Journal des donateurs Médecins du Monde Le journal destiné aux donateurs n° 88 Septembre 2007
SOMMAIRE
- Alerte / Niger - SOINS POUR TOUS, UNE ACTION SALUTAIRE
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Missions :
Bolivie/ Des ateliers santé pour les enfants des mines
Palestine/ L’embargo rend l’accès aux soins plus difficile
France/ Faciliter la prise en charge des sans-abri.
Indonésie/ Santé primaire à l’honneur.
Daghestan/ Renforcer les capacités des structures de santé.
Madagascar/ Des conditions de détention à humaniser.
En bref/ Les actions MdM en France et à l’étranger. - DOSSIER Les migrants, ces indésirables universels.
- Carte sur table Hommage à Driss Benzekri.
EDITORIAL
La migration est symptôme de misère
Les phénomènes migratoires constituent une réalité contemporaine majeure par le nombre de personnes qui se déplacent aujourd’hui dans et entre les continents Ce numéro de notre journal des donateurs leur est plus particulièrement consacré, avec un dossier qui relate la situation au Maroc, pays de transit d’un grand nombre de migrants d’Afrique, continent sinistré de la planète La migration est un symptôme Ces personnes abandonnent leurs attaches culturelles et familiales Faut-il que la vie, dans leur pays d’origine, soit insupportable pour les amener à prendre de telles décisions, lourdes de conséquences,
et les condamner à tout abandonner ? Médecins du Monde intervient auprès des migrants dans tous les continents confrontés à des réalités locales qui finissent par pousser des millions d’individus vers cette aventure pleine d’inconnu et de dangers, parfois mortels Les migrants fuient la faim, comme au Niger Les migrants fuient la guerre, comme dans les Territoires palestiniens, au Liban ou au Daghestan Les migrants fuient les dégradations de leur environnement, comme en Bolivie ou en Érythrée Les migrants fuient la ségrégation et l’absence de soins, comme les Punans en Indonésie Dans tous ces pays, Médecins du Monde apporte son soutien aux populations locales Les migrants sont des victimes de la violence, de la misère, ne l’oublions jamais.
Dr Pierre Micheletti, président de MdM
EXTRAIT
RENCONTRELa voix des KurdesPrésident de l’Institut kurde de Paris, créé en 1983, Kendal Nezan diffuse largement la culture des Kurdes à travers le monde et se bat pour leur intégration. Quel est le rôle de l’Institut kurde ? Il a pour objectif de faire connaître les Kurdes à l’opinion publique. C’est un trait d’union entre les différents peuples et le peuple kurde. Pour cela, on a créé une bibliothèque kurde qui est la plus importante du monde occidental. Nous organisons des conférences en France, mais aussi aux Etats-Unis, en Italie, en Allemagne, en Russie, pour internationaliser la voix kurde qui est persécutée. On joue un peu le rôle « d’ambassade culturelle ».
Quelle est la situation des droits de l’homme au Kurdistan ? La possible intégration de la Turquie dans l’Union européenne représente-t-elle un espoir pour les Kurdes ? Malheureusement, l’Etat turc s’est contenté jusqu’à présent de quelques mesures purement symboliques comme la création d’une émission télévisée doublée en langue kurde, diffusée une fois par semaine à 6h du matin et vantant les mérites des régions touristiques de la Turquie. C’est bien peu pour les 18 millions de Kurdes qui vivent en Turquie, c’est-à-dire un quart de la population turque. Cela dit, nous sommes pour des négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’UE si elle remplit certaines conditions comme le respect des minorités et des droits de l’homme. Qu’en est-il de la reconnaissance du génocide arménien ? Si la Turquie rejoint l’Union européenne, elle devrait également reconnaître le génocide arménien ainsi que les droits des minorités vivant en Turquie comme c’est le cas pour les Basques ou les Catalans en Espagne, les Ecossais en Grande-Bretagne…
Et si la Turquie ne rentre pas dans l’Union européenne ? Quel est le rôle du Kurdistan irakien dans la région ? Officiellement, l’Irak est un Etat fédéral et les deux langues officielles sont l’irakien et le kurde. Les Kurdes ont surtout réussi à imposer des garde-fous à l’ensemble de l’Irak en jouant un rôle d’intermédiaire entre les Arabes chiites et sunnites. Les Chiites par exemple voulaient imposer que la législation irakienne s’inspire des principes de l’islam. Les Kurdes ont fait rajouter la condition du respect des normes universelles de la démocratie et des droits de l’homme. Ce n’est pas une laïcité mais c’est en tout cas la reconnaissance d’une sécularisation. De plus, le Kurdistan irakien est le seul endroit dans tout le Proche-Orient arabo-musulman où il n’y a aucun prisonnier d’opinion. Le Kurdistan irakien peut donc inspirer, à moyen terne, la démocratisation de toute la région. Quelle est la marge de manœuvre des ONG ? Pour connaître depuis longtemps Médecins du Monde, avec qui nous partageons les mêmes valeurs de fraternité et de solidarité, j’ai vu environ 200 médecins partir dans les années 80 aider les Kurdes d’Iran, puis d’Irak puis plus récemment en Turquie. Actuellement, les besoins des Kurdes vivant dans les grandes métropoles turques sont immenses mais le problème, c’est que l’Etat turc n’autorise pas les ONG à y travailler. |