Menu supérieur



Accueil / Mobilisation / Tribunes / Au Darfour (toujours) rien de nouveau




Tribune   Au Darfour (toujours) rien de nouveau


Le président soudanais vient de réaffirmer son opposition au déploiement de forces de l'ONU au Darfour. Le 5 mai, il signait l'accord de paix du Darfour (DPA) à Abuja, mettant fin à la 7ème session de négociations depuis 2004. Une seule fraction du groupe rebelle SLA (Sudan Liberation Army) signait l'accord de paix, celle de Minni Minawi, réputée être la plus armée. Les autres mouvements rebelles rejetaient en masse cet accord pourtant salué et accueilli avec beaucoup d'espoirs par la communauté internationale.
Le 10 mars dernier, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) avait accepté le principe de l'intégration de ses troupes en place dans cette région de l'Est du pays (AMIS) dans le cadre d'un futur déploiement de casques bleus dans la région.
Un an auparavant, le 9 janvier 2005 était signé à Nairobi « l'accord global de paix » mettant fin au conflit au Sud Soudan. Le processus de négociation de Naivasha, qui devait conduire à cet accord, avait longtemps occulté le drame qui depuis 2003 frappait le Darfour, aboutissant à un « triomphe souillé par la terreur ».
Sur place la situation humanitaire reste dépendante de la restauration de conditions de sécurité garantissant à la population sa protection. Les habitants de cette province ne pourront regagner leurs villages et reprendre leurs activités agricoles que si ces conditions existent.

Toujours les mêmes ingrédients
En 2004-2005 le Darfour a bénéficié d'une forte mais tardive mobilisation internationale. Depuis 2003 cette province orientale du Soudan était le théâtre de destructions et de massacres de grande ampleur qui ont entraîné 4 résolutions du conseil de sécurité, la saisine de la CPI, et l'intervention d'observateurs de l'Union africaine.
Il y persiste cependant toutes les conditions pouvant aboutir à la reprise d'une violence alimentée par des mécanismes de différentes natures :
- Une répartition géographique complexe de populations musulmanes d'origines ethniques et de modes de vie différents. Se côtoient des tribus nomades et pastorales, et des tribus de cultivateurs sédentarisés. La question de l'occupation des terres constitue un enjeu majeur dans une région qui souffre d'une indifférence séculaire du pouvoir central quant à son développement et à la régulation de ces conflits agraires.
- Des mouvements de guérilla, en lutte contre le pouvoir de Khartoum qui ont aujourd'hui éclaté en différents sous-groupes, devenus quelquefois antagonistes. Seuls certains d'entre eux ont accepté le principe d'un cessez le feu.
- La présence de milices armées janjawids, supplétifs des troupes régulières lors d'opérations militaires et qui échappent à tout contrôle. Le désarmement de ces milices, condition sine qua non de l'accord de paix, n'a pourtant toujours pas commencé.
- L'espérance apparue à la suite de l'accord de paix est vite retombée, le groupe rebelle qui avait signé l'accord s'est scindé une fois de plus, et ce n'est plus qu'une infime partie, celle du cercle rapproché du seigneur de guerre Minni Minawi, qui maintient sa signature. Quelques chefs commandants militaires et politiques ont clairement exprimé leur opposition à cet accord jugé incomplet.
- On assiste à une valse aux seins des différents groupes rebelles des commandants qui se détachent des chefs, s'autonomisent et décident ou non d'appuyer l'accord de paix. Cette situation ne fait qu'augmenter la fragmentation des mouvements rebelles et surtout, non plus sur une simple base tribale comme cela semblait se profiler. Des alliances d'intérêts se font et risquent très fortement d'envenimer la situation sécuritaire à court et moyen terme. Les actes de banditisme à l'encontre des ONG risquent de s'intensifier, vu la nécessité de certains groupes de se ré équiper.
- Une déstabilisation récurrente de la région en lien avec les intérêts économiques ou politiques des pays voisins, en particulier la Libye et le Tchad.

Un conflit interne en mosaïque
Tout cela aboutit actuellement à une extrême fragmentation géographique et à une intrication des groupes en conflit. Cette mosaïque rend symbolique la mise en œuvre de la mission d'observation africaine, car les moyens qui lui sont attribués sont dérisoires : 7000 hommes pour garantir la sécurité de plus de deux millions de personnes concernées par le conflit, sans mandat militaire réellement efficace.
Le DPA, s'il est vu comme une première pierre posée en vue de la pacification n'est pas une fin en soi et ne peut l'être que s'il fait consensus. La déclaration récente de Jan Pronk, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies au Soudan, va dans ce sens avec la proposition d'amender l'accord de paix et d'inviter les groupes récalcitrants à la table des négociations. Néanmoins le gouvernement soudanais désapprouve cette initiative et considère qu'aucun changement n'est envisageable. Nous avons donc une paix fragile, comme le souligne l'ICG (internationla Crisis Group), instable et surtout incomplète.
Une partie de la population rescapée des massacres de 2003 et 2004 séjourne dans des camps de déplacés et bénéficie de ce fait d'une protection relative, même si des violences épisodiques restent d'actualité.
Hors de ces camps les besoins sanitaires de populations isolées et dispersées sont importants et constituent aujourd'hui la véritable priorité humanitaire.

Les mois à venir devraient voir le déploiement de casques bleus. Leur nombre, ainsi que le mandat militaire qui leur sera confié, conditionneront l'efficacité réelle d'une telle décision.
Si ce déploiement voit le jour, on peut supposer que la sécurité des populations locales s'en trouvera améliorée, dans l'attente d'un règlement politique, et dans la mesure où l'aide humanitaire, en particulier alimentaire, est maintenue à un niveau décent. Il existe en effet en la matière de sérieuses inquiétudes d'une baisse substantielle de l'aide financière internationale en 2006.
Le gouvernement de Khartoum n'a jamais caché son hostilité au déploiement de troupes « non africaines ».
Les habitants du Darfour s'ils veulent quitter les camps et regagner leurs villages doivent pouvoir le faire sans risque pour leurs vies. Ce n'est toujours pas le cas.

Au Darfour rien de nouveau donc.
Jusqu'à la prochaine « urgence humanitaire » ?