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Améliorer la qualité des soins maternels par l'indépendance financière des femmes

Au Népal, les taux de mortalité maternelle et infantile sont parmi les plus élevés au monde. Dans le district de Sindhupalchowk, ces indicateurs de santé maternelle et reproductive affichent des résultats particulièrement alarmants : seulement 5 % des accouchements se déroulent dans des centres de santé (contre 20 % au niveau national). Au cours de l’année 2010, le contexte politique et sécuritaire est, de surcroît, demeuré fragile et instable. Si d’un côté la géographie du pays rend difficile l’accès aux soins pour les urgences obstétricales, de l’autre côté la déficience du système de santé après des années de conflit ne facilite pas les prises en charge sanitaires. MdM intervient dans le secteur de la santé et de la microfinance pour aider les femmes à accéder à l’indépendance.

Santé mère-enfant, une priorité

Rédaction : Flora Barré
Photos : Benoit Guénot

Article extrait du Journal destinés au Donateurs n°97 - Décembre 2009

Le Népal a le troisième taux de mortalité infantile le plus élevé au monde. A Sindhupalchok, depuis 2007, MdM tente de remédier au problème grâce à la microfinance et à la prévention sanitaire.

Manju, 36 ans, a donné naissance à ses cinq enfants chez elle dans une pièce isolée et sombre comme le veut la coutume. Dans le district de Sindhupalchok, 95% des femmes accouchent chez elles, rarement accompagnées d’une assistance médicale. À Chautara, l’hôpital a été partiellement détruit lors d’un assaut entre forces gouvernementales et armée maoïste. Il est aujourd’hui dans un état déplorable, les autres centres de soins manquent cruellement d’équipements et d’infirmières qualifiées. Médecins du Monde a deux priorités : améliorer l’offre de soins et surtout promouvoir le recours aux centres médicaux.

Améliorer le système de soins

Dans quelques semaines, la route sera rendue impraticable par la mousson. En attendant, elle permet de se rapprocher des villages qui, pour la plupart, ne sont accessibles que par des sentiers qui serpentent le long des champs. Dans le spartiate dispensaire de Shikharpur, le matériel fourni par MdM permet de pallier le manque de tout : pèse-bébé, table d’examen, kits stériles d’accouchement à domicile, fosses à placenta ou incinérateurs. Ramila, infirmière et sage-femme formée par MdM, aide les infirmières fonctionnaires du gouvernement. Malheureusement, le taux d’absentéisme est élevé, aussi la présence de Ramila est indispensable, tout comme celle des quatre autres sages-femmes de MdM qui partagent leur temps entre les différents dispensaires. Plus loin, au centre médical de Melamchi, Kalpana s’affaire autour d’un nouveau-né affecté par de graves problèmes respiratoires : « Lors d’une visite chez la future mère, j’ai compris que l’accouchement serait difficile et je l’ai convaincue de venir ici ; son fils n’aurait probablement pas survécu à un accouchement à domicile ». Mais un bon système de soins reste inutile si les femmes n’y ont pas recours, c’est pourquoi MdM a mis en place une approche originale de développement communautaire.

Microcrédit et prévention sanitaire

7h30 du matin, une vingtaine de femmes sont assises autour de la médiatrice, formée par MdM, et d’un consultant en microfinance. Entre un troupeau de chèvres et un petit temple, c’est la réunion mensuelle du Mother’s Group de Shikharpur. Dans les douze cantons couverts par la mission, les médiatrices ont mis en place 252 groupes, avec le double objectif de les amener à d es activités de micro-crédit et de les sensibiliser à la santé materno-infantile. Indira suit les réunions depuis dix-huit mois : « Avant, on coupait le cor- don ombilical avec n’importe quel couteau, ce qui pouvait entraîner des infections ; et on donnait un bain immédiatement après la naissance, même par temps froid, pour purifier l’enfant. Maintenant, j’agirai totalement différemment. »

Mais pour l’heure, toutes sont concentrées sur le module du jour consacré aux MST : la médiatrice montre des dessins, pose des questions, la discussion se fait à cœur ouvert. Les modules précédents, centrés sur les soins à apporter à un nourrisson et sur l’importance d’être suivie médicalement pendant la grossesse et l’accouchement avaient également retenu beaucoup d’attention. « Au début, les femmes venaient surtout pour les activités de microcrédit, et ne voyaient pas trop l’intérêt d’une sensibilisation à la santé reproductive, explique Sarswoti, médiatrice du canton de Bhimtar, maintenant c’est différent, elles sont en demande d’information et très actives lors des discussions. » Lors de la phase microcrédit de la réunion, chacune donne les quelques dizaines de roupies qu’elle souhaite mettre de côté, Lors de la phase microcrédit de la réunion, chacune donne les quelques dizaines de roupies qu’elle souhaite mettre de côté, consulte le solde de son compte, certaines remboursent un prêt effectué quelques mois plus tôt, d’autres font une demande d’emprunt. Quelques prêts servent à se soigner, mais l’idée est aussi de favoriser les activités génératrices de revenus : acheter des buffles, des chèvres, améliorer la fertilité des champs…Tout est consigné dans un registre tenu par la secrétaire et la trésorière, deux femmes du groupe.

Création de coopératives

À Bhimtar, c’est l’ébullition, une cinquantaine de femmes sont réunies pour le lancement de la coopérative. Le but est que chaque canton ait sa coopérative. Avec un statut légal, et des capacités financières supérieures à celles des Mother’s Groups, les coopératives doivent à terme s’autofinancer. Ishowri anime la réunion, il est coordinateur de programme du partenaire local de MdM. Il s’agit de finaliser la charte de la coopérative : chaque règle doit être approuvée ou rediscutée, les décisions sont prises de manière participative. Le parti maoïste avait promis de mieux financer les centres médicaux, ce qui ouvrait de bonnes perspectives, mais avec leur départ du gouvernement, la situation politique et les financements sont plus qu’incertains. En revanche, une certitude pour Ramala, enceinte de sept mois « Pour mon deuxième enfant, je me suis promis d’accoucher dans un centre de soins ».




Combiner microcrédit et santé : une approche novatrice

Médecins du Monde intervient dans la région montagneuse de Sindupalchowk où la pauvreté,l’isolement et les décennies de guerre civile ont eu des conséquences dramatiques sur la santé des femmes et des jeunes enfants. Dans cette région, 90% des femmes accouchent à leur domicile.

Depuis mai 2007, nos équipes organisent des séances d’éducation à la santé pour les sensibiliser au nécessaire suivi médical de leur grossesse et à l'importance d'accoucher dans des structures adaptées. Les centres de soins, très affectés par les années de conflits, sont rééquipés en tables d’accouchement et en médicaments. MdM forme également le personnel médical à la prise en charge des femmes et des nouveau-nés lors des accouchements comme à une meilleure détection des signes d'accouchements à risques pour orienter à temps les patientes vers les hôpitaux.


Au Népal, les taux de mortalité maternelle et infantile font partie des plus élevés au monde :
39 enfants sur 1 000 meurent avant 5 ans
740 femmes sur 100 000 meurent pendant ou des suites de l’accouchement selon le Rapport de l’OMS, (2003)


Témoignages

Muriel Ethvignot, responsable de la mission Népal pour MdM

« L’originalité de ce programme est d’utiliser l’intérêt que les femmes portent au microcrédit pour les faire venir dans les centres de santé ! Car ces femmes ne seraient certainement pas venues ici pour n’assister qu’à une séance d’éducation à la santé. Combiner le microcrédit à la santé, c’est leur donner la possibilité d'emprunter de l'argent pour des activités génératrices de revenus mais aussi pour payer leur transport à l’hôpital si des complications surviennent lors de l’accouchement. Elles pourront rembourser cette somme plus tard et petit à petit. C'est leur donner la possibilité de faire les bons choix au bon moment, et peut-être d'éviter le pire pour leurs vies et celle des leurs nouveau-nés. »

Nathalie Peters, coordinatrice de la mission MdM au Népal

"Elle choisit de mourir"

Quand nous demandons à la sage-femme traditionnelle du village si des femmes sont mortes dernièrement dans son district en donnant naissance à leur enfant, son visage s’assombrit et elle murmure : « il y a 4 mois… ». « On m’avait appelée tôt dans la matinée. Sujata avait accouché chez elle de son quatrième enfant. Sa belle-mère était venue me chercher. J’ai tout de suite compris que quelque chose n’allait pas et envoyait chercher de toute urgence l’agent de santé. Quand je suis arrivée chez Sujata, le sol était couvert de sang. Elle était toujours vivante mais ne pouvait plus ni tenir debout ni même s’asseoir. J’ai fait ce que j’ai pu pour convaincre la famille qu’elle devait être transportée immédiatement à l’hôpital. C’est difficile, vous savez… » Nous savons : nous avons mis plus de trois heures avant de traverser ce pont en bois instable sur la rivière et avons lutté encore deux heures pour grimper la montagne et atteindre le village. «Elle a besoin d’être transportée en doko jusqu’à la route pour ensuite appeler une ambulance. Ça coûte 1500 roupies. La famille de Sujata est pauvre. La famille a discuté pendant un moment. C’est son mari qui a pris la décision finale et qui m’a dit "elle choisit de mourir."»

Regard d'une femme : Geneviève Brisac, écrivain ("52 ou la seconde vie" - éditions de l’Olivier)

« Si vous ne respectez pas une reine proscrite, respectez une mère malheureuse.
 Voilà ce qu’on avait gravé sur la statue au milieu d’un jardin. Cela me revient aujourd’hui en mémoire. La phrase désabusée d’une femme persécutée. Il me semblait, enfant, que cette inscription concentrait toute l'inquiétude de mon âme. Les violences, le cynisme, la raison du plus fort et la haine. L’indifférence, les abus, les pogromes, les viols et les assassinats, le combat inégal entre la parole et la force, ce combat perdu d'avance, gagné d'avance, je les lisais et les relisais, quand j'avais sept ans sur le bas de la jupe de la reine de pierre. Regardant, les yeux dans les yeux, mes yeux plissés par les questions sans réponse plantés dans les yeux de papier tellement tristes de cette jeune femme du Népal que je ne connais pas, je me redis cette phrase comme un sortilège, comme une prière, comme un mantra. Nulle part, sur terre, on ne respecte les mères malheureuses, mais cela changera. Cela changera. Tel est le pouvoir irrésistible de la connaissance et de l’éducation des filles. Contre quoi on ne peut rien. Question de temps. D’entêtement et de temps. »

SERVICES COMBINES DE MICRO-FINANCE ET DE SANTE REPRODUCTIVE

District du Sindhupalchowk - programme long terme

LES ACTIVITÉS

Le programme vise à améliorer l’accès et la qualité des soins maternels, néonataux et obstétriques d’urgence, dispensés dans 10 centres de santé. MdM soutient par ailleurs des groupes de microfinance animés par des femmes issues de castes défavorisées. Ces services combinés contribuent largement à l’amélioration des services de santé du district de Sindhupalchowk. Ils permettent à la plupart des services d’urgence obstétrique de fonctionner 24 heures sur 24, au personnel médical de bénéficier de formations. Le recours au référencement est également accru. Les femmes reçoivent de l’information sur les risques liés à la grossesse et à l’accouchement et elles ont un meilleur accès aux soins prénataux. Ce programme favorise enfin la mobilisation communautaire, notamment concernant les questions de santé reproductive.

LES RESULTATS

60 professionnels de santé formés à la santé reproductive, 1 000 femmes sensibilisées, 10 000 foyers ayant accès à des fonds d’urgence obstétricale

LES PERSPECTIVES

Le programme couvrant 12 cantons depuis 2007 s’est terminé en décembre 2010. C’est désormais un nouveau programme qui démarre au sein de 10 nouveaux cantons du district de Sindhupalchowk.

  Espérance de vie : 67,5 ans
IDH : 0.428; rang : 138/169 *
Population 
Bénéficiaire : 4 500
Cible : 14 000
Personnel
National : 12
International : 1
Responsables :
Mission : Patrick Baguet
Terrain : Suzanne Stein
Siège : Valérie Brunel

Sources de financement :
Fondation Sanofi Espoir, Mitsui, Felissimo, MdM

Budget 2010 : 176 513 €.

Mai 2011

* Source : Pnud 2010

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