Rapport   Rencontres chirurgicales de Médecins du Monde - 19 mars 2005

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Sommaire

Introduction
Accouchement, césarienne et transfert de compétence
Dr. Nicolas Castaing, Hôpital Jean Rostand
Pr. Henri-Jean Philippe, CHU de Nantes
Dr. Stéphane Saint-Léger, Hôpital de Montreuil

II Opération sourire
Dr. François Foussadier, Hôpital de Pontoise

III Fistules vésico-vaginales
Dr. Stéphane Saint-Léger, Hôpital de Montreuil
Dr. Jean-Marie Colas, Dole
Dr. Olivier Bonnet, Rouen
Dr. François Gentin, St-Nazaire

IV Fractures ouvertes en milieu précaire
Pr. Sylvain Rigal, Hôpital Percy
Pr. Alain Fabre, Hôpital Percy
Dr. Jacques Robinet, Carcassonne

V Conduite à tenir devant une brûlure récente en milieu précaire
Pr. Maurice Mimoun, Hôpital Rothschild
Pr. Hervé Carsin, Hôpital Percy
Dr. Ladislas Brodi, Responsable de mission Ethiopie

VI Urgence et tsunami : retour d'experience
Dr. Régis Garrigue, référent chirurgie auprès du conseil d'administration de Médecins du Monde

VII Conclusion
Dr. Francis Demigneux, responsable groupe Chirurgie de Médecins du Monde

Introduction

« L'humanitaire doit ouvrir à d'autres horizons. Il doit bousculer les habitudes. (…) Personnellement, je souhaite élargir mon champ de connaissance et surtout qu'il y ait un décloisonnement des choses. Une des grandes déceptions, même de l'Opération Sourire, c'est le fait que chacun garde sa mission et garde sa trace. Donc, encore une fois beaucoup de questions et pas de réponses, mais quand même beaucoup d'espoir et d'amitié. »
Dr. Bernard Molle
chirurgien de Médecins du Monde pour l'«Opération Sourire »

A des milliers de kilomètres du confort des blocs opératoires ultramodernes auxquels il est habitué, le chirurgien en mission humanitaire est appelé à s'ouvrir à d'autres horizons. La plupart du temps, le milieu défavorisé se traduit pour lui en un manque de personnel spécialisé, d'équipement, de sang, d'eau, d'«outils du métier ».
Souvent, il doit agir vite et oser des diagnostics sans l'aide d'une radio ou d'un Doppler. Et quand il n'est pas dans l'urgence, il doit s'activer pour mettre en place des thérapies en utilisant les « moyens du bord » à disposition. C'est une lutte contre le temps. C'est un combat contre les circonstances. Un défi qui le force au quotidien à se dépasser et à dépasser les nombreuses limites logistiques. Le chirurgien en mission humanitaire est et reste un scientifique, mais finalement c'est son aspect « créatif » qui se révèle déterminant dans certaines situations.
Comment soigner une fracture ouverte sans un fixateur ? De quelle manière assurer une césarienne avec le minimum d'instruments chirurgicaux ?
Quel choix thérapeutique faire en zone défavorisée face à une brûlure de 40 % voire 60 % ? Comment assurer l'hygiène et la stérilité dans un dispensaire du bout du monde ? Les questions s'entassent. Quant aux réponses, elles ne sont pas toujours données.
C'est ça l'enjeu du chirurgien qui décide de consacrer une partie de son temps à l'action humanitaire, c'est de savoir répondre à l'urgence avec méthode, mais en faisant appel à une sorte d'inventivité. La journée de « Rencontres chirurgicales » organisée au siège de Médecins du Monde est née de cette exigence de partage des expériences. Elle est née de l'envie de trouver ensemble des réponses à toutes ces questions qui assaillent le chirurgien en déplacement. Mais, l'objectif de cette journée ne se limite pas à l'aspect technique du « soin par le geste ». Ce qui a été débattu au cours de cette journée de rencontre relève aussi de la place de la chirurgie dans les missions. Si la chirurgie d'urgence représente l'action fondatrice de Médecins du Monde, ces dernières années le type d'intervention a changé. Le transfert de compétences, la formation du personnel, les missions contre l'exclusion (fistules, "Opération Sourire") ont largement remplacé la chirurgie d'urgence. Il peut arriver quand même qu'un chirurgien spécialisé, en orthopédie par exemple, partant en mission
humanitaire, se trouve devoir « tout faire », même une césarienne si c'est le cas. Ce qui ne paraît pas très rassurant à celui qui part pour la première fois. L'exemple est un peu trop poussé peut-être, mais l'idée à la base est qu'un chirurgien qui décide de partir en mission, -quelle que soit sa formation- doit se mettre à jour et accepter une approche pluridisciplinaire et globale de la chirurgie. D'où l'exigence d'un échange de paroles, de techniques, d'expériences, et pourquoi pas de doutes… d'où cette première journée de « Rencontres chirurgicales ». Le changement de la loi sur la mise à disposition des praticiens hospitaliers auprès des associations humanitaires va permettre aux chirurgiens de partir en
mission d'urgence non plus quinze jours, mais un mois, selon la circulaire Kouchner. Dans cette optique, un vivier actif de jeunes chirurgiens peut assurer une continuité de l'action sur le terrain, organisée par la succession de missions de plus courte durée.
Bousculer les habitudes d'un métier à fortes contraintes comme la chirurgie, cela peut vouloir dire élargir les champs de connaissance et décloisonner les disciplines. Se confronter à la chirurgie des fistules, au noma, ou à des pieds de mines peut être l'occasion, pour beaucoup de chirurgiens occidentaux, de découvrir des pathologies totalement inconnues en Europe.
Cette table ronde autour de la chirurgie nous a mis face à la question de « comment se positionner dans l'action humanitaire » et aussi de ce que ça veut dire de faire face à l'urgence. Est-ce que faire face à l'urgence signifie savoir nécessairement y répondre ? La dernière expérience du tsunami nous a montré que déployer des moyens colossaux ne répond pas forcément aux vrais besoins de la population. En tant que membres et chirurgiens d'une ONG comme Médecins du Monde nous nous posons la question : quel type d'intervention faut-il imaginer face à une catastrophe. Faire de la chirurgie dans l'urgence ne veut pas dire nécessairement arriver avec un hôpital mobilisant un cargo complet. Faire de la chirurgie ça peut être aussi mettre en place un système efficace avec peut-être des moyens limités, mais adaptés et de qualité.
Alors, valoriser le savoir-faire des chirurgiens, créer une logique de culture des métiers (infirmiers, anesthésistes, physiothérapeutes…) autour de la chirurgie, élargir le cercle du groupe chirurgical devient notre but de « Chirurgiens du Monde ». Le succès de cette journée de « Rencontres chirurgicales » nous incite à vouloir renouveler cette expérience de partage et nous fait espérer une relance de la chirurgie humanitaire chez les jeunes générations.
Giselda Gargano