PARIAS - les Roms en France

3 // Des indicateurs de santé alarmants

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Discours de Grenoble, 1 an après
1 // Des conditions de vie qui rendent malades
2 // Politique sécuritaire vs Politique de santé publique
3 // Des indicateurs de santé alarmants
4 // Une politique affichée de restriction des droits
5 // Des tentatives de réponses trop souvent incohérentes
Politique migratoire et santé publique, le choix délibéré de nuire ?
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Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’état de santé des Roms en France soit aussi alarmant :

  • - la santé maternelle et infantile est dégradée : seule une femme sur dix est suivie durant sa grossesse et une femme sur dix en âge de procréer bénéficie d’une contraception (Source : enquête MdM, 2008)
  • - la mortalité néo-natale (0-1 mois) est 9 fois plus importante que la moyenne française, la mortalité infantile (0-12 mois) est 5 fois plus importante (source : Romeurope)
Un nombre de cas de tuberculose diagnostiqués extrêmement élevé : en 2010, 6 cas pour 240 personnes en Seine-Saint-Denis soit 2,5% (contre 0,03% en population générale dans le département) (source CLAT 93)

L’enquête de Médecins du Monde sur la couverture vaccinale des populations rroms

A ce jour, il semble qu’aucune étude épidémiologique sur les vaccinations des Rroms n’existe en France. C’est pourquoi Médecins du Monde a souhaité mettre en place une enquête permettant d’évaluer la couverture vaccinale des populations rroms :

Entre juillet 2010 et juin 2011, les équipes MdM ont mené cette enquête dans 4 grandes villes (Nantes, Bordeaux, Marseille et Strasbourg) auprès de 281 personnes de moins de 30 ans dont 72% de mineurs et 34% d’enfants de moins de 6 ans*. Parmi les personnes rencontrées, plus de la moitié ont déjà vécu plus de 2 ans en France.

-> Une couverture vaccinale très faible:

- 92% des personnes rencontrées déclarent avoir été vaccinées un jour mais sans savoir contre quoi ni si les rappels ont été correctement effectués.

- Mais seuls 8% des Rroms interrogés ont un carnet de santé confirmant que leurs vaccins sont réellement à jour.

A noter que seules 38% des personnes rencontrées ont un carnet de santé.

Ainsi, nombre de personnes déclarent avoir été vaccinées dans leur pays d’origine mais une fois arrivées en France, elles n’ont que peu ou pas accès à la vaccination, ce qui conduit à une rupture du suivi vaccinal pour les vaccins dont les rappels sont nécessaires.

Les enfants suivis en PMI ou scolarisés sont logiquement mieux protégés et de fait vaccinés, mais en réalité, seul 1/3 des enfants est suivi en PMI et moins de 60% des enfants en âge d’être scolarisés le sont effectivement.

-> La majorité des personnes ne sont donc pas couvertes par les vaccins les plus courants, obligatoires ou recommandés :

  • // DTP (vaccin obligatoire) : 90% des adultes rroms sont vaccinés mais les enfants de moins de 2 ans ne le sont qu’à 70%.
  • // BCG : 42 % des personnes rencontrées par les équipes MdM sont vaccinées, un taux qui baisse avec l’âge.
  • // ROR (rougeole, oreillons rubéole) : 55% des Rroms sont vaccinés contre 90% de la population générale en France (source INVS, 2007).

Seuls 2 enfants de moins de deux ans sur 9 sont vaccinés alors qu’il s’agit, pour ce vaccin, de la population prioritaire et présentant le plus de risques de complications.

 -> Les principales raisons de non vaccination :

  • - Un manque de sensibilisation aux enjeux médicaux : 20% des personnes interrogées n’ont pas été informées de la nécessité de se faire vacciner ou d’effectuer des rappels.
  • - Un manque d’informations sur le dispositif : 42% des Rroms rencontrés déclarent ne pas savoir où se faire vacciner.
  • - Des expulsions répétées qui entrainent l'interruption des campagnes de vaccination, des difficultés pour réaliser les rappels nécessaires et donc l’impossibilité d’obtenir un calendrier vaccinal complet.

 Suite à cette enquête, 91% des personnes interrogées accepteraient de mettre à jour les vaccinations, pour elles-mêmes ou leurs enfants. Le dispositif de vaccination, notamment en période épidémique, n’est donc pas efficace. Il doit intégrer des démarches de sensibilisation et de médiation mais aussi des actions mobiles.

* Enquête sur la couverture vaccinale des populations Rroms rencontrées par les équipes de MdM, juillet 2011


Photo © Diane Grimonet / Médecins du Monde

Les réponses apportées par MdM
-> Focus sur la campagne de vaccination Rougeole

La rougeole est une des maladies infectieuses les plus contagieuses pour laquelle il existe un vaccin efficace… mais est-il accessible pour les populations les plus défavorisées ?

Une épidémie de rougeole sévit en France depuis 2008 et est en pleine expansion ces derniers mois : 5 021 cas déclarés en 2010 contre 604 cas en 2008. Au total, plus de 20 000 cas ont été déclarés dans la métropole du 1er janvier 2008 à juin 2011. Cette épidémie est due à une couverture vaccinale insuffisante, notamment des populations précaires.

Elle touche toute la population, quel que soit le milieu social mais les populations précaires sont particulièrement exposés car moins vaccinés et n’ayant qu’un accès limité aux soins. Le risque de complications est plus grave car moins bien pris en charge.

Parmi les précaires, les Rroms sont encore plus exposés car à l’exclusion du système de soins s’ajoutent la peur et la difficulté de se rendre dans des centres, les ruptures de traitements ou de suivi liées aux expulsions. De plus, avec une forte proportion de femmes enceintes et d’enfants de moins de 5 ans, les Rroms constituent une population à risque.

La région Provence Alpes Côte d’Azur est l’une des plus touchées par l’épidémie de rougeole où elle s’est intensifiée début 2010 et se poursuit en 2011.

Pour faire face à cette recrudescence inquiétante, MdM a lancé cette année une campagne de vaccination à Marseille directement menée sur les lieux de vie des populations rroms. L’objectif : assurer la protection des populations et leur permettre d’accéder au droit commun, notamment aux PMI qui ont été associées à la campagne.  Sur les 25 lieux de vie (squats, friches industrielles, hangars, terrains vagues) sur lesquels les équipes MdM interviennent, à ce stade, la campagne a couvert la moitié d’entre eux : 220 personnes ont ainsi été vaccinées, majoritairement des enfants.

Mais depuis son démarrage, cinq sites ont déjà été expulsés. La seconde injection du vaccin est donc compromise pour l’ensemble des camps expulsés (300 à 400 personnes) et expulsables.

Cette épidémie de rougeole a fait réagir les acteurs de la santé publique à Marseille qui ont répondu positivement à notre interpellation. L’ARS (Agence régionale de santé), le Conseil Général, et notamment la Direction Départementale de la Protection Maternelle et Infantile (DDPMI), ont finalement accepté de soutenir notre démarche : approvisionnement en vaccins, appel aux volontaires, opérations conjointes de vaccinations sur site et ouverture plus large et sans rendez-vous des centres de PMI. La campagne de vaccination de MdM se fait donc en lien avec les acteurs régionaux de santé publique...même si nos demandes auprès de la Préfecture pour suspendre les expulsions le temps de mener à bien cette campagne restent toujours sans réponse.

Cendrine Labaume, coordinatrice de MdM à Marseille.

A Bordeaux, l’an dernier, MdM a dépisté 20 cas de rougeole sur une population d’environ 500 personnes, réparties sur 9 campements. Les équipes ont donc lancé une campagne de vaccination, en lien avec les centres de PMI, et vacciné 250 personnes (toutes les personnes de moins de 30 ans non vaccinées comme préconisé par l’INVS). Cette campagne s’est déroulée en 3 phases, correspondant au vaccin et aux rappels. Conséquence : cette année, les squats n’ont pas été touchés par l’épidémie de rougeole.

En Seine-St-Denis, l’organisation de la campagne de vaccinations de rougeole mise en place cet été sur les terrains rroms repose beaucoup sur les équipes de MdM. Le Conseil Général  a mis à disposition les vaccins, mais les acteurs de santé publique disponibles pour participer à ces séances sont insuffisants.

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