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Libres de choix

Dans le ghetto de Nadejda où règnent insalubrité et misère, Médecins du Monde défend le droit à la santé des femmes. ©MdM

Libres de choix

Sliven, petite ville industrielle à 300 km à l’est de Sofia. C’est là que vit l’une des plus importantes communautés Roms de Bulgarie. Dans un ghetto où règnent insalubrité et misère, Médecins du Monde défend le droit à la santé des femmes.

Officiellement, les murs qui ceignent le quartier de Nadejda ont pour vocation de le protéger de la ligne de chemin de fer qui passe là. Dans les faits, ils isolent, dissimulent et stigmatisent quelque 25 000 personnes, soit un peu moins du quart des habitants de Sliven. Libres d’aller et venir, ils n’en sont pas moins exclus du reste de la population, réduits à des conditions de vie extrêmement précaires. La moitié d’entre eux, parce qu’ils n’ont pas d’emploi, ne sont pas couverts par l’assurance maladie. Et rares sont ceux qui peuvent bénéficier des services de l’aide sociale.

Un environnement nocif

Divisé en quatre communautés – les Turcs, les Musiciens, les Gradeshki et les Vlaho, les plus pauvres, également appelés les Roms nus – Nadejda est accessible par deux entrées. L’une, assez large pour le passage des voitures, l’autre, un passage souterrain creusé sous la voie ferrée. Si certaines rues sont goudronnées, flanquées de maisons solides aux murs colorés, d’autres, en terre battue, sillonnent au milieu de baraques sombres, construites anarchiquement les unes au-dessus des autres. C’est dans ces zones que la population est la plus dense. Hissées sur des parpaings mal scellés, des enceintes géantes déversent jour et nuit une musique assourdissante. Des enfants, à peine vêtus, jouent parmi les détritus et les câbles électriques qui pendent des façades. « Quelques charrettes passent ramasser les ordures, mais c’est rare et limité à certains quartiers, explique Agathe Simonin, coordinatrice générale de Médecins du Monde en Bulgarie. Il y a d’importants problèmes d’accès à l’eau, des rats, de la vermine, beaucoup de poussière et de fumée. L’air circule très mal. »

 

 

Présente à Sliven depuis plus de 14 ans, l'association humanitaire a notamment travaillé sur les questions de santé liées à l’hygiène, mais aussi sur la vaccination et la santé sexuelle et reproductive. Un enjeu crucial dans le ghetto car les femmes sont déscolarisées et mariées très jeunes. « Les parents craignent que l’on vole les deux atouts les plus précieux de leurs filles, leur virginité et leur fertilité, raconte Agathe Simonin, alors ils les marient dès qu’elles ont leurs règles. » Très vite, elles doivent avoir des enfants pour ne pas être rejetées par leur belle-famille. Faute d’information, par crainte des effets des contraceptifs ou parce que leur entourage s’y oppose, peu d’entre elles ont accès à la planification familiale. Les grossesses se suivent, peu espacées, pas toujours souhaitées.

Un long travail de sensibilisation

C’est dans ce contexte que Médecins du Monde France a réorienté ses activités vers la réduction de la mortalité maternelle liée aux grossesses non désirées. Atanas Dimitrov, qui coordonne le programme, explique que malgré son coût élevé, entre 75 et 120 euros, nombre de femmes ont recours à l’avortement. « Certains couples doivent emprunter à des taux exorbitants. D’autres négocient contre un dessous de table la déclaration d’un motif médical pour que l’interruption de grossesse soit prise en charge par l’assurance maladie. »

 

 

Le personnel médical et les médiateurs santé de Médecins du Monde rencontrent des femmes épuisées, désemparées. Ils leurs parlent contrôle des naissances, prévention des maladies sexuellement transmissible. Préservatifs, pilule, stérilet – des moyens de contraception fournis gratuitement. Il leur faut écouter patiemment, vaincre les réticences, rassurer. Un travail de sensibilisation long et complexe mené dans les ruelles de Nadejda mais aussi lors de sessions de groupe, également destinées aux hommes, dans le centre d’information et d’orientation de l’association humanitaire. Zina, 32 ans, est déjà mère de trois enfants. Aujourd’hui enceinte du quatrième, elle souhaiterait se faire poser un stérilet. « Je ne voulais plus avoir d’enfant, je n’ai pas d’argent pour m’en occuper. » La plupart des femmes de Nadejda choisissent de recourir aux dispositifs intra-utérins, une méthode souvent crainte au départ mais finalement jugée moins contraignante et plus efficace.

Outre leurs conséquences directes sur la santé, les conditions de vie déplorables dans le ghetto ont un impact sur le recours aux soins.

Reste à dépasser l’appréhension du rendez-vous médical. Car outre leurs conséquences directes sur la santé, les conditions de vie déplorables dans le ghetto ont un impact sur le recours aux soins. Difficile en effet d’oser se présenter devant un médecin lorsque l’eau est rare et que l’on ne peut pas se laver correctement. C’est pourquoi Médecins du Monde met à disposition des femmes des cabines de douche au sein de ses locaux. « Comme ça elles peuvent faire leur toilette et se sentir propre quand nous les emmenons à leur consultation chez le gynécologue », souligne Sofiya Ivanova, l’une des médiatrices santé qui vit elle-même à Nadejda.

Une question de dignité fondamentale pour ces femmes issues d’une des communautés parmi les plus marginalisées d’Europe. Des femmes que Médecins du Monde accompagne afin qu’elles puissent, en pleine connaissance et en toute sécurité, disposer librement de leur corps.

Témoignage

Stefka Nikolova, médiatrice en santé

« Je vis dans la communauté des Musiciens de Nadejda. Moi-même je me suis mariée à 15 ans et j’ai été mère à 17 ans. Je voyais bien autour de moi que les femmes avaient beaucoup d’enfants et ne savaient pas comment se protéger. Cela m’a donné envie d’aider. Alors que je m’occupais du ménage pour Médecins du Monde, j’ai demandé à suivre une formation pour devenir médiatrice en santé. C’est plus facile de parler de sexualité lorsqu’on est proche des gens. Avec le temps, ils viennent directement nous interpeller dans la rue. On les rassemble et on les emmène également aux sessions d’information sur l’hygiène, la puberté, la contraception, les maladies sexuellement transmissibles. Aujourd’hui, j’en fais profiter mes petits-enfants. Ma petite fille de 15 ans poursuit ses études de langues dans le second degré. Je suis si fière d’elle. »

Thomas Flamerion
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