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Niger
Urgence crise alimentaire : nos équipes renforcent la prise en charge de la malnutrition
Le Niger, dans la région du Sahel, est touché de façon endémique par une situation de crise nutritionnelle. Plus de cinq millions de personnes sont dans une situation d’insécurité alimentaire. Une mauvaise saison des pluies, des récoltes difficiles et de ce fait, un déficit céréalier important ont eu pour conséquence une forte augmentation du prix des denrées. Les régions où l’on a observé les plus fortes proportions de ménages en insécurité alimentaire sévères sont Maradi (6,7%), Niamey périphérie (7,3%), Tillabéry (8,5%) et enfin Tahoua (8,6%), où Médecins du Monde intervient.
Crédit photo/Isabelle Eshraghi
Crise alimentaire au Niger
Le Niger connaît actuellement une situation d’urgence humanitaire. La sécheresse, l’augmentation des prix des denrées alimentaires, les conflits et déplacements de population… des millions de personnes sont confrontées à un risque majeur de crise nutritionnelle et de malnutrition.
En choisissant de nous soutenir régulièrement ou de faire un don ponctuel, vous nous assurez de pouvoir mener notre action jusqu’à son terme.
Les chiffres sont alarmants :1 enfant sur 5 meurt avant l’âge de 5 ans ; plus de 5,4 millions de personnes menacées directement par une crise alimentaire majeure : c’est-à-dire un tiers de la population du Niger ;
393 000 enfants de moins de 5 ans sont exposés à un risque de malnutrition sévère ; 80% des décès d’enfants de moins de 5 ans sont liés au manque d’accès à l’eau salubre, à l’hygiène et à l’assainissement.
Nous devons apporter une réponse globale, rapide et forte pour venir en aide aux plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Nos équipes de médecins et volontaires, présentes depuis 2006 sur place, ont une grande expérience de cette région du monde particulièrement fragile.
L’urgence actuelle est de répondre aux besoins des personnes les plus exposées. Nos équipes travaillent à :
- Renforcer le système de soins dans sa capacité à prendre en charge des enfants de moins de 5 ans dont le taux de mortalité est l’un des plus élevé au monde.
- Dépister les cas de malnutrition et apporter les soins nécessaires, notamment la fourniture de compléments alimentaires aux personnes touchées.
Notre programme au Niger comprend ces opérations de secours mais aussi des actions de développement à plus long terme pour pouvoir enrayer la malnutrition chronique dont souffre le pays depuis plusieurs années : prévenir et sensibiliser la population aux pratiques nutritionnelles, d’hygiène et d’espacement des naissances ; formation des agents de santé à la prise en charge de la malnutrition.
Interview de Mamoudou Barro, coordinateur général au Niger.
Quel est le contexte géopolitique du Niger ?
Le Niger est situé en Afrique de l’Ouest et fait partie des pays du Sahel. C’est un pays immense de par son étendue, plus d’un million de km ² pour environ 12 millions d’habitants. Il est composé principalement d'Haoussa- l’ethnie majoritaire- de touaregs, d’arabes et de quelques autres minorités ethniques. Le pays vient de connaitre une transition liée à un coup d’état, où le président a été renversé. Depuis, des instances ont été mises en place pour établir ce qui va précéder l’organisation d’une démocratie.
Quelles sont les activités de Médecins du Monde au Niger ?
MdM intervient au Niger depuis 2006, nous sommes intervenus pour répondre à la crise alimentaire, dans un programme d’urgence et d’accès aux soins pour les plus vulnérables. Nous sommes principalement présents dans le district de Keita. Cette première intervention a été financée par l’Union Européenne à travers ECHO, elle a consisté à mettre en place des soins de qualité dans tous les centres de santé intégrés du Niger et de favoriser l’accès aux soins des plus vulnérables, en particulier les femmes enceintes,les enfants de moins 5 ans, les femmes en âge de procréer et celles devant bénéficier d’une contraception. MdM a saisi cette opportunité, qui est en fait une volonté politique affichée par le pouvoir pour se lancer dans cette phase de faciliter l’accès aux soins des populations à travers la levée des barrières financières, ce qui constitue un axe fort de plaidoyer chez MdM.
Quel est le niveau de précarité du pays ?
Le Niger fait partie des pays les plus pauvres du monde selon le PNUD. Nous intervenons dans des contrées où il existe un état de pauvreté avancé. Les saisons pluvieuses sont instables, il y a des années où la pluviométrie est bonne et d’autres où elle est catastrophique, ce fut le cas en 2009, d’où l’urgence de cette crise alimentaire. Le Niger est soumis à des aléas climatiques qui font qu’il peut y avoir des déficits alimentaires. La crise alimentaire évolue avec des pics, mais est cependant chronique.
Avez-vous déjà constaté des résultats des programmes sur le terrain ?
Nous avons commencé dans le district de Keita, à travers un projet d’appui global au fonctionnement sanitaire du district. Nous intervenons aussi sur un programme de Recherche-Action-Plaidoyer, dans trois districts - Keita, Abalak, Tchintabaraden - nous avons mené des recherches sur la participation communautaire, la distribution communautaire des contraceptifs, la nutrition communautaire à travers des foyers d’animation et de rééducation nutritionnelles. Cette recherche nous a permis de montrer qu’à travers une approche communautaire de distributions de contraceptifs, nous avons pu améliorer la prévalence contraceptive des femmes en âge de procréer. C’est un axe fort pour nous car il faut savoir que le taux de fécondité au Niger est l’un des plus élevés au monde, avec environ 7 enfants par femme. Ce taux élevé est un fardeau qui pèse sur les ménages aussi bien dans l’économie que dans la santé des femmes en général. Cette intervention nous a montré qu’il y a des potentialités d’améliorer cette couverture à travers cette approche et nous comptons la poursuivre pour l’implémenter de façon globale sur le district d’Abalak. Parallèlement, nous avons démarré une troisième intervention, pour répondre à la crise actuelle, c'est-à-dire l’urgence nutritionnelle, et là nous avons un projet de nutrition et d’appui sur trois districts de la région de Tahoua. Dans ce cadre, nous allons intervenir sur 46 centres de santé intégrés en développant des centres de récupération et de nutrition pour les malnutris sévères, et aussi dans trois hôpitaux pour les soins intensifs des malnutris graves et sévères. A travers ces trois projets, nous comptons réellement essayer d’améliorer et contribuer à l’amélioration de l’état de santé des populations. J’aimerais souligner que notre intervention à Keita, qui avait pour objectif d’améliorer l’accès aux soins des populations les plus vulnérables à travers un axe de levée des barrières financières, a porté fruit car grâce à la qualité des résultats obtenus nous avons pu décrocher un financement de quatre ans pour s’étendre sur deux autres pays du Sahel : le Mali et le Burkina Faso. Le projet Sahel (Niger, Mali, Burkina Faso) est aujourd’hui un projet phare chez MdM qui va s’attaquer à tous les mécanismes de levée des barrières financières de l’accès aux soins des populations de cette région.
Quels liens entretenez-vous avec les populations locales ?
MdM a toujours tenu compte du contexte national, nous nous sommes toujours appuyés sur les structures étatiques pour essayer d’accompagner tous les processus. Si je prends l’exemple de Keita, nous travaillons en cohésion et en parfaite harmonie avec l’équipe cadre du district de Keita, et aujourd’hui elle forme une même équipe avec le staff de MdM, nous exécutons pratiquement toutes les activités ensemble. Ce partenariat a été bénéfique pour implémenter des pratiques innovantes en termes d’accès aux soins. L’exemple le plus récent est une réflexion commune sur l’évacuation sanitaire pour les plus vulnérables, ce qui nous a permis d’avoir un fond pour les évacuations sanitaires. Les populations ont compris l’importance de la situation, elles ont soutenu notre démarche, à tel point qu’elles sont pour le maintien d’une cotisation minimale pour les cas les plus graves. Quant aux relatiosn avec la junte militaire, paradoxalement, tout se passe comme si on permettait à tout le monde d’apporter son potentiel dans la résolution des problèmes. Avant le coup d’état, il était impossible de parler de la crise alimentaire, aujourd’hui c'est différent.
Propos recueillis par Guillaume Gomis.
>> Découvrez l’interview audio de Mamoudou Barro sur l’antenne de Radio Solidaire, en cliquant ici.
juillet 2010
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Région de Tahoua, districts de Keita, Abalak et Tchintabaraden - programme long terme
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Mai 2011
* Source Pnud 2010
