PARIAS - les Roms en France

Discours de Grenoble, 1 an après

Accueil
Discours de Grenoble, 1 an après
1 // Des conditions de vie qui rendent malades
2 // Politique sécuritaire vs Politique de santé publique
3 // Des indicateurs de santé alarmants
4 // Une politique affichée de restriction des droits
5 // Des tentatives de réponses trop souvent incohérentes
Politique migratoire et santé publique, le choix délibéré de nuire ?
Télécharger le dossier de presse

Voir l'exposition

30 Juillet 2010, le Président de la République annonce lors d’un discours prononcé à Grenoble une politique d’expulsion massive à l’encontre des populations rroms, les désignant comme responsables de problèmes sécuritaires. Médecins du Monde, avec beaucoup d’autres, avait dénoncé le caractère stigmatisant de ces déclarations et les effets désastreux de ces expulsions répétées sur l’accès aux soins et la santé d’une population déjà très fragilisée par des conditions de vie déplorables.

Un an après, les Rroms sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone en France, perçus par les pouvoirs publics non plus comme des personnes en grande précarité mais, par un effet de glissement, comme une menace. Les expulsions de camps Rroms, ininterrompues, s’inscrivent dans la continuité d’une politique mise en place depuis déjà plusieurs années. Les équipes de MdM à Bordeaux, Lyon, Marseille ou Strasbourg alertent déjà sur la préparation d’une nouvelle vague d’expulsions massives cet été.

Une situation qui génère des crises sanitaires et des difficultés pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. Dans ce contexte, Médecins du Monde publie cette année une enquête sur la couverture vaccinale des Rroms. Seuls 8% ont un carnet de santé confirmant que leurs vaccins sont à jour. La majorité n’est donc pas couverte par les vaccins les plus courants, obligatoires ou recommandés. Par exemple, seuls 55% des Rroms sont vaccinés contre Rougeole, Oreillons Rubéole (ROR) - vs 90% de la population générale -, alors même qu’une épidémie de rougeole est de retour en France et en Europe depuis 2008.

La communication menée l’an dernier par le gouvernement a rendu plus visibles, voire plus spectaculaires ces expulsions. Mais ce discours aura eu aussi pour effet de renforcer la stigmatisation dont souffrait déjà cette population et de légitimer des attitudes de rejet et de violence à leur encontre. Depuis, la pression et les intimidations policières se sont encore renforcées et les Rroms sont devenus en quelque sorte des boucs émissaires «autorisés ».

 

Sur le terrain, les équipes de Médecins du Monde qui interviennent auprès des populations rroms dressent un amer constat :

  • A Bordeaux, les contrôles de police sont devenus plus systématiques. La police passe plusieurs fois par mois sur chaque camp pour des contrôles d’identité. Leur objectif : que les Rroms partent d’eux-mêmes au lieu de les expulser. Alors qu’entre 2007 et 2009 les camps bénéficiaient d’une relative stabilité, depuis quelques mois les expulsions s’intensifient et une accélération est encore annoncée cet été.
    Dr Laurent Seban
  • En Ile-de-France, le rythme des expulsions des lieux de vie est toujours le même, les camps n’ont jamais été stables et la situation était déjà dramatique. Mais ce qui a changé ce sont les contrôles de police plus intensifs, les gardes à vue injustifiées beaucoup plus nombreuses, une pression et un harcèlement accrus.
    Livia Otal
  • A Lyon, les expulsions continuent et ne se sont interrompues que pendant la trêve hivernale. Le principal changement est ce discours décomplexé des politiques sur le sujet. Par exemple, lors de la mise en place du plan canicule par la préfecture, nous avons soulevé le problème d’accès à l’eau pour les Rroms. La réponse du préfet a été sans appel : le plan canicule ne les prendra pas en compte car ils sont des occupants sans droits ni titre.
    Aurélie Neveu
  • A Marseille, nous faisions déjà face à des expulsions à répétition, à une forte pression policière, sur fond d’une certaine forme de racisme de la population à l’encontre des Rroms. Mais le discours de Grenoble a décomplexé ce rejet de l’autre, l’a exacerbé, presque institutionnalisé. Depuis le mois de décembre, nous avons recensé plusieurs agressions (incendies, attaques) sur des camps de Rroms. Et depuis juillet dernier, les équipes MdM sont régulièrement prises à partie par des voisins, nous accusant de les aider à rester.
    Cendrine Labaume

Photo © Diane Grimonet / Médecins du Monde

Depuis l’été dernier, les expulsions sont toujours aussi fréquentes, sans pour autant avoir d’effet sur le nombre de personnes présentes à Marseille (toujours entre 1500 à 2000 personnes). Car même si de nombreuses familles rentrent en Roumanie suite à une expulsion, la plupart d’entre elles reviennent rapidement étant donné les conditions de vie là-bas.

Par contre les procédures d’expulsions et les intimidations policières ont eu un réel effet sur la précarisation des populations : changement de lieux de vie dans l’urgence, insalubrité et surpopulation des nouveaux squats, perte des effets personnels et des documents officiels, limitation des déplacements, perte des revenus…

Les familles sont menacées d’expulsion quasi chaque semaine et elles préfèrent parfois partir d’elles-mêmes pour ne pas tout perdre au moment d’une expulsion où elles n’ont pas le temps de rassembler leurs affaires.

Les familles sont souvent demandeuses de soins. Elles nous connaissent, elles font confiance à MdM : depuis longtemps, on les suit de lieux en lieux, d’expulsions en retours... Mais depuis un an, tout notre travail d’accès aux soins et au droit commun (PMI, hôpital, école et AME) est très difficile, leur priorité est la survie...

Et les équipes ont revu au printemps ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps : des personnes qui ne mangeaient pas à leur faim, qui demandaient de la nourriture.

Dans ce contexte, notre travail a été de nous recentrer sur la gestion des urgences en essayant de maintenir notre priorité sur le suivi des femmes enceintes et des jeunes enfants. Et, depuis deux mois, une campagne de vaccination contre la rougeole a été lancée suite à une quinzaine de cas déclarés, un signe évident de paupérisation.

 Audrey FLOERSHEIM, équipe de MdM à Marseille


Photo © Diane Grimonet / Médecins du Monde

< Accueil
1 // Des conditions de vie qui rendent malades >
Design : Treelogy Production - Photos : © Alain KELER / MYOP. et Diane Grimonet / Médecins du Monde