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Nos Missions

Niger

Nos objectifs au Niger sont d'améliorer l’accès aux soins de santé primaire et renforcer leur qualité avec les autorités sanitaires locales. Voir le reportage - vidéo, photos, articles

Opération sourire

L’opération Sourire a pour ambition de rendre un visage à ceux que la guerre, la maladie, et la malnutrition ont défigurés, et de permettre à des adultes et des enfants exclus par leur handicap de retrouver une vie sociale.


  Le Noma, maladie de la pauvreté

Enfant après une opération

Le Noma : maladie de la pauvreté Depuis 1997, l’Opération Sourire mène deux fois par an, au Niger,des sessions de chirurgie pour réparer les visages des enfants atteints d’une maladie très largement méconnue : le Noma.

Il s’agit d’une infection gangrenante du visage que l’on trouve principalement en Afrique sub-saharienne, entre le Sénégal et l’Ethiopie, région connue sous le nom de “Ceinture du noma“. Elle touche principalement les enfants de moins de 6 ans, souffrantde pauvreté et de malnutrition. Le noma se déclare par des ulcères buccaux et entraîne très vite des lésions profondes. Si la maladie est détectée de manière précoce, sa progression peut être facilement évitée par un traitement antibiotique, une alimentationet une hygiène correctes. Pourtant, faute de prévention, 80% des patients meurent lors de la phase aiguë.

Ainsi chaque année, selon l’OMS, cette pathologie tue entre 90 000et 450 000 enfants.

Quant aux enfants qui survivent, les séquelles faciales très importantes les condamnent souvent à vivre exclus de la société pour le restant de leur vie.

L’Opération Sourire s’est entourée de chirurgiens compétents et expérimentés dans le traitement du Noma car réparer ces séquelless’avère une opération très délicate. Les patients (une quinzaine par mission) sont sélectionnés avant l’arrivée de l’équipe. La régularité des missions permet d’assurer un suivi et de réopérer les enfants si nécessaire. Certains cas particulièrement complexes ont été opérés en France.

En parallèle, nos équipes collaborent avec des partenaires associatifs afin de sensibiliser la population aux symptômes de la maladie quand le traitement médical est encore possible, mais aussi pour faire savoir que les séquelles sont opérables.

Extrait des rencontres chirurgicales de Médecins du Monde

“Opération sourire”

On va passer maintenant dans un domaine qui est moins dramatique que l’obstétrique, parce qu’il n’y pas de risques vitaux. C’est la chirurgie plastique et réparatrice qu’on pratique ici à Médecins du Monde depuis assez longtemps avec l’organisation de nombreuses missions.
Dans un premier temps, je vais vous présenter l’”Opération Sourire” dans sa qualité et dans sa quantité. Ensuite Bernard Mole qui est là et qui est un des acteurs fondamentaux de ces missions va vous parler de ses missions en Erythrée et au Tchad, plus orientées sur les fentes. Moi, je vais vous parler d’une pathologie africaine particulière qui est le noma. Et puis, on a le plaisir d’avoir un invité « surprise » qui est là parmi nous. Il est nigérien, on l’a rencontré il y a sept ans au Niger quand on a commencé
nos missions avec Jean-Marie Servant. Il était étudiant en cinquième année et on a pu travailler avec lui.Au bout de sept ans il a pu acquérir une vraie connaissance en chirurgie plastique. Il est actuellement en France en stage pour deux ans avec le docteur
Tourci qui est ici aussi. Ils sont les chirurgiens qui vont pouvoir reprendre la chirurgie plastique au Niger. Donc, un témoignage du rôle qu’on a pu avoir vis-à-vis de nos amis chirurgiens nigériens.

L’”Opération Sourire”, ce sont des missions de chirurgie réparatrice qui sont organisées sur de courtes durées, puisqu’on ne peut pas mobiliser pour plus que 8-10 jours des chirurgiens, des anesthésistes, des infirmiers. On compense cette brièveté par des missions répétées régulièrement pendant des années. Deux ou trois fois par an sur le même site, pour développer les relations et pour pouvoir assurer le suivi à distance grâce à des équipes de cinq à six personnes en général, dans lesquelles il y a un ou deux
opérateurs, un anesthésiste, des panseuses.

Les objectifs. La première chose c’est la prise en charge des patients à opérer. Organiser des missions, emmener le matériel, être relativement autonome dans des endroits où les chirurgiens sont très démunis au niveau matériel. Le deuxième objectif c’est de
former les équipes locales, participer à une sorte d’échange, à un transfert de technologies au niveau chirurgical, au niveau des anesthésistes et au niveau des infirmiers, de l’organisation du bloc et de l’asepsie.

Les pathologies qu’on rencontre sont assez variées : les fentes labiales et palatines, complètes et incomplètes, simples, doubles, de toutes natures. On a en consultation énormément de gens à traiter pour cette pathologie. La deuxième grande cause, ce sont les séquelles de brûlures. Il y a énormément de gens qui font la cuisine avec du feu de bois, il y a énormément d’enfants qui se brûlent. Il y a très peu de soin pour les brûlures aiguës et on a énormément de séquelles de cicatrisation et rétractions avec toutes les conséquences que vous connaissez. Le troisième type de pathologie, ce sont les tumeurs. Nous ne sommes pas carcinologues. C’est souvent de la chirurgie de propreté pour les tumeurs malignes. Ce sont les grosses tumeurs du sein qui évoluent, des
gens qui sont à l’hôpital depuis plusieurs semaines avec de gros choux-fleurs qui pèsent deux kilos. On peut toujours faire de la chirurgie de propreté pour permettre aux gens au moins de rentrer chez eux pour le temps qui leur reste à vivre.
La troisième pathologie qui nous a mobilisé notamment en Afrique, c’est ce fameux noma, dont on va parler tout à l’heure.
Pour ce qui concerne les fentes, dans des pays comme le Cambodge, l’Afrique, l’Asie, les gens sont atteints de la même façon qu’en Europe, mais là-bas il n’y a pas eu d’intervention pendant des années, donc se cumule un nombre impressionnant de porteurs de fentes qu’on peut retrouver à tous les âges, même à 40 ans, alors que pour la fente labiale c’est une intervention relativement simple, courte et réalisable. On peut commencer à opérer les enfants à partir d’un an, ce qui est déjà tard par rapport à
l’Europe où l’on opère entre trois et six mois.
Les séquelles de brûlure : parfois on peut intervenir sur les brûlures aiguës. C’est le domaine de la greffe cutanée, avec des greffes de peau totales, les greffes semi-épaisses, les greffes en filet. On dit que 50% de la population mondiale n’a pas accès à la greffe de peau, je pense que dans ce domaine, nous avons un rôle à jouer sur l’apprentissage de la prise de greffe, sur le choix des greffes, et enfin sur la réalisation des greffes parce qu’il pourrait y avoir énormément de gens qui pourraient bénéficier de ces techniques. Pour les grosses séquelles de brûlures, ces importantes rétractions cutanées sur des brûlures qui cicatrisent d’elles-mêmes, il y a là aussi énormément de techniques : les greffes, les lambeaux-pédiculés, les lambeaux à distance. Les tumeurs, dont on parlait tout à l’heure : il s’agit d’une chirurgie de propreté et de confort, parce que ces patients sont hospitalisés pendant très longtemps, c’est une prise en charge difficile. Le simple fait de leur supprimer ces tumeurs monstrueuses leur permet de quitter l’hôpital et de rentrer chez elles. On est au delà des traitements classiques mais c’est une chirurgie de confort. Le noma, quatrième volet, maladie qui procède par une énorme nécrose au niveau facial et qui laisse une perte de substance plus ou moins importante. Après cicatrisation et rétraction, avec souvent une ankylose de l’articulation de la mâchoire qui donne une espèce de blocage de la mandibule et une impossibilité d’ouvrir la bouche. Notre opération a commencé en 1990 à l’hôpital Calmette à Phnom-Penh où l’on avait fait passer un message radio. On avait expliqué qu’il y avait une équipe qui pouvait prendre en charge ce type de pathologie, et le lendemain il y avait 200 personnes qui nous attendaient avec toutes ces pathologies mélangées. On a continué à faire des missions au Cambodge et c’est là qu’on s’est rendu compte qu’il y avait une véritable demande à la fois des patients et des chirurgiens. Ils n’avaient pas les moyens, pas d’informations et ils étaient très demandeurs. Donc on a commencé à faire ces missions et puis, petit à petit, des gens se sont amalgamés et ont proposé de faire des missions dans d’autres endroits et l’on arrive maintenant à 30 missions en Afrique et en Asie. La bonne intégration de ce type de missions dans les différents pays où l’on travaille se fait par des missions courtes qui n’embolisent pas trop les blocs opératoires, où il y a en général une grosse activité chirurgicale. On ne peut pas arriver et rester trois semaines. Ce sont donc des missions de courte durée mais répétées.
Les pays d’intervention. Dans tous les pays d’Afrique, le Niger, le Mali, le Bénin, le Togo, le Rwanda, L’Ethiopie, l’Erythrée, Madagascar, le Tchad. Toutes ces destinations ont deux missions par an. Au Bénin on travaille avec l’association Saint-Jean-de-Dieu qui est une association chrétienne qui a pour but la gestion des hôpitaux. Le Rwanda où l’on va depuis 1996, deux ans après les massacres. Le Tchad un pays oublié, le Niger où l’on travaille depuis dix ans. Au Cambodge il y a actuellement quatre sites où l’on intervient. On avait commencé à l’hôpital Calmette, maintenant pour des raisons de politiques internes, on a un peu délaissé cet hôpital. Et puis le Laos où l’on a travaillé pendant plusieurs années mais ça s’est arrêté pour des raisons politiques. Là, maintenant on va recommencer dans ce pays à Savannakhét.
Quelques chiffres. Depuis 1990 toutes ces missions ont généré beaucoup d’interventions qu’on a essayé d’iconographier avec photos et comptes-rendus opératoires sur un logiciel. C’est l’occasion pour les jeunes chirurgiens qui veulent opérer de voir des pathologies qui n’existent plus en Europe. Si les gens ne font pas l’effort d’aller voir cette pathologie sur place, ils passeront à côté de quelque chose d’essentiel dans cette chirurgie. En 2004 on avait 23 missions dans 11 pays ; on a 6 sites au Cambodge avec 829 patients opérés. Ca a mobilisé 79 expatriés qui sont partis dans les différentes missions. On a une certaine autonomie des missions. Chaque mission a un responsable. Le budget est ridicule par rapport au nombre d’opérés. Ce sont essentiellement des billets d’avions ; pour le reste, ça ne coûte pas trop cher : les visas, les frais de vie sur place, le matériel médical. Si l’on fait la simple opération de diviser le budget par le nombre d’interventions on arrive à savoir le coût de l’intervention : il est de 293 euros. Ca n’est qu’à cinq ou six heures d’avion, il faut continuer. Etablir des liens durables avec les médecins locaux est très important. Petit à petit, faire ce transfert de compétences. C’est long, il faut s’inscrire dans la durée. Pour ce qui concerne le suivi des patients, il est en train de se solutionner grâce à la collaboration avec des ONG, notamment au Niger, au Bénin, et au Togo, avec une association locale qui s’appelle le KAEB, qui prend en charge les patients, qui les recense et nous les amène à la consultation. Ils les récupèrent après. On a maintenant un taux de suivi de 90 %, c’est-à-dire qu’on a des patients qu’on voit plusieurs années après, et ça c’est fondamental pour ce genre de chirurgie.

François Foussadier