de témoignage. « Nous nous battons pour que la France respecte les textes qu’elle a signés, insiste Serge Lipski. La déclaration des droits de l’enfant et la charte européenne de l’enfant hospitalisé stipulent qu’un enfant ne doit pas être séparé de sa mère plus de quelques jours. Mais dans les faits, c’est très compliqué d’obtenir des titres de séjour provisoires. Une petite fille a attendu 2 ans avant de voir sa maman. C’est de la maltraitance ! »

Cette mission demande du temps et de l’énergie mais quand j’y suis je ne pense à rien d’autre.

Un bénéfice reconnu

Arissali a reçu une belle lettre de sa famille, Jean-Claude lui lit. Les parrains et marraines ne sont pas là pour se substituer aux parents, ils leur parlent souvent d’eux et de leurs frères et sœurs.

Le parrainage est précieux pour les équipes soignantes

Ils évoquent leur retour. « Il faut préparer l’enfant à retourner chez lui, surtout avec les jeunes, pour les ados c’est différent, poursuit Jean-Claude. C’est aussi une période où l’on se prépare, nous, à la séparation. Terminer un parrainage n’est pas facile, on s’attache forcément à l’enfant, mais il faut savoir garder de la distance. » Les équipes soignantes assurent que le parrainage est bénéfique à l’enfant pour supporter son séjour à l’hôpital et combattre sa maladie. Elles parlent souvent des parrains et marraines avec eux. « Nous sommes émerveillés de voir l’impatience de l’enfant qui attend sa marraine, se réjouit Bérangère Desprez. C’est très précieux pour nous de savoir que quelqu’un vient régulièrement, car nous ne pouvons pas être disponibles tout le temps pour chaque enfant. »

Nolwenn Roussier

Aller plus loin