Gérard Rondeau
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Editorial
> Cinq ans déja... Par Françoise Jeanson, directrice de la publication et présidente de Médecins du Monde et Boris Martin, rédacteur en chef |
Financement des ONG : le tsunami a t-il révélé de mauvaises pratiques ?,par Pierre Micheletti La mobilisation financière en relation avec le tsunami survenu fin 2004 a constitué, par son ampleur, un épiphénomène, mais l’arbre de doit pas cacher la forêt. Un an après, les actions de solidarité internationale, suite à celles développées dans l’extrême urgence, ont maintenant pris un rythme plus serein, propice à mener une réflexion sur l’un des sujets soulevés au détour de cette grande crise humanitaire : le financement des ONG. Dans le même temps le voile de l’oubli recouvre rapidement les victimes du récent tremblement de terre au Pakistan. > Principe de réalité ? Les ONG ne sont pas dans la mystification à l’égard de leurs donateurs quant elles réaffectent ou proposent de réaffecter sur une autre zone géographique des financements spécifiquement collectés à l’origine pour une urgence dans un pays ciblé. Un tel choix est alors guidé par un double principe de réalité, conséquence des modalités de gestion financière des associations humanitaires en France et des réalités opérationnelles qui caractérisent la plupart des urgences. Cela suppose cependant l’existence d’un contrat de confiance global entre une association et ses donateurs. Les ONG n’ont pas vocation à effectuer de placements financiers et, de ce fait, elles ont au mieux des réserves de trésorerie de quelques mois. Elles doivent donc faire face, en fonction des événements, à des urgences sanitaires qui sont, par nature, grosses consommatrices de fonds. Les montants en jeu dépassent largement leur capacité d’engagement financier spontané. C’est précisément cette tension entre dépenses et recettes qui a produit les débats, parfois transformés en polémiques, autour de l’annonce très médiatisée de Médecins Sans Frontière France (relayant celles de MSF Hong Kong et MSF USA) de ne plus faire appel à la générosité de ses donateurs dans les jours qui ont suivi la survenue du tsunami. > Principe d’incertitude Lors de la survenue d’une crise humanitaire, l’action des ONG est guidée par un principe d’incertitude inhérent à beaucoup d’interventions médicales d’urgence. Cette incertitude porte notamment sur : • l’ampleur réelle du sinistre et des besoins des populations concernées ; • l’attitude des autorités locales concernant leur acceptabilité et leur perméabilité à l’arrivée de l’aide internationale ; • l’état des infrastructures locales, le système sanitaire en particulier ; • l’accessibilité effective aux populations, du fait des conditions géographiques ou de la détérioration des réseaux de transports ; • la générosité des donateurs privés et de l’opinion publique ; • la réaction de la communauté internationale et des donateurs institutionnels gouvernementaux ou multilatéraux. Ce sont les premiers contacts des équipes arrivant sur le terrain qui vont préciser certains de ces aspects, un délai de plusieurs jours étant en général nécessaire pour obtenir des informations fiables. La préparation opérationnelle et la mobilisation logistique vont alors débuter et, pour gagner en temps et en efficacité, les associations humanitaires lancent très rapidement des appels à la générosité du public en même temps qu’elles entreprennent des démarches pour obtenir des financements institutionnels (auprès de l’Union européenne par exemple). Ces démarches démarrent avec une absence de visibilité sur les sommes qui, au bout du compte, seront obtenues auprès des deux types de donateurs. Lors de la récente urgence au Pakistan par contre, la mobilisation a été moindre : « Les caisses sont vides… Le monde ne répond pas comme il devrait. » déclarait le 20 octobre dernier Jan Egland, coordinateur de l’aide d’urgence des Nations unies. Dans le cas du tsunami de décembre 2004 les associations ont en outre été confrontées, pour la première fois à une telle ampleur, au phénomène du don spontané en ligne, qui a encore augmenté la difficulté à prévoir et maîtriser les recettes. La plupart des opérations humanitaires médicales se caractérisent donc , à leur démarrage, par une incapacité à pouvoir évaluer le montant des dépenses à prévoir et la réactivité des donateurs. Il arrive ainsi fréquemment qu’au bout du compte, une association obtienne à la fois des fonds institutionnels en même temps que des recettes issues de donateurs individuels. Dans ce cas la marge de manoeuvre la plus facile est de questionner l’affectation des fonds privés, dont l’usage est plus souple mais, chemin faisant, cela remet en cause le « contrat moral » passé entre l’ONG et le donateur. > Question de confiance La réponse à ce type de catastrophes peut intégrer les différentes phases d’intervention que sont la prise en charge dans l’urgence des blessés, la réhabilitation puis la reconstruction des systèmes locaux de santé. Les modalités choisies auront un impact sur la durée de la présence sur le terrain. Aucune ONG de peut revendiquer l’exclusivité de la définition de ce qu’est ou doit être l’aide humanitaire, de façon dogmatique. Les populations locales ne font pas ces subtiles distinctions. Dans la seule province d’Aceh en Indonésie 700 000 personnes étaient encore dépendantes de l’aide alimentaire extérieure fin août 2005, soit huit mois après le tsunami. Ainsi, le débat sur l’affectation des dons amène à rappeler que les associations humanitaires agissent comme un levier symbolique et politique de la mobilisation internationale face à des besoins d’une très grande ampleur mais qu‘elles-mêmes mobilisent des ressources qui restent modestes. La grenouille ne doit pas se prendre pour le boeuf. Placer le débat des financements sur le seul plan de l’éthique nous prive de la perspective d’avancer dans la résolution des problèmes pointés. C’est une question qu’il faut solutionner dans la transparence et pas seulement au travers de polémiques médiatiques visant à revendiquer le rôle de celui qui apporte la goutte d’eau la plus pure dans l’Océan des besoins. De fait, au début d’une crise, les ONG ne maîtrisent pas le volume des dons qu’elles vont recevoir. C’est un point de fragilité qui rend leur pilotage financier quotidien périlleux et complexe. En toile de fond, c’est globalement la question de la confiance entre donateurs et ONG qui est posée. Cette confiance doit persister. Les associations doivent s’expliquer, faire oeuvre de clarté et de pédagogie à l’égard des donateurs pour argumenter que, dans beaucoup de lieux la mort rode du fait de catastrophes qui n’ont souvent rien de « naturelles » mais sont d’essence politique : Tchétchénie, RDC, Birmanie, Népal en constituent quelques exemples. Les ONG pourront ainsi conserver les moyens financiers et pérationnels d’intervenir là où les médias ne sont pas toujours, auprès de ces « populations que le monde oublie peu à peu », interpellant et prenant à témoin la presse internationale, plutôt que d’être dans ses valises. L’expérience prouve qu’une fois les arguments clairement posés, les donateurs sont capables de ce deuxième geste de solidarité qui consiste à accepter la réaffectation de leurs fonds. Aussi est-il souhaitable de ne pas hypothéquer cette capacité d’empathie en vaccinant définitivement contre l’acte de don ceux qui apportent un soutien individuel aux actions des ONG. Ni la polémique, ni l’opacité ne sont en effet de nature à rendre plus forte notre capacité d’intervention auprès des victimes. L’auteur Pierre Micheletti est médecin, trésorier-adjoint de Médecins du Monde. |