Harcèlement et humiliations de la part des forces de l’ordre

De nombreux témoignages font état d’une importante dégradation du comportement des forces de police. Leur attitude générale est décrite comme étant peu respectueuse et les humiliations de leur part semblent fréquentes. La fonction de protection que pouvaient remplir les policiers avant l’adoption de la LSI a pratiquement disparu et leur intervention apparaît le plus souvent essentiellement répressive. Ainsi leur présence quotidienne entretient une crainte permanente durant la pratique de l’activité qui favorise des prises de risques (manque de temps pour négocier avec le client, exécution des prestations dans des lieux isolés).

Enfin, de nombreuses personnes déplorent des arrestations abusives pour racolage. Elles sont par exemple arrêtées simplement pour le fait d’être connues comme se prostituant.

« Je ne sais pas quoi faire. Je n’ose plus sortir travailler. Non seulement il faut faire attention aux délinquants (et il y’en a de plus en plus ce dernier temps) mais il faut faire constamment attention à la police. J’ai très, très peur. »

«La police maintenant, ils vont se garer dans les parkings, avant ils ne se garaient pas. D’habitude ils se promenaient et quand tu les voyais tu disais "Ah c’est la police", mais maintenant ils se garent et attendent que tu ailles avec une voiture ! En 2003 ce n’était pas comme ça. Parce que en 2003, je m’en souviens, j’avais des problèmes, j’ai appelé la police, il y avait quatre voitures de police, il y avait même une femme, ils m’ont demandé " Qu’est ce qu’il s’est passé ? Qu’est ce qu’il s’est passé ?". J’ai dit "J’étais là et un bandit a volé mon sac". Ils m’ont demandé s’il y avait de l’argent à l’intérieur du sac, j’ai dit " oui, il y a de l’argent" et ils ont demandé "Où est le bandit ?". J’ai dit « "Ils ont été vers là-bas, ils sont deux". J’ai été surprise de voir comment les policiers ont retrouvé les deux gars et les ont arrêtés cette nuit-là».

« Quand ils te prennent dans la rue, ils t’amènent au poste dans des endroits qui puent. C’est comme si on était des esclaves dans ces endroits. C’est peut être parce que nous sommes des prostituées mais nous ne sommes pas des esclaves ! Nous sommes des êtres humains comme eux ! Je ne sais pas comment l’expliquer.Ils nous mettent des endroits qui ressemblent, je ne sais pas comment l’expliquer, à des blockhaus tu vois, il fait froid, il y a des gens qui défèquent, qui font pipi partout, ça pue, c’est comme si on était des esclaves ! Quand tu rentres chez toi, tu es malade, tu commences à vomir, mais ils ne sont plus là et tu dois aller à l’hôpital par tes propres moyens. C’est juste comme ça ! »

« Ce n’est pas possible de faire de la prostitution dans les appartements ou dans les hôtels ! Mais alors où peuvent-elles travailler?! C’est juste dans les parkings ou chez les hommes. Je ne comprends pas s’ils veulent arrêter la prostitution en France parce que je ne comprends pas comment la police travaille. Ils suivent les femmes, jusque dans les appartements où elles habitent, ces femmes ne sont pas des criminelles ! »

« Je suis allée chez un client. Une fois arrivée chez lui, il a complètement changé de comportement. Il m’a frappée et il m’a forcée à avoir des rapports sexuels avec lui. Il a également fouillé dans mes affaires et il a pris tout mon argent. Après, il a voulu me chasser de chez lui. Je l’ai supplié pour qu’il me ramène. Dans sa voiture, j’ai réussi à alerter une copine par téléphone et je lui ai demandé de contacter la police. C’est ainsi que quand il m’a déposée des policiers nous attendaient. J’ai essayé de leur expliquer que l’homme, assis au volant de sa voiture, m’avait violée et avait volé mes affaires. Les policiers ont rigolé. L’un d’entre eux a fait des gesticulations avec ses bras comme un avion en me disant « Toi, rentrer tout de suite en Chine ». Ils m’ont fait comprendre que si je ne partais pas, ils allaient m’arrêter. L’homme est alors parti en voiture avec mon argent sans devoir répondre à la moindre question de la police » « Ce travail est très difficile psychologiquement. C’est très stressant. Il faut être attentif aux clients agressifs, aux clients qui enlèvent le préservatif, aux voyous qui essayent de voler nos affaires ou nous frapper et en plus il faut sans cesse être attentif aux policiers en civil. Il y a tellement de policiers qu’on ne peut pas se permettre de négocier avec un client avant de monter dans sa voiture. Quand le client s’arrête à côté de nous on monte toute suite dans sa voiture, sinon on risque d’être repérée par la police…. Dans ce métier on a surtout peur de la police. On est tellement stressée tout le temps que ça a un impact sur notre santé : j’ai plus mes règles depuis quatre mois, je suis très distraite, je n’arrive plus à me concentrer, même quand je ne travaille pas. Je pense que si je fais ce travail pendant trop longtemps je deviendrai folle. »

« Quand tu as des problèmes avec un mauvais client, tu ne peux pas appeler la police car tu vas avoir plus de problèmes avec la police qu’avec les clients. Ce n’est pas bien. Ça ne devrait pas être comme ça. La police c’est fait pour secourir, mais dans ce cas-là, leur façon d’être, leur façon de travailler, ils ne secourent plus du tout ! Quand tu as un mauvais client, si tu appelles la police, ils vont t’affronter toi, ils ne vont pas affronter le client »