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Tribune   Territoires palestiniens occupés : l’impact du Mur sur la santé (février 2005)


Le jour de la rencontre Abbas-Sharon, alors que le monde regardait plein d'espoir vers l'Egypte, la Haute Cour de justice israélienne, revenant sur sa propre décision, autorisait la poursuite de la construction du Mur au Nord de Jérusalem.
Pourtant, le 9 juillet 2004, la Cour Internationale de justice de La Haye publiait un avis consultatif énonçant que la construction du Mur à l'intérieur de la Cisjordanie était en contradiction avec le droit international et devait être stoppée. Malgré l'injonction faite le 20 juillet dernier par les Nations Unies à Israël de se conformer à cet avis, l'Etat hébreu a poursuivi la construction du Mur, le présentant comme une structure temporaire destinée à le séparer de la Cisjordanie pour protéger ses concitoyens des attaques palestiniennes.

Sur les 622 km prévus, 255 ont déjà été construits. Une fois terminé, le Mur fera presque deux fois la longueur de la Ligne Verte et enfermera plus de 274 000 palestiniens dans 22 enclaves entièrement entourées par le Mur. Parce qu'il ne respecte pas la Ligne Verte et empiète à l'intérieur de la Cisjordanie, le Mur a pour effet d'isoler, de fragmenter et ainsi de détériorer le système de santé palestinien.

Les malades de Cisjordanie et de Jérusalem rencontrent des difficultés croissantes pour accéder aux hôpitaux et aux dispensaires. Le Mur a allongé les délais d'attente que subissent les ambulances aux portes et aux check points, retardant le transfert des patients vers les hôpitaux. Il a aussi coupé 26 centres de santé primaire du reste du système de santé. La moitié des médecins qui travaillent dans ces centres s'en voient interdire ou retarder l'accès. 200 000 Palestiniens ne peuvent plus consulter dans les hôpitaux, ni voir des spécialistes, ni bénéficier d'examens de laboratoire. Lorsque le Mur sera terminé, ce sont au total près de 680 000 palestiniens qui verront leur accès gratuit et libre à la santé remis en cause.

Les populations les plus vulnérables sont déjà menacées par le Mur ; 133 000 enfants en dessous de 5 ans ne pourront sans doute pas du tout, ou en temps voulu, bénéficier de tous les vaccins nécessaires du fait des retards affectant la chaîne du froid. 117 600 femmes enceintes dont plus de 17 000 cas à risques pourraient être privées des soins pré et post nataux et d'un accouchement à l'hôpital. Près de
39 850 malades chroniques et 17 640 handicapés n'auront plus accès aux soins adéquats. Cette menace est encore plus grande dans les enclaves où il est impossible d'entrer et de sortir sans permis spécifique.
D'après l'Organisation mondiale de la santé, la santé se définit comme « un état de bien-être physique, mental et social complet et pas seulement l'absence de maladie ou d'infirmité ». En annexant les sources d'eau et les terres les plus fertiles de la Cisjordanie, et en empêchant les Palestiniens de se rendre à leur travail en Israël, le Mur renforce aussi le chômage et la pauvreté, déjà préoccupants dans les Territoires avec 40% de chômeurs et les 2/3 de la population vivant sous le seuil de pauvreté. L'accroissement des distances, du temps et du coût de déplacement ont miné l'activité économique, entraînant une difficulté croissante à payer les traitements médicaux et la nourriture en quantité suffisante pour les enfants.
Mettant à mal les liens sociaux et économiques et séparant les communautés palestiniennes, le Mur crée un sentiment d'isolement et d'anxiété qui a déjà d'alarmantes répercussions sur la santé mentale.
En tant qu'organisations médicales française, israélienne et palestinienne, travaillant chaque jour sur le terrain, nous sommes profondément préoccupées par l'impact du Mur sur la santé des Palestiniens. Il est le symbole final et le plus visible d'un ensemble de barrières physiques et administratives qui affectent l'accès aux soins. En dénonçant le Mur, nous dénonçons également fermement les autres facteurs et tactiques d'occupation qui restreignent la liberté de vie et de mouvement des Palestiniens dans les territoires occupés. Le Mur viole et les droits de l'homme et le droit international humanitaire et remet en cause le droit des Palestiniens à l'autodétermination.
Nous appelons les autorités israéliennes
- à garantir à la population palestinienne et au personnel humanitaire et médical un libre accès aux établissements médicaux,
- l'accès aux soins et aux médicaments pour les patients,
- et enfin l'accès libre et la protection du personnel médical à travers l'ensemble des Territoires occupés et en particulier dans les régions isolées par le Mur.
En tant que force occupante, Israël a l'obligation d'assurer le respect et la protection des droits des Palestiniens, conformément au droit international humanitaire.
Nous demandons aussi à la communauté internationale de faire en sorte qu'Israël se conforme à l'avis de la Cour internationale de justice. La communauté internationale doit également s'assurer qu'Israël et l'Autorité palestinienne respectent leurs obligations en regard du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire. Enfin, nous demandons expressément à Israël et à l'Autorité palestinienne de prévenir les attentats contre les civils et d'assurer la protection de ces derniers des deux côtés.

Plus d'informations :

www.healthandwall.org