L’Union Européenne regroupe aujourd’hui 27 pays Parmi eux, certains jouissent d’une prospérité ancienne, d’autres sortent de longues années de pauvreté et sont en pleine croissance. Si l’ensemble ainsi formé doit permettre de créer une zone de libre échange favorisant la richesse de tous, il doit, y compris dans cet objectif, lutter contre les poches de précarité et de misère encore trop présentes.
Pour cela l’Union Européenne s’est dotée de quelques principes forts. Parmi ceux-ci, le refus de la peine de mort, le droit de tous à la meilleure santé possible, sont fondateurs. Au delà des déclarations d’intention, ils doivent devenir réalité. Or aujourd’hui, les populations les plus vulnérables, et surtout les plus pauvres de ce continent, non seulement vivent dans des conditions néfastes à leur santé, mais sont trop souvent exclues des soins élémentaires.
Certes les systèmes de santé des différents pays de l’UE restent encore très disparates, ils ne sont pas tous actuellement en capacité d’offrir le même niveau de soins, mais c’est ce vers quoi l’UE doit tendre. Certes, l’organisation des systèmes de santé des pays membres n’est pas une prérogative européenne, mais la lutte contre les grandes endémies (VIH, tuberculose), et les périls sanitaires (grippe aviaire) en est une On ne peut négliger le fait que les personnes les plus précaires sont à la fois, les plus vulnérables aux épidémies, et les plus éloignées du système de soins. Oublier d’intégrer les populations les plus pauvres dans le processus d’amélioration des systèmes de santé serait une faute fondamentale en termes humain, de santé publique et financier. Parmi les plus pauvres, les plus exclus, les plus discriminés il y a les étrangers, et en particulier les personnes sans titre de séjour. C’est pour cette raison que nous avons souhaité au travers de l’enquête qui suit, examiner quel est leur accès aux soins dans plusieurs pays de l’UE, dans la théorie, comme dans la pratique. Tout l’honneur de l’Union Européenne, forte de ses valeurs, sera de leur donner la possibilité d’être des citoyens, des acteurs à part entière… Dans ce but, l’accès aux soins et à la santé est un préalable et un objectif incontournable.
Comité de Pilotage Santé-Migrations du réseau international de Médecins du Monde :
Dr. Michel Degueldre, président de Médecins du Monde Belgique,
Dr.Teresa Gonzalez, présidente de Médecins du Monde Espagne,
Dr. Françoise Jeanson, ancienne présidente de Médecins du Monde France,
Dr. Eleftheria Parthenopoulou, présidente de Médecins du Monde Grèce.
SOMMAIRE
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RESUME DE L'ENQUETELes conditions de vie des personnes interrogées sont difficiles. 40 % des personnes considèrent leur logement comme étant précaire, 11 % vivent à la rue.Toutes sont sans ressources.
D’une manière générale, nous constatons que les personnes ne sont pas informées de leurs droits. Un autre exemple de déficit d’information : la vaccination des enfants. Sur l’ensemble de la population concernée par ce sujet, une petite majorité seulement sait que leur enfant peut bénéficier gratuitement de la vaccination et/ou dans quel lieu il est possible de s’adresser pour cela. Les personnes n’ont généralement pas accès à la couverture santé, que ce soit par manque d’information sur leurs propres droits, par absence de mise en œuvre des démarches pour les faire valoir, ou encore parce que les procédures administratives sont encore en cours. Dans l’ensemble de la population interrogée, deux personnes sur dix perçoivent leur état de santé comme mauvais ou très mauvais. Les principaux domaines cités sont les problèmes digestifs, ostéoarticulaires et de santé psychique – mais aussi, pour les femmes, les problèmes gynécologiques. Seul un tiers des personnes souffrant d’un problème de santé chronique bénéficie d’un traitement en cours. Près de la moitié des personnes ayant déclaré au moins un problème de santé a souffert d’un retard au recours aux soins. Nous avons demandé aux personnes comment elles avaient fait pour se soigner la dernière fois qu’elles s’étaient senties malades : les trois quarts des personnes ont consulté un médecin tandis que 20 % n’ont pas consulté. Lors du dernier problème de santé rencontré, une personne sur dix a essuyé un refus de prise en charge par des professionnels de santé. Nous avons constaté que certains de ces problèmes de santé sont des urgences (fractures et brûlures notamment, mais aussi grossesse ou troubles de la personnalité), des maladies graves (diabète insulinodépendant, hépatite virale) ou infectieuses (sinusite, pneumonie). Les obstacles les plus fréquents à l’accès et à la continuité des soins, exprimés par les personnes elles-mêmes, concernent principalement la méconnaissance des droits, la méconnaissance des lieux de soins où s’adresser, le coût des traitements, les difficultés administratives, la peur d’une dénonciation et de la discrimination, et les barrières linguistiques et culturelles.
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INTRODUCTIONMédecins du Monde est une association de solidarité internationale qui a pour vocation, de soigner les populations les plus vulnérables dans des situations de crises et d'exclusion partout dans le monde et dans chaque pays où une délégation nationale est présente,
Médecins du Monde, à partir de sa pratique médicale et en toute indépendance,
Médecins du Monde est aujourd’hui présent dans 12 pays d’Europe (1). Dans tous ces pays, l’association mène des projets de promotion de la santé auprès des populations vulnérables en difficulté d’accès à la prévention et aux soins. C'est-à-dire
Les premières réunions du réseau européen de Médecins du Monde ont conclu au grand espoir que représentait l’Union Européenne dans la réaffirmation et l’extension des droits fondamentaux de toutes les personnes résidant sur ce territoire En effet, plusieurs textes européens reconnaissent le droit de toute personne humaine à pouvoir protéger sa santé, comme la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou la Charte sociale européenne.
La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales a une portée universelle, autrement dit vocation à s’appliquer à toute personne se trouvant sur le territoire de l’un des Etats signataires, indépendamment de sa nationalité et de sa situation au regard de la législation relative au séjour.
Ainsi, dès lors que la prestation sociale est prévue dans la législation nationale, on peut se prévaloir du principe de non discrimination pour son bénéfice. La Charte sociale européenne offre une protection dans de nombreux domaines, notamment la protection sociale. La jouissance de tous ces droits est en outre complétée par une clause générale de non discrimination.
Le Comité des droits sociaux du Conseil de l’Europe a affirmé que la protection de la Charte doit profiter aux personnes en situation irrégulière, il en va de « l’essence » et « de l’objectif général de la Charte ». Et puisque l’accès aux « soins de santé C’est en s’inspirant de ces textes qui sont tout à l’honneur de l’UE que les MDM en Europe ont choisi de porter leur attention sur les plus vulnérables des vulnérables aujourd’hui. Il s’agit aussi d’un public auprès duquel TOUS les MDM en Europe travaillent : ceux qui ne disposent pas au moment où nous les rencontrons d’un titre de séjour acceptable dans leur pays de résidence, les sans papiers.
Un regard objectif sur l’accès aux soins de ces femmes et ces hommes dans les différents pays de l’UE doit permettre de repérer les dispositions les plus favorables à une vraie politique de santé publique. Il faut ensuite les appliquer à l’ensemble des pays, faisant ainsi progresser l’Union tout entière.
C’est pour cela que MDM a créé un Observatoire Européen de l’Accès aux Soins qui doit nous permettre de témoigner sur les difficultés d’accès aux soins sur le territoire européen des personnes vivant en situation de précarité. Ce témoignage s’appuie sur des constats et des enquêtes de terrain en face à face avec les personnes les plus vulnérables afin de convaincre les différents gouvernements mais aussi les institutions européennes de la nécessité d’améliorer l’accès à la prévention et aux soins. MDM n’a pas la vocation à être un organisme de recherche. Cela impose à nos enquêtes une double contrainte :
En 2005-06, l’Observatoire Européen de l’Accès aux Soins de Médecins du Monde a élaboré et mis en place une enquête statistique simultanée dans 7 pays auprès des personnes en situation irrégulière rencontrées. Parallèlement, les patients Les premiers résultats de l’Observatoire européen de l’accès aux soins montrent l’intérêt de conduire ce type d’enquête étant données la faiblesse et la rareté (voire l’inexistence) d’enquêtes nationales sur la situation sociale, sanitaire et médicale des étrangers vivant en Europe en situation administrative précaire – a fortiori d’enquêtes européennes comparatives. Ces observations, ces statistiques descriptives et les témoignages vont tous dans le sens d’une population très précaire, aux conditions de vie difficiles, aux besoins de soins importants et le plus souvent sans couverture santé. C’est pourquoi l’accès effectif à la prévention et aux soins des sans papiers passe le plus souvent (étant donné leur manque de ressources financières) par la gratuité. L’Union Européenne saura t’elle relever le défi de se porter garante que, sur son territoire, personne ne soit exclu des soins du fait d’un papier administratif, d’un statut changeant selon les législations, au gré des élections, au fil des réformes de l’organisation des soins ?
Que vaut un statut administratif par rapport à la communauté des êtres humains, à l’égalité et à l’équité ? Quelle pathologie arrive à lire les titres de séjour ? 1. Allemagne, Belgique, Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse 2. Décision du Comité des droits sociaux du Conseil de l’Europe du 3 novembre 2004, rendue publique en mars 2005, suite à une réclamation de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH), en collaboration avec la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et du Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés (GISTI), déposée en 2003 (procédure de réclamation collective dans l’affaire 14/2003 FIDH c/France) - http://www.coe.int |