Faire un don

Redessiner l'avenir

© Mylene Zizzo

Redessiner l'avenir

Deux fois par an, une poignée de bénévoles toulousains de l’Opération Sourire s’envole vers Phnom Penh pour deux semaines intensives de chirurgie. Entre novembre et décembre derniers, une centaine de patients ont ainsi été opérés gratuitement de pathologies et de malformations sévères.

 

L'Opération sourire

L’Opération Sourire est un programme humanitaire de Médecins du Monde créé en 1989. Des équipes médicales bénévoles mènent des missions de chirurgie réparatrice à destination de patients atteints de pathologies congénitales ou acquises dans différents pays du monde.

 

Offrir un accès à la chirurgie réparatrice

Sous l’auvent du Children’s Surgical Centre (CSC) de Phnom Penh, les deux rangées de bancs verts n’y suffisent pas. La foule qui attend l’équipe chirurgicale de l’Opération Sourire déborde dans le jardin attenant où margelles, tables, pelouses, hamacs et balançoires sont réquisitionnés. S’y pressent de jeunes enfants, des adolescents, des hommes et des femmes souffrant de fentes labio-palatines – les becs de lièvres –, de méningo-encéphalocèles, de tumeurs, de séquelles de noma et de brûlures. Des familles entières, père, mère, grands-parents, qui se relaient pour consoler les bébés épuisés, acheter des graines de lotus et des œufs aux vendeurs ambulants, tailler de grands rouleaux d’étoffe en dizaines de compresses et veiller leurs proches convalescents.

Le centre humanitaire de chirurgie est gratuit. Fait rare dans un pays où le système de santé demeure coûteux.

Le centre humanitaire de chirurgie est gratuit. Fait rare dans un pays où le système de santé demeure coûteux. Réservé aux Cambodgiens les plus défavorisés, il accueille l’Opération Sourire depuis 2004. Les besoins sont énormes. À 8 heures, la consultation commence pendant qu’au bloc opératoire les infirmières de la mission s’activent. « On voit ici des cas que l’on ne rencontre pas chez nous et qui ne pourraient pas être opérés ailleurs à Phnom Penh », explique le professeur Frédéric Lauwers, chef du service de chirurgie maxillo- faciale et plastique de la face au CHUinfo-icon de Toulouse, qui pilote le volet cambodgien de l’Opération Sourire. Sophally, 50 ans, se présente pour la reconstruction de la moitié droite de sa mâchoire. « La tumeur que nous lui avons retirée il y a quelques années faisait 20 centimètres. En France, elle aurait été prise en charge à 3 centimètres. » Malgré 9  heures d’intervention, la greffe tentée au cours de la mission précédente n’a pas pris. Le chirurgien plasticien Aymeric André hésite à réessayer. Mais cette fois, Sophally préfère retourner aux champs pour la récolte du riz. Elle reviendra dans quelques mois. Rendez-vous est pris.

 

 

Car malgré les six mois environ qui séparent chaque mission, les patients sont pris en charge dans la durée. « Ils viennent pour des problèmes physiques mais aussi des soucis esthétiques qui les gênent dans leur vie quotidienne, dans leur relation à la société, souligne Frédéric Lauwers. Mais nous essayons de ne pas multiplier les interventions pour limiter les risques de complications, pour laisser à la rééducation le temps de porter ses fruits. Nous expliquons au patient que c’est mieux pour lui et qu’il pourra revenir. » Comme Srey, venue de Battambang. Lorsqu’elle est opérée d’une importante fente bilatérale en 2009, elle n’a qu’un an. Suivront des opérations du palais, de l’œil droit, afin de restaurer son visage. Aujourd’hui Srey grandit comme n’importe quelle enfant de neuf ans. « Elle est en quatrième année d’école, elle parle et elle mange normalement », se réjouit sa mère. Dans quelques jours, une autre intervention permettra de corriger la forme de son nez et de regonfler sa lèvre supérieure. Une nouvelle étape dans la reconstruction de la fillette.

L'objectif de l'Opération Sourire est de permettre aux enfants de grandir normalement et aux adultes de retrouver le chemin de leur communauté. © Mylene Zizzo
L'objectif de l'Opération Sourire est de permettre aux enfants de grandir normalement et aux adultes de retrouver le chemin de leur communauté. © Mylene Zizzo

Réparer les corps 

Depuis 28 ans que Médecins du Monde intervient au Cambodge à travers l’Opération Sourire, la mission s’est transformée. Notamment grâce à la transmission de compétences lors des interventions - menées systématiquement avec un chirurgien et le personnel du centre – et la formation d’internes cambodgiens en France. « Au départ nous voyions beaucoup de fentes labio-palatines. Aujourd’hui les chirurgiens du CSC les opèrent seuls tout au long de l’année », se félicite Frédéric Lauwers. Le progrès est également matériel. « Nous apportons 150 à 200 kilos d’équipement à chaque mission. Des consommables, des instruments, des moteurs pour la craniotomie. » Et des armoires de rangement que Florence Giroussens, une infirmière de bloc qui accompagne l’Opération Sourire depuis dix ans, attend de pied ferme. «Elles nous permettront de mieux stocker et de protéger notre matériel entre deux missions.»

Depuis 28 ans que Médecins du Monde intervient au Cambodge à travers l’Opération Sourire, la mission s’est transformée.

Au fil des jours, les opérations complexes s’enchaînent. Le chirurgien maxillo-facial Franck Delanoë reconstitue la mandibule d’une patiente à l’aide de greffons osseux prélevés sur son péroné. Sergio Boetto, le neurochirurgien, opère des méningo-encéphalocèles, ces malformations congénitales reconnaissables à la hernie molle qui se forme au niveau du visage, avant d’extraire un méningiome de 7 centimètres qui compresse le cerveau d’une patiente et provoque une hémiplégie. De son côté, Aymeric André détourne un lambeau de peau de la cuisse de Vibol, 43 ans, pour recouvrir la plaie chronique de son tibia, déformé par l’explosion d’une mine lorsqu’il avait 10 ans. « C’est une blessure courante au Cambodge, commente-til, comme les chutes d’arbre ou de maisons à pilotis, les accidents de mobylette et les brûlures dues aux câbles électriques. »

 

 

Alors que la mission de l’Opération Sourire avance vers son terme, les regards dans la salle d’attente accusent plus de fatigue. Certains dorment sur place depuis des jours. La nuit, sous l’auvent, les bancs verts placés face à face font office de lits. Dans la cour, les parents de Panha, 8 mois, déroulent une natte et déploient une moustiquaire. Leur fille, dont la commissure des lèvres tombait, a été opérée un peu plus tôt. Malgré des difficultés à téter, elle s’endort enfin. La nuit est douce fin novembre à Phnom Penh. Elle berce les espoirs de celles et ceux qui attendent encore leur tour. Leur chance de retrouver une mobilité et une apparence harmonieuses et de s’éveiller enfin à des lendemains qui sourient.

Thomas Flamerion
Nous soutenir
Nous rejoindre

Je postule en ligne.

S'informer

Je m'inscris à la newsletter.