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Revue humanitaire   Hors série - été 2006 N°3 : Médias et plaidoyer : comment faire porter la voix des ONG ?

couverture du hors série n°3

Revue Humanitaire Hors Serie N°3 - Eté 2006




  • Sommaire
  • Edito : Porter la parole, par Boris Martin
  • La famine et le poisson rouge par Jean-Paul Marthoz
  • Table ronde : Crises humanitaires : un traitement journalistique et une générosité à géométrie variable ?
  • Entre médias et humanitaires, la place de la victime par Claude Aiguesvives
  • Table ronde : Campagnes, lobbying et plaidoyers : les nouvelles armes des ONG ?
  • Regard de photographe Médecins du Monde à Visa pour l’image - Perpignan
  • Hommage
    « Christophe de Ponfilly, adieu l’ami », par Alain Boinet
    « Repousser ce réel tragique… », par Patrick David



Editorial
Porter la parole
Par Boris Martin, Rédacteur en chef
« Nous sommes en somme un vieux couple », chantait Reggiani. Et ses paroles pourraient fort bien s’appliquer à celui que forment depuis plus de trente ans les médias et les humanitaires. Le Biafra de 1968 ne serait pas devenu ce mythe fondateur de l’humanitaire moderne si les caméras n’avaient pointé leurs objectifs sur cette enclave où le sans-frontiérisme gagnait ses lettres de noblesse en même temps qu’il semait les graines de ses dilemmes et de ses ambiguïtés. En 2005, la malnutrition sévère qui frappa le Niger serait demeurée une crise oubliée si un reportage de la BBC n’avait exhumé le drame qui se jouait à huis clos.
Couple plus que trentenaire, donc. Oui. Pour le meilleur et pour le pire. On s’aime, on s’engueule et l’on se réconcilie sur l’oreiller de nos désillusions communes. Les journalistes rêvent toujours de grands reportages où ils redresseraient les torts, pointeraient l’injustice, porteraient « la plume dans la plaie » à l’instar d’Albert Londres dénonçant le bagne de Cayenne… Et puis ils se voient contraints de renoncer à un reportage sur les victimes du sida en Birmanie parce que cela n’intéresserait pas, leur dit-on dans leurs rédactions, le grand public… Les humanitaires voudraient croire en la pureté de leurs sentiments, à l’efficacité de leurs actions et à leur indépendance… Et puis ils réalisent que l’enfer n’est pas toujours pavé de bonnes intentions, que leurs missions n’apportent pas toujours un mieux et que leur instrumentalisation par les Etats est plus qu’un risque, une réalité… « Historiquement, il faut bien voir qu’on a à faire à un binôme entre les médias et les humanitaires qui se sont enrichis, critiqués, favorisant une remise en question », rappelle Olivier Weber entre les lignes de ce numéro spécial que nous consacrons à ce couple indissociable, inséparable. Jusque dans la mort.
Nous ne pouvions en effet aborder ce thème sans rendre hommage à Christophe de Ponfilly, journaliste, cinéaste et écrivain. Il avait été, et demeurait, compagnon de route des humanitaires en Afghanistan, là où le sans-frontiérisme des années 1980 avait vécu le passage de témoin entre les élans de jeunesse et les premières rides de la maturité. Pour des raisons qui lui appartiennent, Christophe de Ponfilly s’est retiré du monde auquel il avait tenté de parler.
Parler et porter la parole. C’est bien ce qui a poussé le couple humanitaires-médias à officialiser sa liaison. Mariage d’amour autant que de raison, chacun ayant besoin de l’autre pour informer, pour exister, pour témoigner.
Porter la parole, oui, expression empreinte de religiosité qui convenait aux œuvres religieuses de charité ou « aux missions coloniales dont l’intention était aussi d’éduquer et de soigner », comme le rappelle Claude Aiguesvives. Mais cette exigence n’a pas varié, elle s’est même renforcée lorsque l’humanitaire « french doctors » s’est invité sur la scène internationale.
Porter la parole, faire porter la voix des ONG dans un monde devenu cacophonique et complexe, soumis à la logique libérale, où les journaux télévisés ressemblent à des talk-shows, où les téléspectateurs gagnent des voyages dans les îles en envoyant un SMS, mais où les rédactions refusent de prendre en charge le billet d’avion de leurs journalistes pour couvrir un génocide… De l’autre côté, la portée messianique des humanitaires d’aujourd’hui est parfois avancée, sans convaincre, par les thuriféraires chagrins qui s’échinent à voir en eux de nouveaux missionnaires, avatars des colonisateurs, bras non armé de l’universalisme occidental.
Malgré tout cela, le couple tient bon. Les journalistes prennent leurs informations auprès des ONG dont certaines sont réputées pour la qualité de leurs observations et de leurs analyses et certains parviennent même à forcer les colonnes de leurs propres journaux pour parler de crises oubliées. Reste à trouver les lieux pour se parler et mieux se comprendre1. C’est tout le sens des Rencontres de l’humanitaire qui, depuis cinq années, sont organisées par l’hebdomadaire La Vie et dont nous reproduisons deux table rondes : Crises humanitaires : un traitement journalistique et une générosité à géométrie variable ? et Campagnes, lobbying et plaidoyers : les nouvelles armes des ONG ?
Car les ONG ont développé depuis quelques années leurs propres outils pour convaincre les opinions, contraindre les dirigeants en s’appuyant sur leurs expériences de terrain. A l’image de la collecte de fonds, ces nouvelles armes viennent des pays anglo-saxons. Lobbying, advocacy, autant de termesqui ont fait florès dans les ONG françaises où ils devenaient campagnes et plaidoyers. A l’image de Médecins du Monde qui a créé il y a peu une cellule « Plaidoyer », l’idée forte en germe depuis des années chez les humanitaires est d’agir sur les causes des crises, en amont, et ne plus se contenter de réparer les conséquences – lorsqu’elles sont réparables – de logiques politiques, géopolitiques ou diplomatiques se développant au mépris des populations vulnérables.
Ces campagnes et ces actions de plaidoyer présentent de notables différences avec les traditionnelles relations aux médias, mais elles offrent de vieux amants l’occasion de se parler encore, peut-être un peu différemment, sans autre charge que l’engagement et le témoignage qui les avaient rassemblés dans leur jeunesse.

A noter l'initiative intéressante du groupe Education au développement » qui, au sein de la Commission Coopération Développement et sous la direction de Roland Biache, interroge depuis plusieurs années les rapports médiashumanitaires et travaille à la mise sur pied d'actions de sensibilisation à l'humanitaire et au développement » auprès des futurs journalistes.

Rédacteur en chef : Boris Martin
Directeur de la publication : Pierre Micheletti, président de Médecins du Monde
Comité de rédaction : Claude Aiguesvives • Karl Blanchet • Didier Fassin • Hélène Flautre • Pierre Gassmann • Nathalie Herlemont-Zoritchak • Sidiki Kabba • Denis Maillard • Sami Makki • Gustave Massiah • Benoît Miribel • François Rubio • Philippe Ryfman • Pierre Salignon • Olivier Weber
Conception graphique : François Despas
Corrections : Magali Martija-Ochoa
ISSN : 1624 - 4184
Dépôt légal : août 2006
Imprimé avec des encres végétales par l'imprimerie Escourbiac. Engagée dans le développement durable, cette imprimerie préserve l'environnement et recycle tous ses déchets. Toute reproduction intégrale ou partielle de la présente publication, quelle qu'en soit la forme ou le support, est interdite sans l'autorisation préalable et expresse de la revue ainsi que du ou des auteurs concernés.

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