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Mobina



L’équipe de MdM du district de Kohat a pu secourir Mobina, une fillette de deux ans, affaiblie par une malnutrition aiguë sévère. Gul Namir, le surveillant nutritionnel, raconte sa guérison.



Rashid Gul vit à Nashita, un village à de l’agence (division administrative) d’Orakzai, Son hospitalité est connue dans toute la Province. Il est du genre à nourrir ses invités sans manger lui-même. Il y a 5 mois, des combats ont eu lieu à Orakzai, ce qui a conduit Rashid à s’exiler un peu plus au sud dans le district de Kohat.

Il a visité notre clinique en mars 2010 à Kohat avec sa file de deux ans, Mobina. Elle avait de la fièvre, de la toux et était faible. Quand on l’a examiné, elle était malnutrie, elle ne pesait que 7.4 kg. Dr Hakeem l’admit dans notre programme nutritionnel et lui prescrit des rations énergétiques (ndlr :Plumpy’nut®, Nourriture thérapeutique prêt-à-l’emploi). Elle a aussi été traitée pour ses problèmes respiratoires. La semaine d’après, elle avait pris un kilo de plus, son père était soulagé et très heureux de la voir guérir.


Gul Namir (Surveillant nutritionnel)

District de Kohat, Pakistan.



Survivre dans des conditions difficiles.


Dans le village de Jarma, la clinique mobile de MdM a dû fermer temporairement ses portes face à la montée de l’insécurité. Le Dr Kashif et son équipe, racontent quelles alternatives ont été mises en place pour venir en aide aux enfants malnutris.


 
 

MdM a commencé ses activités dans le district de Kohat en Mars 2010. Suite à des évaluations sur les besoins en santé primaire, MdM a décidé d’installer des cliniques mobiles autour du village de Jarma où on note la plus forte concentration de populations déplacées fuyant une opération militaire d’envergure dans l’agence d’Orakzai. Une de ces cliniques vient de commencer ses activités à Jarma, où plus de 21 000 personnes déplacées ont pris refuge. L’initiative a été saluée par les communautés. Peu après, les conditions générales de sécurité se sont détériorées, ce qui a poussé MdM à suspendre ses activités.


 
 


La continuité des services en soins de santé étant nécessaire, il a fallu trouver de nouvelles stratégies pour atteindre les populations les plus vulnérables et en particulier les enfants de moins de 5 ans. Ceux déjà pris en charge pour malnutrition aigue sévère ou modérée devaient être suivis en priorité. En parallèle, l’équipe de MdM menait en porte à porte une campagne de sensibilisation et vaccinait les enfants contre sept maladies graves.

 
 

En deux semaines de programme, les résultats sont satisfaisants, avec au total quatre sessions de sensibilisation, 12 admissions de cas de malnutrition suite aux visites de sensibilisation, 31 enfants vaccinés et quatre référés à l’hôpital pour malnutrition sévère avec complications.


L’équipe de MdM à Kohat.

Sous la direction de Dr Kashif.



Un monde sans maux

A Kohat, le Docteur Imtiaz a examiné une femme d'une cinquantaine d'années souffrant de sévères crises d'asthme. L'histoire de cette femme montre l'importance du moment de la consultation.


 
 

A la clinique de Zara Mela (dans le district de Kohat), j’avais reçu une patiente de 50 ans, complètement essoufflée, avec des antécédents d’asthme. Son asthme était à peine contrôlé. Pourtant, elle disait avoir été suivie par des médecins qui lui avaient prescrits des traitements et elle avait un inhalateur qu’elle utilisait régulièrement. Face à ses difficultés respiratoires, j’ai dû la traiter; essentiellement avec un nébuliseur et des injections, ce qui la soulagea. Dés qu’elle se sentit mieux, je lui ai demandé de me montrer comment elle utilisait son inhalateur. J’ai pu voir qu’elle ne l’utilisait pas correctement ; elle le tenait à l’envers, n’inspirait pas assez pour que les médicaments atteignent ses poumons. Je lui ai montré la bonne méthode et lui ai prescrit des stéroïdes oraux.

C’est plein de reconnaissance qu’elle est revenue la semaine suivante. En plus d’avoir parlé de sa maladie, elle m’a confié que maintenant qu’elle utilise correctement l’inhalateur, elle parvient à contrôler son asthme et les symptômes se sont atténués.


Dr Imtiaz. (Médecin et Chef d’équipe)



Darmalak


Darmalak, petit village de Kohat, est un refuge pour les populations déplacées, qui ne vivent que de l’hospitalité des villageois et n’ont pas accès aux centres de soins. L’équipe de la clinique mobile MdM à Darmalak raconte comment Imran, un petit garçon malnutri d’un an, a pu être sauvé.


« Lors de notre première visite à la clinique MdM de Darmalak, j’avais admis Imran fils de Latif Khan, un petit garçon d’à peine un an. Sa famille et lui venaient de l’agence (division administrative) Orakzai, deux mois auparavant ils avaient fui la région et le début des opérations militaires pour venir à Darmalak. L’enfant était malnutri et souffrait d’une diarrhée aiguë. Ils vivaient dans des conditions d’hygiène terribles, ils étaient 20 dans la seule pièce de leur habitat de fortune. Le père de l’enfant était trop faible pour avoir du travail, c’est le seul à pouvoir s’occuper de sa famille. Ils avaient tous des problèmes de santé. C’était le seul enfant victime de malnutrition à cause des crises, il avait besoin de notre aide. J’ai examiné le patient, traité sa diarrhée et informé son entourage sur la façon dont il faut se prémunir contre la diarrhée.

Puis j’ai commencé à traiter sa malnutrition, en lui administrant les traitements adéquats. J’ai demandé aux parents de l’emmener régulièrement aux suivis médicaux. Je les ai conseillés de faire attention aux conditions d’hygiène de l’enfant et de lui donner son traitement à l’heure prescrite. A la première visite, le patient était frêle, son poids et le MUAC (ndlr : mesure de la circonférence brachiale) étaient plus faibles que la normale, mais j’ai rassuré ses parents; en suivant régulièrement son traitement, il s’en sortira.

Pendant quatre semaines, le patient vint régulièrement, j’étais heureux de constater l’amélioration de son état de santé, il avait reprit des forces et regagné du poids, le MUAC était revenu à la normale, ce qui est encourageant. Maintenant il se porte bien, il est actif et en bonne santé. Ses parents et tout le reste de sa famille sont maintenant très heureux, ils nous disent que les mots sont trop faibles pour exprimer ce qu’ils ressentent, et ne suffisent pas non plus pour remercier toute l’équipe de MdM qui les a rendus heureux. Ils souhaitent que les activités de MdM perdurent encore longtemps. »


 

Dr Hakim (Médecin et chef d’équipe) – Jamil Ahmad (infirmier)

District de Kohat, Pakistan.



No more tears

 
Dr Muhammad Adil, membre de l’équipe MdM Pakistan depuis 2005, très concerné par le problème de la malnutrition qui est un véritable fléau chez les femmes et les enfants de moins de 5 ans, raconte sa rencontre avec le petit Nighman fils de Zartay. Souffrant de malnutrition aigüe sévère, il a frôlé la mort.
 
 
 


Nous étions à la clinique mobile de MdM au village d’Amankot, quand une jeune femme d’environ 23 ans vint avec son fils de 2 ans. Ses vêtements, déchirés et usés, laissaient transparaitre la pauvreté dans laquelle elle vivait. Avant même que je ne pose une question, elle confia :

« C’est mon seul enfant. Il est trop faible, même pour se redresser, et il pleure tout le temps. Je m’inquiète beaucoup pour lui, c’est ma seule raison de vivre, mon seul espoir et mon soutien pour l’avenir. Je vous supplie de faire quelque chose pour lui. »

 
 

Pendant qu’elle me parlait, ses yeux se remplirent de larmes. L’examen de l’enfant montra qu’il était sévèrement malnutri, il avait la peau sur les os et était si frêle qu’il ne pouvait tenir son cou. Un collègue m’avait dit qu’il ne vivrait que peu de temps. Quand j’ai demandé à sa mère pourquoi n’avoir pas consulté un médecin plus tôt, elle répondit :

« Je suis trop pauvre, je n’ai pas les moyens de payer les traitements. Je suis veuve, et je suis un fardeau pour ma famille qui, pauvre elle aussi, ne peut pas s’occuper de nous. […] je ne peux même pas me remarier, il aurait pu s’occuper de nous. »

Par la suite, l’enfant a été admis dans la clinique MdM, et examiné par le Dr Sajjad Ali Shah qui lui a prescrit des médicaments et des rations énergétiques (ndlr : Plumpy’nut®, Nourriture thérapeutique prêt-à-l’emploi).La semaine suivante, j’attendais avec impatience la visite de suivi de l’enfant. Mais l’examen révéla que son état ne s’était pas du tout amélioré, sa mère confirma en disant qu’il n’a pas voulu mangé les rations énergétiques. Elle insista aussi pour qu’on lui donne d’autres traitements, mais on lui expliqua que les rations énergétiques étaient l’unique traitement pour lui, car elles sont riches et elles rééquilibrent l’alimentation. Quand il revint de nouveau, son état s’était amélioré de manière spectaculaire depuis les trois dernières semaines. Ensuite, il a commencé à prendre du poids, à la fin de la huitième semaine, il était devenu très actif. Sa mère reprit espoir. Il a fallu neuf semaines pour que l’enfant soit totalement guéri, pour qu’il passe d’un état de malnutrition sévère à un état de santé normal.


Muhammad Adil (Surveillant nutritionnel).

District de Swabi, Pakistan.



Save the Life

MdM sauve des vies.


A Buner, deux femmes enceintes souffrent d’une sévère anémie et n’avaient jamais consulté de médecins. Examinées et soignées par l’équipe de la clinique mobile de MdM, elles sont aujourd’hui en bonne santé et leurs enfants se portent bien. La responsable médicale de la clinique, Nousheen Jackson, raconte.


 
 


Dans le village d’Ambela, j’ai vu une famille qui était vraiment dans le besoin; deux femmes étaient enceintes, une était la belle mère de l’autre. Son mari a été tué lors du bombardement qui a eu lieu dans le district de Swat. Quand il est mort, elle apprit qu’elle était enceinte. C’est après ce drame, que la famille migra à Ambela, et y resta quatre mois. Il y a huit membres dans la famille, mais seule une personne a un revenu, c’est un jeune garçon de seulement 18 ans. Ils sont très pauvres, analphabètes et ne connaissent ni les règles d’hygiène ni de soins.


 
 

Un jour, en allant chez eux, je vis les deux femmes enceintes, elles n’étaient jamais venues aux consultations prénatales. Je leur ai parlé de la clinique mobile de MdM et je les ai invité aux consultations, ce qu’elles ont tout de suite accepté puisque le même jour elles assistaient à la visite prénatale de routine. Toutes les deux souffraient d’une anémie sévère. Elles ont été examinées et on leur a fait des examens au laboratoire. La belle mère s’appelait Balcht Jam et avait 45 ans, elle était enceinte pour la cinquième fois, son taux d’hémoglobine était bas (9-0 g/d)l. La deuxième femme - sa belle fille- s’appelait Gull, elle avait 17 ans et son taux d’hémoglobine était alarmant (6-5 g/dl). C’était sa première grossesse. Je leur ai prescrit un supplément de fer, donné des conseils alimentaires et elles ont aussi été vaccinées contre le tétanos. En mars dernier, elles ont accouché au « Daggar Hospital», l’hôpital général du district de Buner. Leurs bébés sont en bonne santé, il y a une fille et un garçon. Elles viennent pour les visites postnatales, je les informe sur la vaccination des bébés, l’allaitement, le planning familial…

Elles sont très reconnaissantes envers le travail de MdM et de son équipe.


 

Nousheen Jackson (Médecin)

District de Buner, Pakistan.


Lundi 11 octobre 2010

Welcome to Pakistan

Aéroport Benazir Bhutto, Islamabad. Welcome to Pakistan annonce fièrement une banderole. Welcome to donors proclame une feuille de papier collée à l’improvisade sur le panneau des passages en douane. De fait, parmi les voyageurs qui se pressent ce matin-là dans les files d’attente, on a vite fait de remarquer les membres d’ONG ou d’organisations internationales. D’une certaine manière, ils sont les représentants des donateurs ayant apporté leur aide à ce pays touché par des inondations parmi les plus fortes de son histoire.
Il est 7h30 et, dans la chaleur de cette fin d’été, on s’engouffre dans les voitures tout-terrain climatisées qui, dans le « pays des purs », montreront toute leur utilité. Pour l’heure, on rejoint le flot des camions chamarrés, des tuc-tuc, des taxis collectifs, des vélos et des piétons qui empruntent l’Islamabad Expressway. Direction le centre de la capitale du Pakistan pour y rejoindre l’équipe de la mission d’urgence de Médecins du Monde.


Défaut de soins et… de moyens : une constante
   

Haseefa, 7 ans

Inondations au Pakistan - 2010
© Photo: Marc Van der Mullen

En bordure de la rivière Kaboul se trouve le village d’Agra Payam que je découvris à la suite des inondations survenues fin juillet. Ici, MDM a mis en place une clinique mobile afin d’apporter les premiers soins aux populations touchées.
Dès notre arrivée, nous avons été accueillis par les habitants qui voulaient tous nous montrer leur maison pour que l’on puisse estimer l’ampleur des dégâts... Après quelques visites, je réalise qu’une petite fille me suit depuis mon arrivée, répétant inlassablement la même phrase en Pashtoun. Une fois la traduction faite, je comprends qu’elle me demande de venir voir sa maison tout au bout du village. Elle s’appelle Haseefa et elle a 7 ans.
Je la suis pour découvrir ce qui constitue son nouveau logis, car des deux maisons en torchis où sa famille habitait jusqu’alors, il ne reste absolument rien. Emportées par les flots. Seuls deux rectangles au sol témoignent de leur existence. Haseefa m’explique comment l’eau est montée rapidement et très haut lors des inondations.
Haseefa occupait ces très modestes maisons avec treize autres membres de sa famille. Désormais, ils doivent tous se contenter du minimum. Haseefa est pourtant fière de me montrer son nouvel habitat constitué d’une tente et de bâches. J’entre d’abord dans la tente où elle me présente sa petite sœur et je constate que seuls des lits tressés et une malle métallique constituent le mobilier de la « chambre ». Je continue la visite par la « cuisine », simple bâche sous laquelle se trouvent d’autres lits tressés et quelques ustensiles de cuisine. Et je termine par la seconde « chambre » où sont disposés de nouveau des lits tressés.
Cela fait presque deux mois que cette famille habite cette installation de fortune, comme bariolée de vêtements qui pendent un peu partout sur les rebords des bâches… Et quand on leur demande s’ils ont le projet de reconstruire leurs anciennes habitations, leur réponse silencieuse est à la mesure de leur désarroi : un grand point d’interrogation… La famille d’Haseefa n’a toujours pas reçu la moindre aide lui permettant d’espérer retrouver le confort d’une vraie « maison ».
Espérons que l’hiver n’arrive pas trop tôt…
Adeline Laulanié – Responsable d’enquête sur la mission d’urgence MDM au Pakistan

Légende photo Adeline Laulanié – Responsable d’enquête sur la mission d’urgence MDM au Pakistan
© MdM

Dans la « base en capitale » de l’association, la première réunion de la journée permet de se familiariser rapidement avec l’état de santé des Pakistanais. Adeline Laulanié présente les résultats de son enquête sur l’accès aux soins dans deux districts de la région dite KPK (Kyber-Pakhtunkhwa) au nord-ouest du pays
Interview :

Les chiffres fusent, imparables : 50% des visites prénatales sont effectuées alors qu’un problème médical est déjà survenu ; lorsque l’échographie n’a pas été pratiquée, c’est simplement parce qu’elle n’était pas disponible ; 64% des pères de famille estiment que les soins maternels ne sont pas nécessaires… Au final, c’est toujours l’argent qui constitue la raison première du défaut de soins aux mères et aux enfants : au Pakistan, le coût moyen du soin maternel – 3800 roupies, 38 € environ – suffit à décourager le plus grand nombre. Si cette étude n’a pas porté sur les victimes directes des inondations, il est certain que ces dernières vont aggraver ces conditions sanitaires déjà précaires. Adeline a d’ailleurs rencontré certains de ces « naufragés » à l’occasion de son enquête (lire l’histoire d’Haseefa, 7 ans).


Un homme montrant la hauteur atteinte par l'eau sur le mur de sa maison
© Boris Martin
 



Maintenir la sécurité des équipes
Shehzad Jameel – Coordinateur terrain de la mission MDM au Pakistan
© MdM


L’après-midi, c’est Marc Van der Mullen, le coordinateur général, qui rassemble toute l’équipe pour passer en revue différents sujets : Shehzad Jameel, le coordinateur terrain (lire l’interview de Shehzad Jameel), explique combien l’attaque d’un convoi de l’OTAN a fait monter la tension dans les zones tribales ; Adeline explique comment des policiers pakistanais ont insisté, en vain, pour lui monnayer une escorte privée. Autant d’éléments que Marc intègre pour réorienter, le cas échéant, des actions ou des déplacements.
De longues heures de réunion donc, en ce début de semaine, mais elles sont indispensables à l’équipe pour faire avancer sa mission et maintenir son niveau de sécurité : une vraie hantise dans ce pays instable qui n’avait pas besoin de ces inondations. Il faut encore attendre pour aller se rendre compte « sur le terrain » de l’étendue des dégâts. Ce sera pour demain.







Mardi 12 octobre 2010

Sur la route de Peshawar

Aujourd’hui, départ pour les districts de Nowshera et Charsadda à l’ouest d’Islamabad. C’est là, début août, une fois l’accès aux zones inondées rendu possible et les

Karen van der Veken, coordinatrice médicale, a revêtu le dupatta
© Boris Martin

premières évaluations réalisées, que Médecins du Monde a déployé deux équipes médicales mobiles dans trois sites couvrant 50 000 personnes.
Dans la voiture conduite par Nour, l’ambiance est à l’enthousiasme, à l’image de Gaëlle Bos, la coordinatrice administrative de la mission : « Ça fait du bien d’aller sur le terrain. Je reste d’habitude dans les locaux de la base en capitale : c’est le côté parfois frustrant de mon poste. » Après le Congo, le Soudan et un passage au siège de l’association à Paris, Gaëlle est venue au Pakistan avec son compagnon, chef de mission pour Handicap International, et leur petit garçon. A ses côtés, Karen van der Veken, est la coordinatrice médicale. Un retour dans ce pays pour cette sage-femme belge déjà venue après le tremblement de terre de 2005. Entre temps, Karen a travaillé en Éthiopie, au Sud Soudan, au Darfour, en Haïti, au Kirghizstan, toujours pour MDM.
Il faut passer plusieurs check-points de la police avant de sortir d’Islamabad. Chicanes de ralentissement, casemates équipées de fusils-mitrailleurs : la capitale politique du pays est toujours sujette aux risques d’attentats. Puis on emprunte la M1, l’autoroute de Peshawar, à quelques 160 kilomètres de là. Si l’on poussait plus loin, ce serait la Khyber Pass, la porte de l’Afghanistan voisine…


Frédéric Penard, responsable du "Desk Urgence" discutant avec des villageois
© Boris Martin

Pour l’heure, le tapis d’asphalte se déroule au milieu de la plaine de l’Indus. La rivière sacrée est aussi large que son débit est faible. On distingue quelques bras d’eau au milieu de langues de terre. Difficile d’imaginer la colère du fleuve quelques semaines plus tôt. Arrivés dans le district de Swabi, là où MDM a sa plus grande base locale, Gaëlle et Karen couvrent leurs cheveux d’un dupatta, le foulard traditionnel. Même volonté de respecter les coutumes locales du côté des hommes : Frédéric Penard, le responsable du « desk urgence » en visite, a revêtu le chalwar kameez, longue tunique recouvrant un pantalon.



Au cœur des zones inondées

Mitoyens, les deux districts de Nowshera et Charsadda ont partagé le pire. « J’ai 65 ans et c’est la première fois que je vois la mousson provoquer de tels dégâts : la moitié de mon village a été touchée. Les inondations ont commencé le 28 juillet à 8h du matin et nous avons quitté immédiatement notre maison, emportant seulement les vêtements que nous avions sur nous, sans pouvoir rien emmener d’autre. On a tout de suite compris que c’était dangereux car l’eau nous arrivait déjà à la taille », nous dira Afsar Khan de Misri Banda. Dans ce village au bord de la rivière Kaboul où nous conduit Farook Shah, coordinateur de la base de Swabi, les hommes sont affairés à reconstruire les canalisations d’eau. Bien souvent, leurs maisons détruites attendront l’argent qu’ils n’ont pas. « Dans un an peut-être », espèrent certains. Pour l’heure, les familles occupent des tentes installées à proximité des habitations fragilisées. Frédéric Penard explique : « C’est une catastrophe qui, en dehors des morts bien sûr, a moins fait des blessés que des mal-logés qui désormais sont susceptibles de connaître de graves problèmes de santé. Désormais notre urgence est là : leur proposer des soins de santé primaires afin que leur situation ne s’aggrave pas. »
Dans le centre de santé, les consultations ne désemplissent pas : 130 personnes par jour, en moyenne, se pressent à l’entrée. Les maux sont souvent les mêmes : des infections respiratoires qu’il faut contenir avant l’arrivée du froid, des infections cutanées comme la gale provoquées par la pénurie d’eau.







Farook Shah, coordinateur de la base régionale MDM, au milieu des décombres
© Boris Martin
 
Le village de Misri Banda, dans le district de Nowshera, à l'heure de la reconstruction
© Photo Boris Martin


Portrait : Shehzad Jameel, 33 ans, Pakistanais

Shehzad Jameel – Coordinateur terrain de la mission MDM au Pakistan
© Boris Martin

Je suis Coordinateur terrain pour la mission d’urgence de MdM. Je travaille pour MdM depuis 2009 et je trouve leur travail, leur méthode, leurs objectifs et leur organisation interne très intéressants malgré quelques points de réserve. J’aime vraiment le fait que tous les membres de la mission soient systématiquement impliqués dans le processus décisionnel.
Depuis 2009, La mission de MdM soutient les déplacés internes et les rapatriés à Swabi, Burner et Kohat. En ce qui me concerne, le plus intéressant au sein de la mission MdM c’est la notion d’assistance basée sur les besoins. A chaque fois qu’un besoin se fait sentir, MdM parvient toujours à mettre en place des moyens d’actions, ce qui n’était pas toujours le cas avec les organisations pour lesquelles j’avais travaillé précédemment. Souvent, elles se trouvaient dans l’incapacité d’agir face à certaines contraintes.
Que ce soit pour la question des déplacés internes ou des inondations, j’ai été directement impliqué dans le travail d’évaluation, de préparation et de mise en place des cliniques mobiles. Ce que j’aime profondément, c’est lire la passion dans les yeux de ceux qui travaillent au sein de l’équipe pour mener à bien les projets. Un autre fait marquant, c’est quand on procède à l’évaluation, on ressent le besoin et l’espoir dans le regard des gens. Le jour où l’on revient avec l’assistance, on voit alors se dessiner des sourires sur leur visage ; cela vaut tout l’or du monde. C’est un sentiment récurent.
Au début des inondations, toute l’équipe était très inquiète de savoir si MdM parviendrait à travailler dans les zones affectées, et je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui que l’on a réussit à faire ce pourquoi nous étions venus.

Interview : Boris Martin
Traduit de l’anglais par Jérémy Engel


Afsar Khan, 65 ans, village de Misri Banda, district de Nowshera, Pakistan
« J’ai 65 ans et c’est la première fois que je vois la mousson provoquer de tels dégâts : la moitié de mon village a été touchée. Les inondations ont commencé le 28 juillet à 8h du matin et nous avons quitté immédiatement notre maison, emportant seulement les vêtements que nous avions sur nous, sans pouvoir rien emmener d’autre. On a tout de suite compris que c’était dangereux car l’eau nous arrivait déjà à la taille. Nous étions seize à la maison et nous avons rejoins la maison de mon cousin qui était en sécurité. Ce n’est que 4 ou 5 jours après que nous avons vu arriver les autorités. Mais c’est Médecins du Monde qui nous a permis de soigner les infections de peau provoquées par toute cette eau et cette boue. Aujourd’hui encore, alors que nous sommes en train de reconstruire le village, ce sont les ONG qui nous aident, pas le gouvernement. Je ne connaissais pas votre organisation avant, mais je suis content que vous soyez là. Aujourd’hui, nous vivons toujours dans la maison de mon cousin et je pense que l’on ne pourra pas reconstruire notre maison avant un an, car nous n’avons pas l’argent pour cela. »

Propos recueillis par Boris Martin
Traduction : Jamile Ahmad, infirmier sur la Mission MDM, Swabi, Pakistan
Afsar Khan, 65 ans, village de Misri Banda, district de Nowshera, Pakistan
© Boris Martin


Mercredi 13 octobre 2010


Aux portes des zones tribales

Le centre de traitement des diarrhées : 1 mois et demi de fonctionnement, 2000 personnes suivies
© Marc Van der Mullen

Rallier la ville de Kohat, capitale du district du même nom, c’est approcher encore un peu plus de ces fameuses « zones tribales », objet de toutes les attentions et de toutes les craintes. De fait, bien que le trajet par la route prenne 6 heures aller-retour, nous le ferons dans la journée : il est fortement déconseillé à des expatriés de passer la nuit sur place.

C’est dans la province orientale du Penjab, contiguë à celle du KPK, que se déroulera l’essentiel du trajet. A voir les champs qui bordent la

route, on comprend que la nature a tôt fait de tirer parti des pluies diluviennes : sous le soleil ardent, un tapi vert recouvre peu à peu la terre. A intervalles réguliers, des enclaves rougeâtres au milieu desquelles s’élèvent de hauts fours : ce sont des fabriques de briques, comme celles qui font tant défaut aux populations dont les maisons ont été détruites par les inondations. Sur de grandes surfaces, les exploitants creusent le sol, en abaissant parfois le niveau au-dessous de celui des routes. Une excavation permanente qui n’est peut-être pas sans lien avec le fait que les eaux aient submergé 20% du pays.

Peu à peu, la plaine cède la place à des paysages vallonnés, à de la moyenne montagne, à des vallées encaissées comme celle où l’Indus creuse sont lit. Le pont Khushal permet de l’enjamber. Construit par les Anglais à la fin du XIXe siècle, l’édifice en acier, style Eiffel, reste le seul point de passage entre les provinces du Penjab et du KPK. Au plus fort des inondations, alors que les eaux léchaient son tablier, le pont fut fermé. Aujourd’hui, la rivière sacrée s’écoule, peut-être vingt mètres en contrebas. Paisible. De l’autre côté, c’est le district de Kohat.


Mêmes causes, mêmes effets

L’arrivée dans la ville de Kohat se fait en toute discrétion, en évitant le centre ville. La voiture s’engouffre dans la base MDM. En mars 2010, Médecins du Monde a fait le choix d’installer ici une clinique mobile, la cinquième à s’insérer dans le dispositif déjà mis en place depuis juillet 2009, un peu plus au nord, dans les districts de Swabi et Buner.

Un enfant est mesuré afin de diagnostiquer une éventuelle malnutrition
© Boris Martin

Comme pour ses devancières, ce sont les opérations militaires menées par l’armée pakistanaise contre les insurgés talibans qui ont motivé cette installation. Car ici, comme au nord, ces opérations ont provoqué le déplacement des populations civiles : 135 000 personnes auraient fui la province voisine appelée FATA (Federaly Administrative Tribal Area) pour se réfugier dans celle du KPK, en particulier dans le district de Kohat. L’offre de soins, proposée aux déplacés, tout comme aux populations qui les accueillent, comprend des consultations curatives, pré et post natales, la vaccination, un dépistage nutritionnel et la prise en charge des enfants malnutris, des soins infirmiers, une réhydratation orale, unesurveillance des risques épidémiologiques, la fourniture et l’approvisionnement en médicaments et de l’éducation à la santé.

C’est ce dispositif qui a permis à l’équipe d’être opérationnelle lorsque, cet été, les inondations ont affecté le district de Kohat. Même travail de soins apportés aux populations souffrant d’infections respiratoires et de maladies dermatologiques. Mais ce sont les cas de diarrhées, avec les risques de déshydratation et surtout la crainte d’une épidémie de cholera qu’ils impliquent, qui ont justifié, en lien avec les autorités sanitaires pakistanaises, l’ouverture d’un centre de traitement des diarrhées d’une capacité de 40 lits d’hospitalisation. « La promiscuité, les eaux souillées et le non accès à l’eau potable étant des vecteurs de maladies intestinales, les cas de diarrhées ont doublé depuis le début des inondations », expliquait alors Marc Van der Mullen, le coordinateur général.


La consultation MDM dans l'hôpital de Kohat. A gauche, Marc Van der Mullen, le coordinateur général
© Boris Martin


Une priorité : des soins en adéquation avec les besoins

Un mois et demi plus tard, ce dispositif a rempli son office. Lorsque nous arrivons à Kohat, c’est pour entériner sa fermeture. Marc Van der Mullen et Frédéric Penard, le responsable du « Desk urgence » à MDM, rencontrent les représentants des autorités sanitaires. A l’heure du bilan, chacun se montre satisfait : le centre a traité plus de 2000 cas, dont près de 360 sévères et le spectre d’une flambée de cholera est écarté.

Le plus délicat, sans doute, est d’expliquer aux membres pakistanais la fin de ce dispositif. Totalement investis dans cette mission, ils ont vécu durant plusieurs semaines une aventure importante. Et même si l’équipe a pris soin d’aider la plupart à se reclasser, certains perdent également une source de revenus. Marc et Frédéric expliquent que ce centre n’avait pas vocation à se pérenniser et que MDM fonde son action sur les besoins des populations. Il est cependant important de garder le contact avec ces personnels que l’association sollicitera en cas de nécessité.


Jeudi 14 octobre 2010


Là où tout a commencé

Visiter la base de Swabi/Buner, c’est revenir aux origines du dispositif humanitaire souple et réactif que MDM a déployé depuis un peu plus d’un an dans la province du KPK.

Tout commence en juillet 2009. Depuis quelques semaines le district de Swabi voit affluer des centaines de milliers de déplacés via le distict de Buner, zone tampon avec le district de Swat. Là, deux mois plus tôt, l’armée pakistanaise a lancé une vaste offensive contre les insurgés talibans, provoquant ce déplacement de populations estimé à 2,5 millions de personnes. Elles sont accueillies dans leur grande majorité par les habitants de Swabi et Buner au nom du code de l’hospitalité pashtoune, le pashtounwali. Mais cette rencontre entre des populations fragilisées par le déracinement et

d’autres vivant dans un équilibre déjà précaire exerce une forte tension sur les structures de santé situées dans les zones d’afflux des déplacés. MDM lance alors une mission d’urgence afin de venir en appui à ces populations.


La maturation d’un dispositif

Peu à peu, à partir de Swabi, MDM s’installe dans cette province du KPK où il n’est pas facile d’être une ONG occidentale. Mais l’association joue la discrétion, met en avant son travail pour les populations, s’appuie sur une équipe en grande majorité pakistanaise. Nul travestissement dans cette attitude qui correspond pleinem

Comme perdu au fond de la vallée, le centre de santé de Naranji
© Boris Martin

ent à la philosophie développée dans ce projet : faire avec les gens du pays, en particulier, comme c’est le cas au Pakistan, lorsque les compétences existent. Alors le dispositif s’étend en fonction des besoins. C’est d’abord une clinique mobile mise en place en juillet 2009. Elles seront 4 à la fin de l’année. Une cinquième est ouverte dans le district de Kohat en mars 2010. A chaque étape, il faut convaincre : « Cela prend du temps, cela se fait village par village, mais c’est la seule façon d’agir pour atteindre les populations vulnérables tout en garantissant notre sécurité », explique Marc Van der Mullen. Comme lorsqu’une jirga – une assemblée traditionnelle de la communauté – est organisée afin d’expliquer qui est MDM et ce que veut faire l’association. C’est cette méthode de travail qui a plu au Dr Harif qui rejoint l’équipe de Swabi en septembre 2009 :

« Ce que j’ai trouvé tout de suite intéressant, c’est la manière de travailler de MDM, comment ils choisissent les zones où ils vont s’installer, comment ils identifient les besoins et comment ils négocient avec les populations et les autorités locales pour être acceptés. »

(lire ci-contre le témoignage du Dr Harif).


L’épreuve de l’eau : la réponse aux inondations

Jusqu’en juillet 2010, donc, l’action des cinq cliniques mobiles est orientée vers les soins aux déplacés et à leurs accueillants. C’est alors que surviennent les inondations. Une urgence dans l’urgence en somme. Comme l’explique Farook Shah, le coordinateur de la base de Swabi (lire ci-contre le portait de Farook Shah), l’équipe met rapidement en place deux cliniques supplémentaires dans les districts de Nowshera et Charsadda. De l’intérêt d’être déjà sur place… et de bénéficier d’un réseau de professionnels identifiés : l’équipe se grossit en effet d’une centaine de personnels pakistanais ayant déjà travaillé avec MDM en 2005 et 2006, lors du tremblement de terre qui ravagea le pays. Pendant plusieurs semaines, les 230 membres de la mission, en grande majorité pakistanais, sillonnent la région, renforçant les centres de santé où le nombre de consultations a explosé.


Naranji, aux confins de Swabi
La consultation des femmes du centre de santé de Naranji
© Boris Martin

Aujourd’hui, 14 octobre, les eaux se sont retirées de la province du KPK. Mais elles ont laissé leur empreinte dans cette région structurellement fragile. Nous nous rendons au nord du district de Swabi, dans le centre de santé du village de Naranji. Comme perdu au fond de cette vallée, au milieu des montagnes qui l’entourent et qui ont vu arriver les déplacés de Swat en 2009. Beaucoup d’entre eux ont pu retourner dans leur district. Mais le centre de santé continue de recevoir les villageois. Les élèves de l’école toute proche, parés de leur uniforme bleu, sont venus à la consultation. Quelques mesures simples permettent de diagnostiquer les cas de malnutrition. « La gale est aussi très répandue dans la communauté», raconte Nasir Khan, le médecin de la clinique mobile. Le manque d’accès à l’eau potable, rendu encore plus critique avec les inondations, s’ajoute à une pauvreté tout aussi endémique. Alors, « nous faisons tout un travail d’éducation à la santé », conclue le jeune médecin (lire ci-contre le témoignage du Dr Nasir Kahn). Un peu plus loin, dans un autre local, ce sont les femmes, vêtues de leur chalwar kameez à pois caractéristique du district qui rencontrent les infirmières de la mission MDM.


Le personnel féminin de la clinique mobile MDM
© Boris Martin
Humanité commune, humanitaire commun

A la fin de la journée, nous retournons à la base MDM de Swabi. Toute l’équipe est rentrée des différents sites sur lesquels les cliniques mobiles se rendent chaque jour. Enfin, on peut souffler, se détendre. L’équipe met à profit les dernières minutes de soleil pour improviser une partie de cricket. Marc, le coordinateur général, et Frédéric, le responsable du desk urgence qui termine ses quelques jours de visite, s’essaient au sport emblématique du pays : jamais l’écart entre l’équipe internationale et l’équipe nationale de MDM n’aura été aussi grand que lors de cette partie ! Car pour ce qui les réunit chaque jour, aider les populations à accéder aux soins, elles ne forment qu’une seule et même équipe.


Ce soir-là, sur le toit de l’hôpital désaffecté dans lequel la mission MDM a installé ses locaux, on se retrouve autour d’un repas. Presque tous ceux qui composent la mission sont là : Farook, l’administrateur, Shehzad, le coordinateur terrain, le Dr Nasir, Jamil, l’infirmier, mais aussi les chauffeurs, veilleurs, cuisiniers… A côté du Dr Sofia, les femmes de la mission sont également présentes. A l’écart des hommes, c’est vrai… Il est des coutumes qui ne sont pas toujours faciles à accepter lorsque l’on vient d’ailleurs. Mais lorsque l’on est l’invité, il faut savoir respecter et essayer de comprendre la complexité du pays de son hôte. Si les choses doivent évoluer, ce ne sera qu’à partir de cette disposition d’esprit.



D’avenir, justement, il sera question après le repas. Les tables repoussées, un dialogue s’instaure. L’équipe, soudée par l’urgence qu’on représenté les inondations, réfléchit à la suite, s’inquiète déjà de l’hiver qui approche, alors que tant de personnes ne parviendront pas à reconstruire leurs maisons avant plusieurs mois. Sous le ciel noir du Pakistan à pein

Le docteur Nasir Khan, médecin de la clinique mobile
© Boris Martin

e éclairé par quelques étoiles, anglais et ourdou se mélangent, on parle bénéficiaires et besoins, des rires fusent aussi… Et tandis que chacun se retire afin de se préparer à la journée du lendemain, Jamil, l’infirmier, m’interpelle : « Alors tu leurs diras bien chez toi en Europe que le Pakistan, ce n’est pas ce qu’ils croient… »


Oui, ce soir-là, j’ai touché du doigt cette humanité et cet humanitaire réellement partagés avec les populations concernées.


Le carnet de bord des 11, 12, 13 et 14 octobre 2010 a été rédigé par Boris Martin, rédacteur en chef de la revue Humanitaire.


© Boris Martin


Portrait : Dr Harif Muhammad



« Je suis coordinateur médical pour la base MDM de Swabi depuis septembre 2009. Ce que j’ai trouvé tout de suite intéressant, c’est la manière de travailler de MDM, comment ils choisis sent les zones où ils vont s’installer, comment ils identifient les besoins et comment ils négocient avec les populations et les autorités locales pour être acceptés. C’est une expérience très enrichissante.

C’est donc à Swabi que tout a commencé avec les déplacés de Swat. Mais plus tard, il s’est passé la même chose dans le sud du KPK puisque des déplacés sont venus des zones tribales du FATA pour se réfugier dans le district de Kohat. Alors l’équipe de coordination a décidé de s’y installer car le besoin était important. Nous étions en train d’envisager d’installer une autre clinique mobile dans le district voisin de Hangu quand les inondations sont survenues.


Et là, ce fut terrible. Les abords de la rivière Kaboul étaient totalement submergés. Une de nos collègues, qui habite Nowshera, a vu sa maison complètement détruite. Heureusement qu’elle était au travail à ce moment-là. Quelques jours après, nous avons lancé une évaluation à Nowshera et Charsadda et décidé d’aider les gens qui n’avaient plus de toit, plus de vêtement, plus de nourriture, plus rien. Dans l’UC (Union council, subdivision du district, Ndlr) d’Agra, c’était pire que tout. Le centre de santé local avait été rempli par le sable charrié par la rivière ; plus aucun médicament n’était disponible. C’était terrible. Nous avons mobilisé toute l’équipe habituelle, recruté d’autres personnels et décidé que nous travaillerions même les week-ends. Nous étions presque 250 ! Nous avons vu arriver beaucoup d’infections de la peau, des cas de gale, des diarrhées car les sources d’eau avaient été contaminées. Le risque d’une épidémie de cholera était important.

Aujourd’hui, toutes ces infections sont contrôlées, mais les populations sont encore très stressées, fragiles psychologiquement. Elles ont besoin de nous car elles se sentent abandonnées par le gouvernement. Le système de santé officiel ne fonctionne plus du tout. »


Portrait : Dr Nasir Kahn, Naranji, Pakistan


« Je travaille pour MDM depuis le 1er décembre 2009. Normalement, je travaille ici à Naranji, même si je suis venu en appui sur la mission inondations durant une semaine. On a rencontré beaucoup de cas d’infections de la peau, en raison de la destruction des canalisations, rompues par les flots, si bien que les gens ne pouvaient pas se laver normalement. Mais les problèmes de peau sont très courants dans la région en temps normal. Ici à Naranji, par exemple, la gale est aussi très répandue dans la communauté : c’est presque 25% des cas que je vois chaque jour en consultation. Alors nous faisons tout un travail d’éducation à la santé auprès de cette population très pauvre. »


Portrait : Farook Shah, Pakistanais, 31 ans, coordinateur de la base de Swabi/Buner de MDM


J’ai d’abord rejoint MDM comme logisticien administrateur en novembre 2009 avant d’être promu environ six mois après, en avril 2010, chef de la base de Swabi pour les districts de Swabi et Buner. Et lorsque les inondations ont frappé les districts de Nowshera et Charsadda, j’ai également pris la responsabilité des équipes créées pour faire face au surcroît d’activités. Au plus fort des inondations, après une mission d’évaluation dans ces deux districts très affectés, nous avons en effet décidé de créer deux cliniques mobiles intervenant sur trois sites. Au début, les équipes travaillaient même les week-ends, jusqu’à ce que la situation revienne à la normale après trois ou quatre semaines.

Dans ces trois sites couvrant environ 50 000 personnes, la grande majorité de la population a été affectée. Les maisons ont été détruites, les personnes n’ont pas pu aller travailler et donc rapporter d’argent. Les ponts reliant leurs villages aux villes ont été emportés. Les cliniques mobiles que nous avons mises en place sont leur seul moyen de recevoir des soins.

Nous avons été confrontés à des infections de la peau, la gale notamment, des diarrhées, des cas de cholera, en général donc des maux provoqués par la mauvaise qualité ou l’absence d’eau courante.

Cela prendra très longtemps avant que ces populations, déjà très pauvres avant les inondations, retrouvent une vie normale. Six mois, huit mois peut-être…


Interview : Boris Martin

Une enfant réhydratée
© Marc Van der Mullen
A l'occasion de la fermeture du centre de traitement des diarrhées : (de g. à dr.) Marc Van der Mullen, Frédéric Penard et le Dr Kashif Muqarrab, coordinateur médical de la clinique mobile MDM de Kohat
© Boris Martin

14 octobre 2010


  • Marc, tu es le coordinateur général de la mission d’urgence pour les inondations de MDM au Pakistan : où en est la situation plus de 2 mois après le début de la catastrophe ?
Marc Van der Mullen, coordinateur général de la mission d’urgence Médecins du Monde au Pakistan
© MdM

La situation au Pakistan est très spécifique car les inondations se sont développées de manière très progressive à l’échelle du pays. Nous avons commencé notre action ici dans le Nord où nous avions déjà la base principale d’un de nos programmes. Ici les inondations ont été très rapides en raison des montagnes toutes proches, ce qui a provoqué d’importantes destructions. D’assez nombreuses personnes ont perdu la vie dans la région. Et puis les inondations ont progressé lentement, d’abord dans la province du Penjab, et désormais au sud, dans la province du Sindh. Finalement, cela a pris six semaines pour que les inondations parcourent tout le pays, du Nord au Sud. Or, les catastrophes naturelles auxquelles nous sommes habitués – une tempête, un tremblement de terre, un tsunami – se produisent en quelques minutes. C’est important à souligner car il faut bien comprendre qu’au Pakistan, les inondations ont mis six semaines pour couvrir 1 200 km.
Ici, au Nord, MDM disposait déjà d’une mission en mesure de réagir rapidement et nous avons déployé 4 équipes, soit deux cliniques mobiles et un centre de traitement des maladies diarrhéiques réparti sur deux sites.
Aujourd’hui, dans le Nord, les eaux se sont retirées et les populations essaient de reconstruire. Certaines, minoritaires, ont été touchées très durement, et pour nous, il est très important de garder le contact avec ces personnes et de nous concentrer sur leur situation. Mais la majorité de celles qui ont été affectées ont repris leur vie, leur travail même si elles continuent de ressentir les effets économiques de cette catastrophe.
En ce qui nous concerne donc, nous sommes en train de fermer le volet strictement lié à l’urgence, puisque les choses reviennent à la normale dans le Nord. Mais il est vrai que l’épisode des inondations est toujours vivace dans le Sud où les populations font toujours face à de grandes difficultés.

  • Pourquoi Médecins du Monde n’intervient pas au Sud du Pakistan ?

Nous avons fait un certain nombre d’évaluations et il faut bien comprendre que le Pakistan connaît des différences majeures entre ses provinces. La plus connue est que la partie orientale du pays qui comprend également le Sud touché par les inondations a une politique, un niveau d’éducation et d’économie très différents du reste du pays. Or, ce que nous avons découvert à l’occasion du ramadan – puisque c’est à ce moment-là que les inondations sont arrivées dans cette province – c’est qu’il y a eu un soutien très important d’une grande partie de la société : des philanthropes, des hommes d’affaires, des médecins ont fait un travail important, en particulier sur le volet santé. Les besoins étaient donc bien couverts par les Pakistanais eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de concentrer notre réponse là où les gens en avaient besoin, dans le Nord donc.
Pour autant, nous ne sommes pas absents du Sud du pays où MDM soutient depuis une quinzaine d’années une ONG locale qui, une fois l’urgence passée, travaillera sur les soins de santé primaires auprès des mères.

  • La mission MDM au Pakistan est composée en majorité de personnels pakistanais : est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur cette équipe ?

Il y a beaucoup de capacités disponibles au Pakistan même si, comme je le disais, elles sont plus nombreuses à l’est du pays qu’à l’ouest. Quand en 2009 nous avons voulu démarrer une offre en soins de santé primaires auprès de populations déplacées, nous avons décidé de nous appuyer, ici dans le nord-ouest, sur les capacités humaines et professionnelles disponibles, pour deux raisons essentielles. D’abord, parce qu’il n’est pas facile d’avoir des personnels expatriés circulant dans cette région politiquement très sensible depuis 2001. Mais surtout, si nous voulions avoir accès aux personnes les plus vulnérables – en priorité les femmes et les enfants – cela supposait que nous travaillions dans cette région également très traditionnelle avec des personnels locaux et que nous adoptions un « profil bas ». Cela fonctionne très bien ainsi depuis et cela explique que, lorsque les inondations sont survenues, nous avions 220 personnels pakistanais sur la mission, y compris à des postes de coordination, et seulement quatre expatriés. Ce n’est pourtant pas habituel sur une mission d’urgence, mais nous avions ainsi une équipe déjà disponible qui a pu se mobiliser rapidement, sans qu’il soit besoin d’envoyer des expatriés, sinon sur des tâches très spécifiques.

  • Tu as abordé la question de la sécurité au Pakistan. Concrètement, qu’est ce que cela implique dans le travail de la mission ?

Il est indéniable qu’il y a beaucoup d’attentats suicides, d’attaques à la bombe, comme les attaques récentes contre les convois de l’OTAN le montrent. C’est une réalité au Pakistan, en particulier dans cette partie ouest du pays. Cependant, si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que les attaques sont principalement dirigées contre les militaires pakistanais et que même les « militants » évitent que les populations soient touchées par leurs actions. Donc dans cette zone, nous pouvons travailler. Ce n’est pas facile, ce n’est toujours compris, cela reste dangereux et nous ne sommes pas à l’abri d’être au mauvais endroit au moment. Mais nous essayons de faire passer le message partout où nous intervenons que nous ne sommes pas alliés de cette partie du monde qui serait contre eux. Cela prend du temps, cela se fait village par village, mais c’est la seule façon d’agir pour atteindre les populations vulnérables tout en garantissant notre sécurité.
Propos recueillis par Boris Martin à Swabi, Pakistan, le 14 octobre 2010

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