Interview Rencontre avec Yann Arthus Bertrand
Photo : © Erwan Sourget
Le photographe, rendu célèbre par ses prises de vue aériennes, s’est investi dans un nouveau projet dont MdM est partenaire : 6 milliards d’autres, interviews d’habitants de la planète, sur des sujets comme l’amour, les rêves, le bonheur.
1 – Après La terre vue du ciel, vous avez décidé d’aller à la rencontre des habitants de notre planète. Ce travail se concrétise aujourd’hui à travers l’exposition intitulée 6 milliards d’autres. Y a-t-il une continuité entre ces deux projets ?
Travailler sur la Terre, c’est travailler sur l’homme, et l’impact de ce dernier sur son environnement. Pour moi, photographier la terre était comme photographier un visage aimé. L’écologie m’a aussi appris l’humanisme. La parole de l’autre, de l’homme, est indispensable dans mon travail de photographe.
Dans les témoignages recueillis pour 6 milliards d’autres il y a celui d’une paysanne de Madagascar. On lui a demandé si elle comprenait notre démarche, ce que nous faisions et pourquoi nous parler pouvait être important. Elle nous a répondu : « Ce que je vais vous dire, personne d’autre ne vous le dira. » Et c’est tout à fait vrai. Nous avons décidé de poser aux gens que nous rencontrions des questions bien précises, mais qui sont celles qui nous poussent tous à réfléchir : Dieu, changer sa vie, l’amour… Je m’étonne que personne auparavant n’ait eu une telle idée, si simple.
2 – Vous vous êtes rendu dans de nombreux pays et avez rencontré une multitude de personnes : quels ont été vos critères de sélection lorsqu’il s’est agi de retenir un témoignage plutôt qu’un autre ?
Je ne suis pas le seul à avoir travaillé à ce projet. Il a été mené à bien par 6 réalisateurs, des producteurs, des équipes… On a réalisé plus de 5 000 interviews. Et oui, la sélection est forcément très subjective. Mais à chaque fois, il y a des témoignages qui ressortent du lot. Nous voulions surtout être dans la diversité et mettre cette dernière en valeur.
Mon travail aujourd’hui n’est plus solitaire. Je suis très entouré.
3 – Quel regard portez-vous sur le monde associatif ?
On essaye toujours de travailler avec les ONG. Ce monde m’intéresse beaucoup. Leur rôle est très important à mes yeux. Et sur le terrain, leur aide est primordiale. Partout, les organisations humanitaires nous ont très bien accueillis et aidés.
Je pense que l’exemple, que les ONG m’ont montré à travers le monde, m’a aidé à grandir et m’a rendu plus intelligent, plus riche sur le plan humain. Aujourd’hui, l’homme est cœur du débat des ONG, quel que soit leur objet. Et je me sens fier de faire partie de ce monde, que je respecte énormément.
4 – La notoriété vous permettait-elle de vous faire entendre plus facilement ?
Oui. Quand on est connu, on vous demande des choses. C’est donc plus facile. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est de faire passer un message positif. Il est trop tard pour être pessimiste. Je ne sais plus qui disait « Il vaut mieux allumer la lumière que de crier seul dans le noir. » C’est ce que je m’efforce de faire.
Propos recueillis par Luce Michel
Exposition au Grand Palais, Paris, du 10 janvier au 12 février 2009.
6milliardsdautres.org
Biographie sélective de Yann Arthus-Bertrand
1946/ naissance à Paris.
1979/ part avec sa femme Anne étudier les lions dans la réserve du Masaï-Mara au Kenya
1991/ crée l'agence Altitude, première agence de photographies aériennes dans le monde.
2000/ expose la Terre vue du Ciel sur les grilles du Luxembourg à Paris
2005/ fonde l'association GoodPlanet
2007/ débute le tournage du film Home qui sortira le 5 juin 2009