photographies : © Jacky Naegelen / Reuters
Légendes Florence Priolet MdM
Saïd Aziz, 38 ans, se rend au centre depuis 2 mois.
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« Il y a 20 ans, je suis parti vivre en Iran. J’étais tailleur et mon patron me donnait de la drogue pour que je puisse travailler jour et nuit. C’est là-bas que je suis devenu dépendant. Après la chute du régime des Talibans, je suis rentré à Kaboul mais sur le chemin du retour, des voleurs m’ont tout pris. Ici je n’ai pas de travail, je ne suis pas heureux. A la radio, ils disaient que la situation s’améliorait mais si j’avais su que la vie en Afghanistan était comme ça, je ne serais pas rentré. Quant je vivais en Iran, j’étais dépendant mais ma famille ne me rejetait pas parce que j’avais un travail et que je pouvais subvenir à leurs besoins. Depuis que je vis ici, je n’ai pas de travail fixe et à cause de ma dépendance à la drogue, j’ai dû quitter ma famille. Cela fait maintenant 1 an et 2 mois que je vis dans la rue avec les autres usagers. Je ne veux pas retourner vivre avec ma sœur, ma femme et mes 4 enfants parce que j’ai honte. Je viens d’apprendre par un ami que ma famille allait être expulsée parce qu’elle n’a pas pu payer le loyer depuis 7 mois. Je ne sais pas quoi faire.
Certains jours, je travaille pour décharger des camions de sacs de ciment et de briques. Je gagne environ 150 afghanis par jour (2,37 €) et je travaille 4 jours par semaine. Avec cet argent ou celui que j’emprunte à des amis, j’achète pour 100 afghanis de drogue par jour. Il ne me reste pas beaucoup d’argent alors je ne mange que 20 jours par mois, le plus souvent du pain et du thé. Parfois je me sens tellement faible que je ne peux pas travailler. En plus, dans la rue, nous sommes harcelés et rackettés par la police. Ils protègent les dealers de drogue même sur les lieux où nous achetons notre drogue. »
Moslem a 32 ans et entre dans le centre pour la première fois. Après avoir émigré en Turquie puis en Iran, il a été reconduit à
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la frontière il y a 2 ans. Ses papiers n’étaient plus en règle.
« Je vivais en Iran avec ma femme qui est iranienne et nos deux enfants. Ils sont restés en Iran et je n’ai pas de contact avec le reste de ma famille qui vit à Londres et en Iran. Là-bas, j’étais tailleur et je faisais du karaté. Lorsque je suis rentré en Afghanistan, j’ai voulu monter une école de karaté avec un ami qui rentrait aussi d’Iran. Cet ami se droguait et c’est avec lui que j’ai commencé. Depuis, je chasse le dragon avec de l’héroïne. Je fume trois fois par jour et si je n’ai pas mes doses, c’est insupportable, je vais très mal et je pense à me suicider. J’emprunte de l’argent à mes amis pour m’acheter ma drogue. J’ai voulu arrêter et je me suis inscrit dans un centre de sevrage mais je ne pouvais pas me permettre de m’y rendre tous les jours, je devais travailler pour gagner ma vie. Pourtant, je veux vraiment arrêter de consommer, je ne peux plus continuer à vivre sur le dos de mes amis. Avant j’étais quelqu’un de respecté, de vertueux et de confiance mais depuis que je consomme, mes amis m’évitent. Mon meilleur ami ne veut même plus me voir. Aujourd’hui, j’ai plein de dettes. Je veux les rembourser et retrouver la confiance des gens. Je vis à l’hôtel et parfois je dois dormir dehors. La rue, c’est une mort progressive. Tout y est difficile : trouver de l’argent, de la drogue, un endroit pour consommer...Toute la journée, c’est de la souffrance. La drogue détruit tout. J’attends que quelque chose me sauve, que je sois soigné et que je reprenne une vie normale. Si j’arrive à m’en sortir, je voudrais que ma famille me rejoigne en Afghanistan mais pour le moment, ce n’est pas possible : la situation à Kaboul est très difficile. L’insécurité, le manque de travail et l’instabilité politique ne permettent pas leur retour. Si ça ne va pas mieux, je repartirais en Iran ».
Matiollah a 40 ans. Il est usager et fait partie de l’équipe locale composée de « pairs éducateurs ».
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« J’ai commencé à me droguer il y a 10 ans quand je n’ai pas pu épouser la femme que j’aimais parce que son frère s’y opposait. Aujourd’hui, grâce à mon travail à Médecins du Monde, j’ai des responsabilités, je montre aux usagers le centre, comment se laver, où nettoyer leurs vêtements et quels sont les dangers de l’injection. Quand j’explique aux usagers qu’il faut utiliser une seule fois chaque seringue, ils suivent mes conseils. J’aime mon travail car j’aide les gens de mon pays.
Je pense qu’une personne qui se drogue devrait toujours avoir un travail parce que moi avant, je fumais 3 fois par jour et aujourd’hui je ne consomme plus qu’une seule fois. Quand on a un travail on ne pense pas tout le temps à fumer. Aujourd’hui les usagers qui me connaissent m’arrêtent dans la rue et me disent « tu vas mieux, tu as meilleure mine, ça se voit ». A présent, j’espère arrêter de consommer parce que je déteste ça ».
Propos recueillis en novembre 2006 par Florence Priolet