Rapport   Reconstruction post-conflit des systèmes de santé : le cas de la RDC


Bienvenue à cette journée de travail consacrée à la Reconstruction du Système de Santé en République démocratique du Congo (RDC). La préparation de cette journée a été initiée, il y a maintenant un an, à l’initiative de mon prédécesseur Françoise Jeanson, alors Présidente de l’association. Je souhaite la remercier tout comme le noyau dur de gens qui ont énormément travaillé à la préparation de cette journée. Je voulais vous décrire en introduction dans quel état d’esprit Médecins du Monde a abordé la préparation et la construction de cette journée. Le premier point est d’abord l’humilité.

L’humilité de ce que représente Médecins du Monde face à l’immensité de ce pays continent qu’est la RDC : 60 millions d’habitants. Nous sommes parfaitement conscients, pour travailler sur le terrain, de la complexité des problèmes et de l’immensité des besoins dans ce pays où l’espérance de vie est à peine supérieure à 50 ans, où un enfant sur 5 n’atteindra pas l’âge de 5 ans, où près de 4 millions de personnes sont mortes des conséquences des différents conflits armés récents. C’est dire la situation sanitaire à laquelle on est confrontés. Pour Médecins du Monde, l’organisation de cette journée est bien sûr complémentaire aux actions que nous menons sur le terrain. Elle n’a pas d’autre ambition que de jouer le rôle de catalyseur et de facilitateur des acteurs et décideurs qui peuvent intervenir sur cette problématique complexe et immense.

La deuxième posture dans laquelle se situe l’association est d’assumer complètement le paradoxe apparent qui consiste à ce qu’une ONG se responsabilise, s’intéresse, s’associe, à la reconstruction d’un système national de santé qui, par définition, laissera toute sa place aux institutions gouvernementales. Nous sommes une organisation non gouvernementale et nous le revendiquons fortement mais nous ne sommes pas une organisation anti gouvernementale. C’est une position constante de Médecins du Monde en France comme dans ses actions à l’international, chaque fois que faire se peut de rappeler les Etats à leurs responsabilités et de revendiquer fortement la notion d’Etat de droit que ce soit dans les politiques nationales ou internationales. Encore une fois, c’est la réaffirmation de notre attachement au fait que nous considérons qu’il appartient aux politiques publiques d’être bien entendu un des responsables majeurs au service de l’équité sociale dans tous les domaines y compris celui de la santé. On aborde sans dogmatisme la place des différents acteurs et des politiques publiques. Durant cette journée on abordera par exemple la notion du recouvrement des coûts, qui fait beaucoup débat aujourd’hui. A l’égard de cette politique de recouvrement des coûts, nous sommes nousmêmes dans une attitude assez pragmatique.

On aura l’occasion d’entendre s’exprimer diverses positions à cet égard. Au fond ce qu’apporte Médecins du Monde en dehors de ce rôle de facilitateur, c’est la souplesse et la capacité d’innovation d’une association expérimentale qui par sa proximité et son adaptabilité, peut aider les différentes institutions à réfléchir au travail sur les questions de santé.

Troisième positionnement dans la préparation de cette journée : nous considérons bien sûr que la santé est un outil idéal de construction sociale ou de médiation politique. Pour être un peu caricatural, on peut considérer que toutes les parties hier en conflit ont un même intérêt à préserver la santé de leurs enfants, des femmes et d’avoir une attitude cohérente à l’égard des grandes épidémies ou endémies telles que le sida.

Travailler ou être associé à cette journée sur la reconstruction des systèmes de santé, c’est à la fois bien sûr apporter une contribution aux actions de terrain, à sauver plus de vies, mais c’est également, dans une certaine mesure, aider à reconstruire un Etat de droit. La santé est un domaine éminemment transversal qui ne peut qu’avoir une incidence positive, globalement sur les aspects économiques et d’autres aspects de la reconstruction globale de l’Etat dans ce pays. Avant de passer la parole aux autres intervenants, je voudrais dire que si j’en juge par le niveau de responsabilité des personnes invitées aujourd’hui et le nombre de personnes qui sont déjà arrivées et qu’on attend encore, je crois que l’intuition de départ sur l’importance de cette journée de travail était bonne. J’espère que nous arriverons à faire en sorte tous ensemble que la journée soit également fructueuse et concrète dans ses conclusions. Je vous remercie. Je passe la parole à M. SCHAPIRA.