La situation de cet établissement pénitentiaire résume les conditions de vie dramatiques de milliers de condamnés ou de prévenus conduits chaque année vers de véritables cloaques pour y purger leurs peines.
Plus de 500 prisonniers sont à l’appel ce jour là. Ils vivent répartis dans différents blocs constitués d’une cour en terre battue et de deux ou trois cellules.
Une trentaine de prisonniers sont enfermés la nuit dans chaque pièce. Ils dorment sur un bas flanc ou à même le sol, soit une moyenne de 0,8 m² par individu, dans une promiscuité totale.
Jusqu’au matin un orifice pratiqué dans les lourdes portes métalliques permet l’installation d’un entonnoir raccordé à un tuyau qui conduira l’urine dans la cour à ciel ouvert.
Dans la pénombre l’urine ruisselle fréquemment sur l’intérieur des portes maintenant rongées par la rouille, à la limite de la décomposition.
Les flux de la vie semblent l’emporter sur les barrières imposées à ces hommes.
Un WC unique dans la cour et un robinet d’eau sont accessibles de jour.
Pour ceux qui n’ont pas de famille proche susceptible de leur amener des denrées, le régime alimentaire est drastique, 500 grammes de manioc par jour, 5 jours sur 7, du riz deux fois par semaine toute l’année. Point.
La malnutrition est omniprésente, elle concerne 36% des détenus.
13 personnes, soit 2,6% de la population carcérale, sont porteuses de tuberculose avérée. Elles vivent au contact des autres prisonniers de leur bloc.
Les mycoses, infections cutanées et diarrhées sont le lot d’une large fraction des détenus.
Majunga fait partie des établissements concernés par le programme « prisons » de Médecins du Monde à Madagascar.
L’accès aux soins, la réhabilitation des infirmeries, la formation des personnels de santé, la prise en charge des malnutritions modérées et sévères en constituent les principales modalités d’actions.
Madagascar est situé au 156è rang sur 177 pays si l’on se réfère à l’indice de développement humain (IDH), indicateur communément utilisé pour qualifier la situation socio-économique des Etats.
Inutile de dire que, dans un tel contexte, la population carcérale constitue une population particulièrement vulnérable.
S’intéresser au sort des ces personnes c’est aussi connaître leur passé, leur trajectoire et les motifs de leur incarcération.
L’examen du registre des condamnations est éloquent :
- Vol de bicyclette, 6 mois,
- Vol avec préjudice de l’employeur, 30 mois,
- Vol de poissons dans une réserve, 3 ans,
- Vol de dix fûts de gasoil, 7 ans,
- Vol d’un bovidé, 5 ans,
- Vol de sept bovidés, 20 ans,
- Vol avec effraction, 20 ans…
Difficile pour les équipes de Médecins du Monde de côtoyer les lieux en ne s’intéressant qu’à humaniser les aspects médicaux de ces prisons, sans s’interroger sur les lois qui conduisent à de telles peines.
Difficile de faire de tels constats sans chercher à faire évoluer le droit en lien avec des autorités malgaches qui jusqu’à ce jour font montre de transparence vis-à-vis de ces réalités.
Difficile d’accepter que soit condamné à 5 ans de prison un adolescent de 15 ans pour avoir volé un zébu. Difficile de le voir croupir, moisir, loin de sa famille et de ses proches pour ce motif.
Le droit fixe à un instant donné les règles du « vivre en semble », du contrat social d’une communauté.
A ce titre les lois d’un pays et les sanctions vis-à-vis de ceux qui y dérogent sont éminemment empreintes d’une histoire et d’une culture.
Les pauvres hères qui peuplent une partie des prisons malgaches témoignent, dans leur dénuement résigné, qu’il est certainement temps d’interroger le droit souverain, responsable d’une indignité sans commune mesure avec celle, souvent guidée par la faim, qui les a conduit à commettre leurs larcins.
Dr Pierre Micheletti
Président de Médecins du Monde