Mission Afghanistan
Mortalité infantile : 165‰
Espérance de vie à la naissance : 46
IDH : NC
PIB/habitant ($): 430
Population :
Bénéficiaire projet 1 : 36 000
Bénéficiaire projet 2 : 14 000
Cible projet 1 : 92 000
Cible projet 2 : 50 000
Personnel :
Local projet 1 : 25
Local projet 2 : 8
Expatrié projet 1 : 1
Expatrié projet 2 : 1
Sources de financement :
Projet 1 : MdM
Projet 2 : MdM
Budget 2007 :
Projet 1 : 24 015 euros
Projet 2 : 265 273 euros
Malgré une démocratisation progressive, les autorités peinent à affronter les difficultés liées à la reconstruction socio-économique du pays. Dans un contexte de recrudescence des conflits opposant les Talibans et les forces gouvernementales, l’Afghanistan n’est toujours pas en mesure de faire face en totalité aux problèmes de santé publique, et son système de santé ne peut assurer l’accès aux soins des populations à risques, en particulier celle des usagers de drogues.
Projet 1 :
PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE à Kaboul
Activités :
MdM s’est désengagé des 2 derniers centres de protection maternelle et infantile sur lesquels l’association intervenait depuis 1995 à Kaboul. L’ensemble de l’activité a pu être transféré avec succès au Ministère de la Santé qui en assure désormais la gestion, avec le soutien de la coopération italienne et japonaise.
Perspectives :
La psychiatrie, secteur de santé publique oublié alors que les besoins sont majeurs, reste une priorité
pour MdM. Des perspectives d’aide à la formation de jeunes médecins psychiatres et psychologues sont à l’étude.
Projet 2 :
REDUIRE LES RISQUES AUPRES DES USAGERS DE DROGUE à Kaboul
Activités :
La mission d’implantation «RdR» s’est concrétisée par la mise en place et la consolidation d’un programme reposant sur un travail de rue et un « Drop in center» (DIC). Une équipe médicosociale intervient ainsi le matin dans la rue, permettant d’établir un lien avec les populations les plus éloignées et mettant à leur disposition du matériel de RDR et de l’information ; elle anime l’après-midi le DIC, localisé à proximité de lieux de vie des usagers de drogues ou de consommation de drogues. Cet espace dédié
aux usagers offre une série de services médicaux, sociaux et d’hygiène aux usagers de la file active (plus de 500 en fin d’année 2007). Ceci contribue à renforcer les capacités des bénéficiaires à réduire les risques liés à l’usage de drogue mais aussi à alimenter un observatoire des pratiques et problèmes de santé.
Perspectives :
• Favoriser et soutenir l’émergence d’une réponse nationale de santé publique sur la prise en charge sanitaire et sociale des problématiques liées à l’usage des drogues ;
• mettre en place un programme de substitution pilote pour le pays en s’appuyant sur le DIC ;
• monter et animer, dans le DIC, un centre de formation et de ressources pour le pays.
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Alors que l’Afghanistan produit 92% de l’opium mondial, la consommation locale d’héroïne revêt une ampleur sans précédent. Une partie croissante de la production afghane n’est plus exportée mais consommée sur place. Selon la seule étude officielle, réalisée par l’UNODC[1] et publiée en 2005, 920 000 personnes, soit 3,8% de la population, consomment des drogues diverses. La pratique d’injection d’héroïne se répand très rapidement et, avec elle, la transmission du VIH et de l’hépatite C, infections non prises en charge dans le pays. Ainsi, sur les 464 personnes testées dans le centre de dépistage de Kaboul, 14 étaient séropositives et plus de 100 personnes avaient contracté l’hépatite C. Face à la montée en puissance du nombre d’usagers de drogue et pour prévenir une probable explosion de l’épidémie de Sida, Médecins du Monde, présent depuis près de 25 ans dans le pays, a inauguré en septembre 2006 un centre de soins, ouvert à tous, qui propose des échanges de seringues, des services de premier soin et d’hygiène, des conseils, un volet de prévention sida. A terme, un programme de substitution à l’héroïne sera développé. Dans le centre, les usagers de drogue peuvent se reposer, se laver et s’organiser en groupes de parole pour concevoir ensemble des supports d’information adaptés aux plus marginalisés. « Au-delà des soins et de la distribution de seringues, l’objectif est de permettre aux usagers de drogue de retrouver une certaine estime de soi et la possibilité de se responsabiliser », estime Guive Rafatian, coordinateur du programme de MdM. Parallèlement, des unités mobiles vont à la rencontre des usagers dans la rue afin de poursuivre ce travail de sensibilisation. Ainsi, des « pairs éducateurs » afghans, usagers de drogue ou anciens toxicomanes, formes par Médecins du Monde, délivrent dans la rue des messages de prévention et des outils de réduction des risques adaptés aux modes de consommations. « A terme, notre objectif est de faire de ce programme un initiateur de nouvelles pratiques d’approches et de prises en charge des usagers de drogue. Ceci permettra d’élargir la palette d’offre de soins en Afghanistan et favorisera le transfert de compétences auprès des acteurs locaux », conclut Olivier Maguet, responsable de la mission. |
TémoignageSaïd Aziz, 38 ans, se rend au centre depuis 2 mois. « Il y a 20 ans, je suis parti vivre en Iran. J’étais tailleur et mon patron me donnait de la drogue pour que je puisse travailler jour et nuit. C’est là-bas que je suis devenu dépendant. Apres la chute du régime des Talibans, je suis rentré a Kaboul mais sur le chemin du retour, des voleurs m’ont pris tout pris. Ici je n’ai pas de travail, je ne suis pas heureux. A la radio, ils disaient que la situation s’améliorait mais si j’avais su que la vie en Afghanistan était comme ça, je ne serais pas rentré. Quant je vivais en Iran, j’étais dépendant mais ma famille ne me rejetait pas parce que j’avais un travail et que je pouvais subvenir à leurs besoins. Depuis que je vis ici je n’ai pas de travail fixe et a cause de ma dépendance a la drogue, j’ai dû quitter ma famille. Cela fait maintenant 1an et 2 mois que je vis dans la rue avec les autres usagers. Je ne veux pas retourner vivre avec ma sœur, ma femme et mes 4 enfants parce que j’ai honte. Je viens d’apprendre par un ami que ma famille allait être expulsée parce qu’elle n’a pas pu payer le loyer depuis 7 mois. Je ne sais pas quoi faire. Certains jours, je travaille pour décharger des camions de sacs de ciment et de briques. Je gagne environ 150 afghanis par jour et je travaille 4 jours par semaine. Avec cet argent ou celui que j’emprunte a des amis, j’achète pour 100 afghanis de drogue par jour. Il ne me reste pas beaucoup d’argent alors je ne mange que 20 jours par mois, le plus souvent du pain et du thé. Parfois je me sens tellement faible que je ne peux pas travailler. En plus, dans la rue, nous sommes harcèlés et rackettés par la police. Ils protègent les dealers de drogue même sur les lieux où nous achetons notre drogue. » Moslem a 32 ans et entre dans le centre pour la 1ere fois. Apres avoir émigre en Turquie puis en Iran, il a été reconduit à la frontière il y a 2 ans. Ses papiers n’étaient plus en règle. « Je vivais en Iran avec ma femme qui est iranienne et nos deux enfants. Ils sont restés en Iran et je n’ai pas de contact avec le reste de ma famille qui vit à Londres et en Iran. Là bas, j’étais tailleur et je faisais du Karaté. Lorsque je suis rentre en Afghanistan, j’ai voulu monter une école de Karaté avec un ami qui rentrait aussi d’Iran. Cet ami se droguait et c’est avec lui que j’ai commencé. Depuis, je chasse le dragon avec de l’héroïne. Je fume trois fois par jour et si je n’ai pas mes doses, c’est insupportable, je vais très mal et je pense à me suicider. J’emprunte de l’argent à mes amis pour m’acheter ma drogue. J’ai voulu arrêter et je me suis inscrit dans un centre de sevrage mais je ne pouvais pas me permettre de m’y rendre tous les jours, je devais travailler pour gagner ma vie. Pourtant, je veux vraiment arrêter de consommer, je ne peux plus continuer à vivre sur le dos de mes amis. Avant j’étais quelqu’un de respecté, de vertueux et de confiance mais depuis que je consomme, mes amis m’évitent. Mon meilleur ami ne veut même plus me voir. Aujourd’hui, j’ai plein de dettes. Je veux les rembourser et retrouver la confiance des gens. Je vis à l’hôtel et parfois je dois dormir dehors. La rue, c’est une mort progressive. Tout y est difficile : trouver de l’argent, de la drogue, un endroit pour consommer... Toute la journée, c’est de la souffrance. La drogue détruit tout. J’attends que quelque chose me sauve, que je sois soigne et que je reprenne une vie normale. Si j’arrive à m’en sortir, je voudrais que ma famille me rejoignent en Afghanistan mais pour le moment, ce n’est pas possible : la situation a Kaboul est très difficile. L’insécurité, le manque de travail et l’instabilité politique ne permettent pas leur retour. Si ça ne va pas mieux, je repartirais en Iran ». |
Photos : Jacky_Naegelen / Reuters; textes Florence Priolet
Mai 2008