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Récit d'une violence institutionnelle

© Olivier Papegnies

Récit d'une violence institutionnelle

Le nombre d'enfants parmi les exilés ne cesse d'augmenter. En Europe, plus d'un réfugié sur 3 est un enfant. Parmi eux, certains sont seuls, sans leurs parents. Ce sont les mineurs non accompagnés (MNA). 

En France, cette problématique a longtemps était sous-estimée et le reste encore aujourd'hui. On estime que plus de 25 000 enfants non accompagnés ont été pris en charge en 2017 mais un très grand nombres de MNA ne bénéficent d'aucune protection et vivent dans des conditions qui les exposent à tous les dangers.

Voici l'histoire de Tony, 16 ans. Nous le rencontrons alors qu’il vient d’arriver en France.

Un état de stress extrême

Lors de sa première venue chez Médecins du Monde, nous avons immédiatement constaté chez Tony un état de stress et d’anxiété extrême du fait de nombreux traumatismes vécus, tout particulièrement des violences subies dans son pays et lors du trajet migratoire. Ce jeune exprime par ailleurs des plaintes concernant sa vue et une sensation de troubles de l’équilibre. Une baisse de l’acuité visuelle notable est repérée au niveau de son œil droit par le médecin.

 

 

Nous avons donc décidé de l'orienter vers le DEMIE, le Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers, pour faire valoir sa qualité de mineur non accompagné. Nous avons adressé, à l’attention de l’infirmière du DEMIE, sous pli confidentiel, des recommandations spécifiques eu égard à ses besoins en santé et les invitons à orienter immédiatement Tony vers les urgences ophtalmologiques et l’y accompagner, compte tenu de l’état de détresse physique et psychique manifeste du jeune.

Nous constatons chez Tony un état de stress et d’anxiété extrême du fait de nombreux traumatismes vécus.

Tony est alors orienté par le DEMIE à se rendre aux urgences avec un courrier de liaison précisant que « le jeune est en cours d’évaluation dans notre structure et ne possède à ce jour aucun représentant légal sur le territoire français ; il n’a donc aucun statut administratif. A ce titre, nous sommes dans l’impossibilité de mettre en place un accompagnement physique dans ses différentes démarches de santé ».

 

Des enfants exilés laissés-pour-compte

Le médecin des urgences ophtalmologiques diagnostique une cataracte congénitale sur l’œil droit et atteste de la nécessité d’une intervention. Toutefois, du fait de l’absence de représentant légal et de l’instabilité de sa situation sociale, l’hôpital propose de ne revoir Tony que dans 6 mois : la baisse drastique de son acuité visuelle revêtira alors un caractère d’urgence, permettant ainsi une intervention chirurgicale sans autorisation parentale. Ce qui pourrait engendrer une situation critique pour Tony au risque qu'il devienne complètement aveugle. Cette annonce a eu un impact psychologique majeur sur sur le jeune, complètement paniqué par la perte progressive de la vision de son œil et l’incompréhension face à l’impossibilité de recevoir des soins.

Tony était complètement paniqué par la perte progressive de sa vision et l’incompréhension face à l’impossibilité de recevoir des soins
 

Entre temps, le DEMIE notifie à Tony un refus d’admission au bénéfice de l’ASEinfo-icon et le remet à la rue, sans tenir compte de ses besoins en santé et des risques encourus à défaut d’attention spéciale. MdM a alors orienté Tony vers l’association ADJIE (accompagnement et défense des jeunes isolés exilés) afin qu’il puisse saisir le juge des enfants et rédige un rapport médico-psycho-social à l’attention du Président du tribunal pour enfants pour apporter un éclairage sur les besoins de Tony, les blocages dans l’accès aux soins rencontrés par ce jeune en situation d’extrême vulnérabilité.

 

 

Dans l’attente de son audience, Tony a été hébergé par des citoyens, il changeait de lieux tous les jours au début, puis un peu moins souvent et finit par être stabilisé dans une famille,. Il a pu suivre des cours de français et assister à des entraînements de foot. Il a pu fréquenter régulièrement la permanence psychologique de MdM. Ces différents étayages lui ont permis de revenir à un état de stress gérable dans l'attente de son audience devant le Juge des Enfants.

Tony a depuis été confié aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance. Il a pu être opéré, porte des lunettes dont il est très fier et suit une scolarité sans handicap visuel. 

 

 

Retrouver plus de témoignages de cette violence institutionnelle infligées aux enfants et adolescents non accompagnés et ses conséquences sur le blog mediapart du collectif Jujie.

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