Tribune VIH/Sida : laccès aux soins de santé est un droit qui ne se marchande pas
Le SIDA est devenu une urgence sanitaire mondiale : environ 40 millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA dont plus de 25 millions en Afrique et aujourd'hui 20% des cas d'infection dans le monde sont en Asie (6,4 millions de personnes). Sans un renforcement de la prévention et des traitements, l'Asie et l'ex-Union Soviétique pourraient devoir faire face à une épidémie de l'ampleur de celle qui sévit en Afrique. En 2001, pour répondre à cette urgence, Médecins du Monde a fait du SIDA une priorité pour les cinq prochaines années. L'association a défini quatre axes principaux pour lutter contre la maladie et la stigmatisation qui la précède et l'accompagne.
SIDA et conflits : déplacés internes, réfugiés, victimes de violence sexuelles, enfants-soldats, constituent des populations particulièrement exposées au VIH, surtout lorsque les infrastructures sanitaires sont inexistantes. On estime, par exemple, que près de 80% des femmes violées pendant le génocide rwandais sont séropositives aujourd'hui.
L'accès aux traitements : Médecins du Monde exige un engagement fort de la communauté internationale en faveur d'une amélioration de l'accès aux anti-rétroviraux (ARV) et aux traitements des maladies opportunistes. L'expérience de terrain de Médecins du Monde démontre que des engagements en ce sens doivent être pris aussi bien par les Etats du Nord que par les Etats bénéficiaires de ces aides :
au Cambodge, Médecins du Monde s'est engagé dans un programme financé en partie par le Fonds mondial. Après un an de fonctionnement, l'argent n'a toujours pas été versé, obligeant l'association à travailler sur ses fonds propres ;
en Tanzanie, Médecins du Monde, prêt depuis 3 ans à mettre en place un programme d'accès aux ARV, se voit confronté à la lenteur du gouvernement tanzanien à intégrer la composante thérapeutique dans sa politique nationale de santé.
La réduction des risques : destinée à prévenir la contamination des usagers de drogue par voie intraveineuse (ex. échange de seringues) elle constitue un modèle de santé publique pour réduire les risques sociaux et sanitaires liés aux drogues. Dans l'ex-Union Soviétique, dans les pays d'Europe de l'Est, mais aussi en Asie et en Amérique du Sud, les usagers de drogues par voie intraveineuse représentent, avec les prostitué-e-s, des groupes à risques à forte prévalence du VIH. Les obstacles politiques et économiques qui instaurent une discrimination dans l'accès aux soins, constituent aujourd'hui les principales entraves rencontrées par l'association pour une diffusion efficace de cette action de prévention auprès des populations concernées.
Des populations exclues n'ont pas accès à des soins de santé adéquats : les migrants, les prostitué(e)s, les minorités ethniques et certaines populations qui vivent en établissement (ex. pénitenciers, centres psychiatriques, etc.) et qui sont particulièrement exposées au VIH dans les pays développés et dans les pays en voie de développement.
Médecins du Monde constate que le droit à la santé pour tous n'est respecté sur quasiment aucun des terrains où nous développons nos actions. L'association rappelle que ce droit fondamental, qui implique l'accès aux soins, doit être appliqué à tous et partout et demande aux Etats membres du G8, ainsi qu'aux Etats bénéficiaires des aides internationales, de le mettre en uvre et de le faire respecter.