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Aux origines de la guerre civile

Aux origines de la guerre civile

Fin novembre 2010, Alassane Ouattara est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par la Commission électorale indépendante et reçoit le soutien du premier ministre Guillaume Soro et d’une partie de la Communauté internationale. De son côté, le président sortant Laurent Gbagbo est déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel et reçoit le soutien du général Philippe Mangou, commandant de l’armée. La Côte d’Ivoire se retrouve avec deux présidents tentant de s’imposer sur l’ensemble du pays.

 

Cette situation va paralyser l’économie du pays et plonger la population ivoirienne dans une nouvelle crise interne. Des combats éclatent à Abidjan entre des forces armées pro-Ouattara et l’armée régulière. Début mars, la tension gagne l’ouest de la Côte d’Ivoire, où les Forces Nouvelles qui contrôlaient une grande partie du nord du pays, prennent le contrôle de nouveaux territoires. Fin mars les pro-Ouattara, rebaptisés Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) prennent le contrôle de Yamoussoukro, capitale politique du pays. Le sud du pays est conquis en quelques heures et les troupes pro-Ouattara entrent dans Abidjan sans rencontrer de réelle résistance : l’armée régulière et la gendarmerie ont fait défection et se sont rangées du côté d’Alassane Ouattara.

Laurent Gbagbo et sa famille se sont retranchés dans la Palais présidentiel d’Abidjan, protégés par un dernier carré de fidèles. Le palais est assiégé par les forces pro-Ouattara, appuyées par les forces onusiennes et françaises, et Laurent Gbagbo est arrêté le 11 avril.

Depuis deux semaines, nos équipes œuvrent à renforcer les capacités du ministère de la Santé pour obtenir la réouverture des 20 centres de santé dans et autour de Yopougon.

Côte d'Ivoire. © Sébastien Duijndam
Côte d'Ivoire. © Sébastien Duijndam

ABIDJAN - 10 MAI 2011

Yopougon, refuge pour de nombreux miliciens et mercenaires qui n’avaient nulle part où aller après la chute de Gbagbo le mois dernier. L’anarchie y a régné en maître au cours des dernières semaines, les gangs armés et les milices faisant régner la terreur. Et comme souvent, la frange la plus pauvre de la population, celles des bidonvilles, n’avait d’autre choix que de subir les combats tandis que ceux qui étaient un peu mieux lotis tentaient de se rendre en lieu plus sûr.

La semaine dernière s’est jouée la bataille finale pour Yopougon et le contrôle total d’Abidjan, pâté de maison par pâté de maison, rue par rue. En visitant les centres de santé dans les zones les plus touchée, on pouvait presque toucher la tension des derniers jours. Certains voulaient nous parler quand d’autres évitaient tout sujet lié aux combats ou à l’insécurité. À de nombreuses reprises, on nous a demandé de ramasser les corps des miliciens qui avaient été abandonnés depuis plusieurs jours au beau milieu des rues, ajoutant encore de la tension dans une atmosphère déjà très lourde. La traque des combattants qui se cachent parmi les populations se poursuit.

La plupart des centres de santé de Yopougon sont restés portes closes le mois dernier, certains pourtant sont parvenus à fournir des soins de base avec le peu de personnel et de médicaments présents. Les soignants, qui souvent vivent eux-mêmes dans le quartier, savent à quel point le centre de santé représente un soutien moral pour toute la population malgré le manque de traitements. Ils ont souvent eu à soigner les combattants et des militaires dans des circonstances difficiles et parfois sous la menace, mais également les civils pris au piège des combats. Nous admirons leur sens des réalités et le calme dont ils ont dû fait preuve pour continuer à travailler et comprendre que quelle que soit la cause ou le contexte, au final un patient reste un patient.

Médecins du Monde fournit des médicaments et du matériel aux centres de santé . © Sébastien Duijndam
Médecins du Monde fournit des médicaments et du matériel aux centres de santé . © Sébastien Duijndam

Le gouvernement a décrété la gratuité temporaire de tous les soins médicaux et des médicaments. Nous nous assurons du bon fonctionnement des centres en participant aux coûts de fonctionnement et en fournissant médicaments et matériel. Dans les zones les plus touchées, nous remplaçons les équipements qui ont été pillés. Nous accordons une attention particulière à ceux qui ont été directement touchés par la crise et ont besoin de soins comme les blessés, les victimes de violences sexuelles, les porteurs du VIHinfo-icon ou de la tuberculose, et référons les patients pour les soins psychosiaux. Nous soutenons également le seul hôpital psy d’Abidjan pour dispenser des consultations gratuites pour tous ceux qui en ont besoin.

Une guerre aux lourdes conséquences

Nous ne pouvons plus travailler

Madame E, directrice d'une maternité et d'un dispensaire, nord d’Abidjan

« Dès la mi-décembre, juste après les élections, des gens ont commencé à tirer sur des manifestants. Certains sont venus se faire soigner à la maternité, mais comme ils avaient des balles dans le corps, nous les avons dirigé vers les hôpitaux. À partir du 12 février, notre personnel a demandé à fermer la maternité et le dispensaire car c’était trop dangereux. Alors nous avons arrêté nos activités. Et fin mars, nos deux centres ont commencé à être pillés, saccagés. Depuis nous ne pouvons plus travailler, bien que le personnel ait commencé à revenir. Nous comptons sur les ONGinfo-icon pour redémarrer nos activités. »

Pendant 15 jours, personne ne pouvait sortir

Monsieur L, responsable d’une association

« Le jeudi 31 mars, je suis parti comme d’habitude au travail, mais plein d’amis m’ont appelé pour me dire de rentrer car les nouvelles étaient alarmantes. Avec un collègue, nous avons été encerclés par des civils armés qui voulaient nous prendre le véhicule. Finalement, ils nous ont laissé passer, car nous leur avons dit que nous étions dans un véhicule humanitaire. Une fois rentrés, ce fut la descente aux enfers : les rues étaient vides. Pendant quinze jours, personne ne pouvait plus sortir, on ne voyait que des hommes en armes, parfois avec des couteaux, qui organisaient des barrages pour arrêter et rançonner les gens. Seule la Croix-Rouge ivoirienne pouvait circuler pour ramasser les corps. On pouvait se faire tuer pour un rien, parce qu’on n’était pas Ivoirien ou du même bord ou parce qu’on portait des amulettes. C’est ce qui est arrivé à un homme qui était pourtant du quartier. Les tueurs étaient souvent des jeunes, complètement drogués ou ivres. Un jour, un groupe a voulu nous brûler car nous étions une ONGinfo-icon, donc dans leur esprit nous étions le diable, forcement du côté de la France ! Au bout de ces quinze jours de folie, les habitants ont commencé à ressortir de chez eux car ils n’avaient plus rien à manger et ils n’avaient pas d’autres solutions que d’aller piller les magasins. Les chefs de communauté n’étaient même plus respectés : les gens avaient perdu toute valeur. Aujourd’hui, la situation est stable, nous ne sommes pas directement menacés, même s’il y a toujours des jeunes armés qui circulent. »