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Caravane des migrants : une nouvelle dynamique migratoire

© Reuters

Caravane des migrants : une nouvelle dynamique migratoire

Fuyant la perpétuelle pauvreté, violence et insécurité dont elles font face au quotidien, des milliers de personnes en provenance du Honduras, du Guatemala ou encore du Salvador migrent en direction des Etats-Unis avec un même objectif : trouver les conditions réelles de sécurité et de bien-être pour pouvoir vivre de manière digne.

Dans l’espoir d’une vie meilleure ou tout simplement pour des questions de survie, en octobre dernier, de 7 000 à 10 000 personnes se sont regroupées pour former un mouvement de déplacements massifs en direction de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, nombre d’entre elles ont été renvoyées dans leur pays d’origine ou se sont retrouvées bloquées à Tijuana, ville située à la frontière nord du Mexique. Depuis cette très médiatisée caravane des migrants d’octobre 2018, une seconde vague de caravanes s’est formée à partir du 14 janvier dernier ; composée également de familles, de femmes seules ou avec enfants qui se retrouvent aujourd’hui en besoin urgent d’accès aux soins, à l’alimentation et à l’hygiène. 

 

A partir des informations partagées par les équipes de Médecins du Monde France et Médecins du Monde Espagne mettant en oeuvre de manière conjointe depuis 2016 un programme visant à améliorer l’accès à la santé aux personnes migrantes et déplacées forcées sur la région mésoaméricaine, nous vous proposons de faire le point sur la situation.

Quelle est la situation migratoire dans la région ?

La migration dans la région mésoaméricaine ne date pas d’hier répondant à un contexte de violence structurelle. Avant ces mouvements de caravanes, la migration était considérée comme une crise chronique et invisible. Aujourd’hui, ce sont des mouvements massifs, collectifs, répétés et plus ou moins organisés. Le déroulement de ces caravanes est un véritable tournant dans les dynamiques migratoires sur la région, rendant cette crise plus visible et audible.

 

 

Cette situation coïncide avec l’arrivée au gouvernement mexicain du nouveau Président, Andres Manuel Lopez Obrador, qui a tenté d’y répondre avec la mise en place d’une nouvelle politique migratoire. Le président AMLO (de ses initiales) a instauré un nouveau visa humanitaire pour les migrants centraméricains leur permettant de résider un an sur le territoire mexicain. Cette réforme est en lien avec les directives du Pacte Mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, une convention impulsée par l’ONUinfo-icon et approuvée par plus de 150 pays en décembre dernier. Cette nouvelle politique ne fut que de courte durée – dix jours seulement - et fut contraignante dans sa mise en œuvre obligeant les personnes sollicitant ce visa à attendre en dehors du territoire mexicain pendant la durée de la démarche, c’est-à-dire de 5 à 10 jours.

 

Résultat ce processus a occasionné une concentration atteignant, à Tecún Umán, ville guatémaltèque frontalière avec le Mexique, jusqu’à plus de 7 000 personnes, et provoquant une situation humanitaire critique en lien avec les besoins de base (alimentation, santé, hygiène et abris) de ces personnes, et compte tenu d’une assistance très limitée.

 

Les causes de ces départs massifs étant structurelles, nous devons être préparés à l’arrivée d’autres caravanes dans les semaines et mois à venir depuis le Honduras, le Salvador et autres pays de la région.

Quelles sont les enjeux et besoins sanitaires ?

L’épuisement, la déshydratation, les coups de soleil, les blessures sont de nombreuses conséquences des conditions de voyages difficiles qui doivent être traités de toute urgence. Certains souffrent aussi de pathologies telles que : problèmes respiratoires, maux de tête, maladies de la peau, troubles gastro-intestinaux, nécessitant des soins spécifiques. Des problématiques de santé mentale apparaissent également tels que des troubles liés à l'anxiété, l'alimentation et au sommeil. Alors que les besoins sont immenses, les systèmes de santé guatémaltèque et mexicain sont dépassés.

 

© MdM
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Que fait Médecins du Monde pour répondre à cette urgence ?

Médecins du Monde est présent au Mexique et en Amérique Centrale depuis plus de 20 ans, développant des projets qui ont évolué en fonction des besoins en matière de santé et du contexte de cette région. A partir d’une mission exploratoire effectuée fin 2015, Médecins du Monde Espagne et France ont lancé en 2016 un programme régional visant à améliorer l'accès à la santé des personnes migrantes et déplacées forcées en Mésoamérique. Ce programme régional se déroule actuellement au Honduras, au Salvador, au Guatemala et au Chiapas au Mexique, et se réalise en partenariat avec les institutions publiques et les organisations de la société civile.

S’inscrivant dans ce programme régional, Médecins du Monde a mis en place des actions spécifiques afin de répondre aux besoins des personnes conformant ces caravanes tout en appuyant les institutions et organisations partenaires. Les efforts les plus importants se sont concentrés au niveau de la zone frontalière de Tecún Umán (Guatemala) – Ciudad Hidalgo/Tapachula (Mexique), principal point de passage de ces caravanes de migrants.

Zone d'intervention de la zone frontalière entre le Mexique et le Guatemala

 

A Tecún Umán, Médecins du Monde a fourni de l’eau potable et des sérums dans un centre de réhydratation installé au niveau du pont séparant les deux pays. Aussi, en fonction des besoins, nos équipes viennent appuyer les services de prise en charge du Ministère de la Santé guatémaltèque. Cet appui se fait grâce à la présence d’une unité mobile, permettant d’effectuer des prises en charge médicales directes et fourniture de médicaments.

 

A Ciudad Hidalgo, côté mexicain, nous appuyons également les modules sanitaires du Ministère de la Santé mexicain installés dans l’enceinte des bâtiments de l’Institut National de Migration (INM) venant compléter la prise en charge et renforcer l’organisation du flux de patients en fonction du degré d’intensité de leurs problèmes de santé.

 

Installations sanitaires de l'INM, Suchiate, Mexique. Janvier 2019. ©MdM
Installations sanitaires de l'INM, Suchiate, Mexique. Janvier 2019. ©MdM

 

A Tapachula, nos équipes appuient les refuges principaux de la ville, qui dépassent leur capacité d’accueil et font face à une pénurie de soins et médicaments. Nous facilitons aussi la mise en relation de ces refugiés avec les services du Ministère de la Santé mexicain dans le but de renforcer les capacités des instances publiques et non les dupliquer.

 

 

La réponse du gouvernement mexicain est-elle à la hauteur ?

Malgré les efforts du nouveau gouvernement -12 500 visas humanitaires ont été octroyés en ce mois de janvier 2019 - il existe de nombreuses incertitudes et préoccupations par rapport à ce changement de politique. Cette réforme sur le visa humanitaire n’aura duré que dix jours seulement, sans préciser de manière claire quelles seront les alternatives à venir. De plus, cette réforme est venue occulter l’existence des possibilités de protection internationale au Mexique pour les personnes migrantes souhaitant demander asile, l’information relative de cette démarche n’ayant pas été relayée. Par ailleurs, le manque de sensibilisation du personnel de santé, la méconnaissance du parcours de santé et les problèmes de discrimination handicapent l’accès aux soins des personnes exilées.

 

 

Face à cette crise migratoire chronique, qui prend aujourd’hui de nouvelles formes à travers ces mouvements collectifs des caravanes de migrants, le gouvernement mexicain doit s’engager à définir et mettre en œuvre une politique qui garantisse pleinement les droits des personnes migrantes et leur accès à la santé ; ainsi que l’inclusion de la société civile au sein des espaces de travail et processus de construction de cette nouvelle politique.

Fanny Mantaux
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