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Soigner sans stigmatiser

Soigner sans stigmatiser

C’est de l’État du Kachin que provient une grande partie de la drogue cultivée en Birmanie, le deuxième producteur d’opium au monde. Cet État du nord du pays, où vit une importante communauté chrétienne, compte un grand nombre d’usagers de drogues. Particulièrement touchés par le VIHinfo-icon et l’hépatite C, ils sont rejetés par la population locale, menacés par la police et les milices religieuses évangélistes, les Pat Jasan.

Nous sommes obligés de nous cacher de la police et surtout des milices locales qui, si elles nous attrapent, nous frappent et nous enferment dans des conditions très difficiles.

Leurs histoires ne sont pas les mêmes, mais leurs parcours se ressemblent. Neen Lo, Mingwenn et Lolai ont tous trois commencé à utiliser de la drogue jeunes, poussés par leurs amis ou encouragés par leurs propres patrons, afin d’être plus efficaces dans leur travail. Dans l’une des trois cliniques que Médecins du Monde gère dans le Kachin, ils reçoivent un traitement de substitution à base de méthadone et sont traités pour leur séropositivité.

 

 

Si tous les trois sont déjà pris en charge par les équipes de Médecins du Monde, l’enjeu de l’association est de toucher le plus grand nombre possible de ces usagers de drogues qui restent fortement stigmatisés. « Nous sommes considérées par nos communautés comme des personnes faibles et sans volonté », souligne Neen Lo. Bien plus, les usagers de drogues vivent le plus souvent cachés et craignent de se dévoiler par leur venue dans les cliniques de Médecins de Monde. « Nous sommes obligés de nous cacher de la police et surtout des milices locales qui, si elles nous attrapent, nous frappent et nous enferment dans des conditions très difficiles », ajoute Ningwenn. « Nous vivons dans la peur », conclut Lolai.

Au plus près des populations

Pour aller au plus près de ces populations à risque, Médecins du Monde a mis en place, depuis janvier 2018, un système innovant de cliniques mobiles. Le soleil est déjà haut dans le ciel quand le bus clinique se gare dans le village de Samo. Avec ses 4 000 habitants, principalement agriculteurs, Samo a été « sélectionné » avec sept autres villages au terme d’une évaluation systématique de la zone. Il compte en effet un grand nombre d’usagers de drogues par injection et est situé à près d’une heure de la clinique de Médecins du Monde la plus proche.

Très vite, l’équipe installe une toile de tente et des sièges devant le mini bus pour accueillir la population. La visite a été annoncée en amont par un travail de communication et de sensibilisation réalisé par des travailleurs pairs de Médecins de Monde. Issus de la communauté d’usagers de drogues, ils sont particulièrement précieux pour réaliser le premier travail d’approche, mettre en confiance et inciter les populations à rentrer dans le cycle de traitement. Bientôt une trentaine de villageois sont rassemblés pour écouter les premiers conseils en matière de bonnes pratiques. Ils se voient proposer un test de séropositivité. Tous recevront seringues et préservatifs ainsi qu’un carnet reprenant toutes les informations sur les pratiques à risque et les moyens de les prévenir.

 

 

Une quinzaine d’entre eux décideront de tester leur séropositivité. Parmi le groupe présent ce matin-là, trois jeunes hommes en tee-shirt bleus appartiennent à un groupe d’usagers de drogues, fortement impliqué pour jouer le rôle de relais auprès des villageois. « Ces groupes sont aujourd’hui la clé pour démultiplier nos actions et toucher le plus largement possible les personnes concernées », souligne Gitam, le responsable technique de la mission qui vient apporter son expertise, après une expérience similaire en Tanzanie.

Mobiliser les communautés

Pour être au plus près des populations, Médecins du Monde s’appuie donc également sur les communautés d’usagers de drogues. Pour cela, l’association a fait un gros travail pour mieux approcher et mieux comprendre les besoins de ces personnes et amorcer un processus de mobilisation. En effet, si la plupart des usagers se connaissent, le développement de groupes formels depuis quelques années est une victoire importante compte tenu de la forte discrimination dont leurs membres font l’objet.

 

Le travail de cartographie réalisé par les équipes de Médecins de Monde a permis d’identifier et de qualifier le profil d’une douzaine de groupes réunissant au total environ 500 consommateurs de drogues. Leurs missions sont très variées mais toutes sont concentrées sur les enjeux de réduction de risques et de plaidoyer pour faire valoir leurs droits. Elles vont de la diffusion de conseils en matière de bonnes pratiques de consommation à la distribution de seringues et de préservatifs en passant par l’intervention en cas d’overdose, le ramassage des seringues usagées dans les zones de consommation, l’appui financier en cas d’hospitalisation ou d’enterrements et enfin le plaidoyer.

 

 

Au-delà, les équipes de Médecins du Monde ont réinvesti des plates-formes de discussion comme les Comités locaux de réduction des risques. Ils réunissent toutes les parties prenantes – autorités, polices, associations, groupes d’usagers, leaders religieux – autour d’une table pour échanger sur les solutions à apporter, s’attaquer aux racines du problème et lutter efficacement pour l’accès aux soins et aux droits de tous. Un travail de fond pour que Neen Lo, Mingwenn, Lolai et d’autres puissent agir sur leur santé sans craindre les jugements et la répression.

Jean-Baptiste Matray
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