Mission Mongolie

CHIFFRES

Mortalité infantile : 41‰
Espérance de vie à la naissance : 64
IDH : 0.691 ; rang 116/177
PIB/habitant ($) : 690

Population :
Bénéficiaire : 55 000
Cible : 325 000

Personnel :
Local : 4
Expatrié : 2

Sources de financement :
MdM

Budget 2007 :
84 656 euros

Les populations mongoles, historiquement nomades, ont connu un exode massif à destination des quartiers périphériques d’Oulanbator où 30% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L'alcoolisme y est un véritable fléau aux effets multiples : précarité, maladie, violences envers les enfants et les femmes, incarcération ou décès dus au froid durant les 6 mois d'hiver. L'Etat mongol, conscient des conséquences dramatiques liées à la consommation excessive d'alcool, a mis en place un programme de prévention et de lutte contre l'alcoolisme auquel s’intègre le programme de Médecins du Monde.

LUTTER CONTRE L’ALCOOLISME à Oulanbator

Activités :

• Promouvoir le repérage et la prise en charge médico-sociale des personnes ayant des problèmes liés à la consommation d’alcool, par la formation des médecins de famille et des narcologues de district ;
• améliorer la prévention des conduites à risque liées à la consommation d’alcool grâce à des campagnes de sensibilisation et le développement de matériel de communication ;
• sensibiliser, former et accompagner les professionnels médico-sociaux (hôpitaux, centre de traitements, cellules de dégrisement, prisons) et promouvoir les échanges de pratiques.

Perspectives :

Fermeture du projet fin décembre 2008. Reprise de quelques activités par des partenaires locaux.

REPORTAGE

Informer et lutter contre l’alcoolisme et la tuberculose

En Mongolie, pays où les anciens nomades sont devenus sédentaires, la dégradation des conditions sociosanitaires s’accompagne de problèmes liés à l’alcool, touchant la moitié de la population, et d’une forte prévalence de la tuberculose.
"Allez, assieds toi et trinque avec moi ! »
Assis au milieu d’une petite salle d e l ’ hôpital Tolgoït d’Oulan-Bator, l’homme insiste. L’autre s’efforce de décliner. Puis, la dizaine de participants commente la scène : « a-til été assez ferme ? », « aurait-il pu dire non autrement ?».Apprendre à des personnes alcooliques comment refuser une incitation à boire, c’est l’un des objectifs des jeux de rôle organisés par l’équipe de MdM. «Je suis bien décidé à arrêter, je bois deux ou trois bouteilles de vodka par jour, raconte Buyankhichig, 44 ans. Je vis à la campagne et là-bas, tous mes amis boivent. Mais aujourd’hui, j’ai retenu plusieurs façons de leur dire non. » Selon le Centre national de narcologie (CNC), 51 % de la population adulte est en consommation excessive d’alcool et 25 % est dépendante. Lancée en octobre 2005, la mission de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et de la tuberculose a développé des formations auprès des professionnels médicaux et, avec eux, des actions de sensibilisation de populations ciblées : les patientes du cabinet de médecine de famille, les tuberculeux, les

personnes en cellules de dégrisement suite à leur arrestation… « Sur la question de l’alcool, il n’y a pas de traitement médical à proprement parler. La prévention est donc un levier primordial d’intervention », explique Olivier Delclos, coordinateur de la mission. Soutenue par un fort lobby des fabricants, la production d’alcool est importante et tout le monde peut s’en procurer facilement, parfois de très mauvaise qualité étant donné le peu de contrôle. « C’est une des causes structurelles du problème, avec le changement de système. Après la fin de l’URSS, le passage
à la démocra t i e s ’ est accompagné d’un développement de la pauvreté, du stress, du chômage », analyse Baigal, médecin au CNC.

SANS EMPLOI, SANS PAPIERS

Suite aux nombreuses fermetures d’usines à travers le pays et aux difficultés économiques des éleveurs, c’est désormais dans la capitale que vit près de la moitié
de la population, pourtant traditionnellement nomade. Les nouveaux arrivants s’entassent dans les quartiers de yourtes de la périphérie. Sans emploi pour la plupart,
leur vie est remplie par l’alcool et le lot de violences qu’il entraîne. « À leur arrivée, beaucoup ne s’enregistrent pas auprès des autorités locales et ne peuvent
donc pas prétendre à une prise en charge de leurs soins médicaux », explique Navchaa, qui dispense pour MdM des formations sur les démarches d’obtention des papiers d’identité, nécessaires à l’ouverture de droits sociaux. En travaillant auprès des acteurs de proximité, dans un quartier de yourtes, la mission s’attelle également à les impliquer davantage dans le repérage des symptômes de la tuberculose. « Parfois dix personnes vivent ensemble dans une yourte exiguë. La maladie a alors tendance à s’étendre rapidement, d’autant plus vite parmi les alcooliques, car leur organisme est déjà affaibli » explique Olivier Delclos. Or, il n’existe aucun dépistage systématique dans l’entourage du malade. Pourtant, il est plus que jamais crucial d’améliorer l’information, puisque certains malades, des alcooliques en particulier, ont développé des formes de tuberculose résistantes. Le centre des maladies contagieuses vient d’ailleurs de créer un département pour ces patients.

Catherine Petillon
Photos : © David Delaporte

MédecinsduMonde - Le journal destiné aux donateurs - n° 86 mars 2007


TEMOIGNAGE

"J’ai appris des techniques pour dire non.”

Bayanjargal, originaire de la campagne, a 44 ans.

« En participant à cette séance de formation, j’ai appris des techniques pour dire non quand des amis me proposent de l’alcool. C’est précisément parce que j’ai du mal à refuser que je suis là. Je bois toujours trop : deux ou trois bouteilles par jour, le plus souvent de la vodka. Tout cela a commencé en 1990. À l’époque, j’avais 30 ans, je travaillais dans les mines. Un milieu d’hommes : tu es presque obligé de boire. Au début, je buvais après avoir touché mon salaire. Et puis, je n’ai plus contrôlé ma consommation. Et mes amis ne m’ont pas aidé. En plus, les conditions de travail sont si dures que souvent l’alcool réconforte, même s’il entraîne aussi beaucoup d’accidents mortels. Tous les problèmes que j’ai eus sont liés à l’alcool : j’ai perdu la confiance de ma femme, j’ai des ennuis de santé et j’ai eu trois accidents de voiture. Tous mes amis boivent. D’ailleurs, en Mongolie, maintenant, tout le monde boit. C’est le problème majeur du pays. Je dirais même que c’est la faute de la société. La pauvreté incite les gens à boire. »

MédecinsduMonde - Le journal destiné aux donateurs - n° 86 mars 2007

Mai 2008