PARIAS - les Roms en France

2 // Politique sécuritaire vs
Politique de santé publique

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Discours de Grenoble, 1 an après
1 // Des conditions de vie qui rendent malades
2 // Politique sécuritaire vs Politique de santé publique
3 // Des indicateurs de santé alarmants
4 // Une politique affichée de restriction des droits
5 // Des tentatives de réponses trop souvent incohérentes
Politique migratoire et santé publique, le choix délibéré de nuire ?
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Citoyens européens, les Rroms viennent pourtant grossir les chiffres affichés du nombre d’expulsés et de refoulés du territoire. Et il n’est pas rare que les équipes de MdM rencontrent des familles ayant été expulsées six fois de leurs lieux de vie au cours des six derniers mois.

En Ile de France, certaines familles que nous connaissons ont même subi jusqu’à 9 expulsions par an. Les camps se composent, se décomposent et se recomposent tout le temps. Livia Otal, mission Rroms en Ile de France.

Dans la région lyonnaise, en 2010, nous avons recensé 43 expulsions concernant environ 900 personnes dont de très nombreux enfants ». Aurélie Neveu, mission Rroms de Lyon.

Des expulsions sans proposition alternative

Après chaque expulsion qui s’accompagne le plus souvent de la destruction de leurs campements, aucune proposition de relogement n’est faite. La seule alternative est de repartir dans le pays d’origine où les conditions de vie sont encore plus précaires. État, collectivités locales et territoriales se renvoient la responsabilité. Cette politique d’expulsions n’apporte donc aucune solution à la situation, elle ne fait que déplacer la question et pousser un peu plus dans la précarité une population déjà fragilisée.

Près de Bordeaux, le 23 juin, une quarantaine de Rroms ayant trouvé refuge dans un stade ont dû le quitter avant leur expulsion. Ils avaient déjà été expulsés quelques jours avant d'un terrain privé qu'ils occupaient depuis plusieurs mois. Menacé d’une procédure d’expulsion, ils ont préféré quitter d’eux-mêmes les lieux sans vraiment savoir où aller... Il n’y a eu en amont aucun dialogue entre les autorités locales et les associations qui connaissent pourtant bien le terrain, souligne le Dr Laurent Seban, responsable de la mission Rroms à Bordeaux. Sans alternative d’hébergement ni proposition de relogement, les Rroms ont pris la route vers Paris.

Des expulsions à répétition dangereuses

Ces expulsions à répétition sont lourdes de conséquences sur la santé et l’accès aux soins :

  • Elles éloignent les personnes du système de soins
    Les démarches administratives entamées pour entrer dans le système de soins et les liens tissés avec les professionnels de santé sont rompus à chaque expulsion. Il devient dès lors difficile d’organiser des actions de soins et de santé publique continues et construites, concernant l’hygiène des terrains, la protection maternelle et infantile, la surveillance post-natale, la vaccination, le dépistage ou encore la délivrance de traitements pour les maladies chroniques.
  • Elles entraînent des ruptures de soins
    Lors d’une expulsion, dans la précipitation, les personnes ne peuvent prendre leurs affaires : ni médicaments ni carnets de santé, ordonnances ou coordonnées des lieux de soins... Les ruptures de traitements sont donc fréquentes et peuvent engendrer des résistances aux traitements, ce qui est particulièrement préoccupant pour des patients atteints de maladies chroniques ou d’infections telles que la tuberculose.
  • Elles rendent difficiles la prévention et la lutte contre les épidémies et entravent l’action humanitaire
    La prévention des épidémies est devenue un sujet permanent de confrontation avec les autorités locales. Car pour lutter contre une épidémie, il faut déployer des moyens humains et matériels et prévoir un temps de stabilisation indispensable. Or des expulsions ont parfois lieu en cours de traitement ou de campagne de vaccination.


Photo © Diane Grimonet / Médecins du Monde

En Seine St Denis, en mai dernier le Préfet a ordonné, à la demande de la municipalité, l’expulsion d’un terrain sur lequel des traitements et une surveillance antituberculeuse étaient en cours, en lien avec les services du Conseil Général.

Concernant les campagnes de vaccination contre la rougeole, dès que nous sollicitons les services de santé municipaux pour les organiser, en réponse trop souvent la commune demande l’expulsion du terrain. Livia Otal.

A Bordeaux, en 2010, alors que MdM menait depuis plusieurs mois une campagne de vaccination contre l’épidémie de rougeole, les occupants de plusieurs terrains couverts ont reçu des OQTF (obligation de quitter le territoire français).

A Lyon, une campagne de vaccination avait été menée de janvier à mars 2011 sur plusieurs terrains. Mais les expulsions qui ont repris à la fin de la trêve hivernale ont dispersé les personnes vaccinées. Les rappels prévus seront donc extrêmement difficiles à réaliser.

// Couac sanitaire à Pantin //

Un cap supplémentaire a récemment été franchi en Seine-Saint-Denis avec l’expulsion de malades la veille d'une campagne de vaccination de rougeole.

Une décision prise en toute connaissance de cause : Le 19 mai au matin, plus de 450 Rroms étaient expulsés d'un terrain situé à Pantin et propriété du conseil général, alors qu'une campagne de vaccination était prévue le lendemain par les équipes de MdM et le département dans un contexte d’épidémie de rougeole. Mais la veille les CRS sont venus expulser les occupants de ce terrain à la demande du département et de la ville de Pantin, explique Livia Otal, de la mission Rroms en Ile de France.

Pourtant il y avait sur ce camp, plusieurs cas de rougeole et 4 cas de tuberculose.

Lorsque nous avons contacté le service responsable de l'expulsion, ils nous ont dit ne pas être au courant de la situation sanitaire. Pourtant sur les photos prises par les Rroms on peut voir un élu de Pantin ainsi que les CRS avec des masques de protection, précise Livia Otal. Un « petit cafouillage » selon le conseil général, en réalité une catastrophe en termes de santé publique puisque ces maladies sont contagieuses. Selon Livia, cette campagne était une nécessité, ces personnes sont aujourd’hui en errance, donc plus difficiles à localiser.
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