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A l'international

Egypte

Médecins du Monde forme les travailleurs sociaux et médicaux de 6 associations locales partenaires à une meilleure prise en charge médicale et psychosociale des enfants des rues.

L’Égypte se caractérise par une densité de population extrêmement élevée : 80 millions d’habitants se concentrent sur 6 % du territoire. Le Caire est ainsi la plus grande mégalopole d’Afrique et du Moyen-Orient, avec environ 20 millions d’habitants. L’accroissement démographique est important et explique la jeunesse de la population, dont un tiers a entre 0 et 14 ans. Des migrations rapides des zones rurales vers les zones urbaines accentuent la pression sur les villes égyptiennes comme Le Caire. Ces tendances, auxquelles se greffe une pauvreté persistante, participent au phénomène des enfants des rues qui reste endémique dans la capitale égyptienne. Depuis 2004, MdM est présent auprès de cette population vulnérable, pour laquelle MdM met en œuvre un programme de promotion de l’accès aux soins.

Révolutions arabes

En dépit des terribles pressions exercées sur son équipe pendant la révolution égyptienne, MdM a poursuivi son programme de soins de santé à long terme pour les enfants des rues du Caire. Alors que le mécontentement et la colère montaient chez les Egyptiens, son équipe a continué à venir en aide à ces enfants très vulnérables avec la collaboration de six ONG locales partenaires. Du fait de leurs conditions de vie, les enfants présentaient déjà des problèmes psychologiques et des troubles du comportement, mais ces problèmes ont été exacerbés par la crise qui secouait le pays. Ils ont été davantage exposés aux violences et aux dangers, et MdM a continué à défendre leur cause auprès des autorités sanitaires locales pour qu’elles ne les oublient pas durant la révolution.

“Etre un enfant de rue dans un endroit comme Le Caire, en particulier pendant la révolution, est une expérience terrible. En parlant avec ces enfants, j’ai entendu certaines des pires histoires de ma vie. Nous étions les seuls, pendant la montée du mouvement, à nous occuper de leurs besoins médicaux. Dans leur cas, nous prenions vraiment soin des “oubliés”.
Dr Rafik Bedoui, mission en Egypte


Promotion du Droit à la Santé des enfants des rues

Le Grand Caire - programme long terme

LES ACTIVITÉS

Le projet s’articule autour de trois objectifs majeurs d’intervention. Il s’agit d'abord de développer les connaissances, les attitudes et les pratiques des enfants des rues sur leur santé. Le second objectif est d'améliorer l’accès et la qualité des soins reçus par ces enfants, ainsi que la prévention, avec les ONG partenaires, les travailleurs sociaux et les psychologues. Enfin, le projet vise à renforcer la prise en charge médicale des enfants des rues par le renforcement des réseaux et des actions de plaidoyer.

LES RÉSULTATS

196 sessions d’Information, Education et Communication (IEC) en santé ont été conduites auprès de 1218 enfants, entre mars et juin 2011.

Quatre formations sur les aspects de santé spécifiques aux enfants des rues ont été organisées, d’avril à juin 2011. Un total de 92 travailleurs de santé y a pris part.

476 consultations pour des enfants des rues ont été réalisées à la clinique Basma, spécialisée dans l’accueil d’enfants des rues, entre janvier et juin 2011.

LES PERSPECTIVES

 La clôture de ce programme de MdM au Caire est prévue pour la fin avril 2012. Pour assurer la pérennité des résultats obtenus par MdM auprès des enfants des rues pendant ce programme, l’équipe se concentre actuellement sur le renforcement des capacités de ses partenaires locaux. L’objectif est que ces structures intègrent pleinement la couverture des besoins en santé des enfants des rues dans leurs programmes

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Espérance de vie : 70,5 ans
IDH : 0.620 ; rang : 101/169 *

* Source : Pnud 2010

Population 
Bénéficiaire : 3 600
Cible : 25 000
Personnel
National : 10
International : 2
Responsables :
Mission : Raul Heimann
Terrain : Marika Macco
Siège : Isabelle Bruand

Sources de financement : Drosos, MdM

Budget 2011 / 2012: 173 644 €.

Avril  2012

Faire de la protection de l’enfant une priorité : la Charte de Protection de l’Enfant de MdM en Egypte

Cécile Génot, Assistante Programmes et Communications pour le Moyen-Orient, Amman, Jordanie
Février 2012

Depuis 2005, MdM-France travaille en Egypte auprès des enfants des rues du Caire afin d’améliorer leur accès à la santé. Au contact de ce groupe vulnérable, l’équipe de MdM en Egypte a pris conscience de la nécessité de garantir la protection des enfants dans tous les aspects de son programme. C’est pourquoi MdM en Egypte s’est doté de sa propre Charte de protection de l’enfant, construite autour du principe selon lequel "protéger les enfants est la responsabilité de tous" et désormais appliquée à l’ensemble des activités de MdM en Egypte.

Créer un outil adapté aux activités de Médecins du Monde

Formée par Terre des Hommes aux politiques de protection de l’enfant, toute l’équipe de MdM en Egypte a participé à l’élaboration d’une Charte spécifique au programme. A l’issue de la formation, chacun maîtrisait les concepts et les outils relatifs à la protection de l’enfant et tous étaient prêts à travailler à la mise en place de leur propre Charte."Cette formation nous a donné la chance d’apprendre à manier ces outils nous-mêmes mais également d’appliquer de nouveaux concepts à notre terrain d’action", explique Marika Macco, coordinatrice générale de MdM en Egypte.
 
En conséquence, la Charte se base véritablement sur les activités de MdM au Caire, avec l’objectif de les appuyer et d’améliorer la façon dont elles sont conduites. Un ensemble de définitions et de principes permet d’abord d’identifier ce qu’est la protection de l’enfant. A partir de là, un Code de conduite précis a été mis en place, déterminant les choses à faire et à ne pas faire. Il couvre le droit de l’enfant à une vie privée, à l’information, à la participation à toute prise de décision le concernant. La Charte fournit également des outils concrets pour appliquer ces lignes directrices. Elle contient un mécanisme clair de référence en cas de maltraitance présumée d’un enfant, impliquant aussi bien un collaborateur de MdM qu’un membre d’une organisation partenaire. Enfin, tout nouveau collaborateur de MdM en Egypte doit signer la Charte dès son recrutement.

Faciliter le travail de Médecins du Monde sur le terrain avec des repères et dispositifs clairs

La Charte de protection de l’enfant de MdM en Egypte est d’abord destinée à l’équipe de MdM. Elle incite à une vigilance permanente et, en parallèle, décrit les moyens permettant de répondre à de potentiels abus. Ainsi, le préambule de la Charte affirme que "signer la Charte engage toute l’équipe à être constamment en alerte en termes d’observation et d’identification de toute situation potentiellement dangereuse pour les enfants[et] lui fournit les outils pour référer de maltraitances sur un enfant ainsi que les compétences pour engager l’action adéquate".

Depuis le début de son application courant 2011, la Charte a déjà démontré son utilité. Des membres de l’équipe de MdM avaient entendu parler d’un cas supposé de maltraitance sur un enfant dans une des ONG partenaires. Après enquête de MdM et de la direction de l’ONG, le dispositif de référence étape par étape a été suivi et la rumeur démentie. Pour le chargé d’information, communication et éducation de MdM, qui travaille quotidiennement avec les enfants et les ONG partenaires, "sans la Charte, nous n’aurions pas eu la légitimité nécessaire pour traiter ce cas".

Pour le Dr Nermeen Moharam, chargée de la santé mentale au sein de l’équipe de MdM en Egypte, cet exemple montre que la Charte peut être ‘un outil de changement des comportements’. Dans le même temps, elle explique que la Charte fournit une protection renforcée au personnel travaillant avec des enfants : "Avec la Charte, nous sommes sous supervision et il y a des règles claires que nous pouvons suivre, donc il y a aussi moins de risques pour nous d’être les victimes de fausses accusations".

Sensibiliser et échanger autour de la protection de l’enfant

Cette expérience dans l’élaboration et l’application sur le terrain d’une Charte de protection de l’enfanta permis à MdM de sensibiliser à cette problématique le personnel de centres de santé, en insistant sur le droit de tous les enfants à la santé. La protection de l’enfant, ainsi que les concepts et idées qui l’entourent, ont semblé complètement nouveaux pour les travailleurs de santé. Mais Marika Macco constate qu’à l’issue des formations "le personnel était très intéressé et partant pour commencer à appliquer ces nouvelles idées".

Des sessions d’échanges avec les ONG partenaires de MdM - dont beaucoup ont déjà leur propre Charte - ont été l’occasion de discuter d’expériences de terrain et de solutions pour des cas particulièrement difficiles. Alors que les ONG ne savent souvent que faire de cet outil une fois élaboré, l’objectif était de travailler ensemble sur l’application concrète de ces chartes de protection de l’enfant.‘Nous ne voulons pas sermonner qui que ce soit ou imposer quoi que ce soit, mais seulement participer à ancrer les connaissances et échanger sur des solutions’, explique Marika Macco. L’adoption de tels principes par un nombre croissant d’organisations pourrait même aider à "renforcer l’application de la loi égyptienne sur l’enfance", selon le Dr Ahmed Hisham, médecin formateur à MdM.

La mise en place de la Charte a aussi été un point de départ pour travailler avec les enfants sur leurs droits fondamentaux. Ils doivent être conscients qu’ils peuvent rapporter tout abus dont ils auraient souffert et qu’ils seront écoutés et protégés. Afin que les enfants comprennent cette idée, MdM a inclus la protection de l’enfant dans les messages transmis lors des sessions d’Information, Education et Communication (IEC), au même titre que la nutrition, ou la prévention des addictions. Pendant l’événement IEC qui s’est déroulé fin octobre 2011, des activités traitant de la protection de l’enfant ont également été proposées aux enfants participants.

La Charte de protection de l’enfant élaborée par MdM en Egypte, en tant que bonne pratique, peut servir d’exemple pour d’autres programmes de MdM impliquant des enfants. C’est un outil que les missions françaises comme internationales pourraient adapter et mettre en place pour leurs propres projets.

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Activités théâtrales et d’éducation à la santé pour les enfants des rues du Caire.

Annabelle QUENET
Journal destiné aux donateurs, n°99, décembre 2010

© Hajar Masoud'

Dans la matinée du 27 octobre, un îlot de tranquillité et de verdure au cœur même du Caire se remplit peu à peu des voix, des rires et des bruits de jeux d’enfants. Accompagnés par les travailleurs sociaux qui s’occupent d’eux au quotidien, environ 70 enfants des rues se regroupent bientôt autour des tables installées dans le jardin.

A chaque table, les enfants peuvent participer à une activité portant sur un thème de santé spécifique : hygiène, nutrition, estime de soi, droits de l’enfant, dépendance, tabac… Utilisant des techniques d’Information, Education et Communication (IEC) telles que des jeux, les travailleurs sociaux s’attachent à sensibiliser les enfants à différents messages de santé.

Ahmed, agé de 13 ans, est très enthousiaste : "J’ai beaucoup aimé parce que, maintenant, je sais de nouvelles choses. J’ai appris que fumer était mauvais pour la santé, que ça pouvait apporter de graves maladies comme le cancer".

L’événement IEC, organisé par l’équipe de Médecins du Monde au Caire, a été le temps fort de plusieurs mois d’activités régulières autour de l’IEC et de la santé, menées par MdM en coopération avec six ONG égyptiennes travaillant avec les enfants des rues. De mars à juin 2011, 196 sessions d’IEC ont eu lieu, avec 1218 enfants. Les travailleurs sociaux des ONG locales ont été formés par les responsables IEC, santé physique et santé mentale de MdM sur des outils de sensibilisation à la santé pour les enfants des rues.

© Hajar Masoud

Sali, qui travaille depuis neuf ans à Caritas, une des ONG partenaires de MdM, est positive au sujet de cette collaboration : ‘J’anime maintenant moi-même les activités d’IEC pour les enfants. MdM m’a donné énormément d’informations et m’a aidé sur tous les aspects liés au domaine de la santé parce que je ne suis pas médecin’. Ainsi, les enfants se sont-ils approprié plusieurs bonnes pratiques. Khalid, un garçon de 12 ans, a même ‘commencé à apprendre aux autres enfants ce qu’[il a] appris pendant les activités d’IEC’. 

L’événement IEC se conclut par la présentation d’une courte pièce de théâtre. Cette pièce est le résultat du travail de 18 enfants des rues et de six travailleurs sociaux, encadrés par trois professionnels du théâtre. Tous ont participé à un atelier théâtre organisé par MdM en septembre. Pendant quatre jours, ils ont appris à gérer, sur une scène, leurs corps, l’espace et les autres personnes présentes. Ils ont également été formés à raconter des histoires et à improviser de courtes scènes. ‘J’ai appris à ne pas tourner le dos au public et à ne pas rire sur scène’ dit Ahmad, âgé de 12 ans et participant à l’atelier.

© Hajar Masoud

Pour les enfants, ces nouvelles compétences sont des outils précieux pour s’exprimer et, en particulier, pour expliquer quels sont leurs besoins. Parvenir à parler de soi n’est bien souvent pas une évidence pour ces enfants, du fait de leurs conditions de vie difficiles et des différents problèmes psychologiques qui peuvent en découler. Aya, âgée de 14 ans, explique : ‘Au début, je me sentais mal à l’aise mais j’ai pu ensuite le surmonter’. Pour les enfants comme pour les travailleurs sociaux, préparer cette pièce a aussi été l’occasion de travailler en équipe. Comme le dit Hanaa, directrice de l’ONG Mawa, ‘nous avons travaillé ensemble pour avoir une bonne représentation. J’ai aimé l’intégration entre les travailleurs sociaux de différentes ONG, entre les enfants, sur scène’.



© Hajar Masoud

Et le résultat final a été un succès ! "Au début, j’avais peur parce que je pensais que la pièce était mauvaise et que les gens ne l'aimeraient pas. Mais, au final, c’était bien et les gens applaudissaient. Quand j’ai vu les gens contents, ça m’a rendu heureux. Et j’étais aussi heureux de l’intérieur", décrit Khalid, un des enfants des rues qui joue dans la pièce. Celle-ci s’inspire des propres histoires des enfants. Elle montre comment les enfants surmontent les obstacles dans leur vie, qu’ils soient liés à leur famille ou aux conditions de vie dans les rues. La pièce exprime également l’espoir de réintégration de ces enfants, par l’intermédiaire d’une ONG. Pendant toute la représentation, rires et applaudissement retentissent les enfants semblent avoir saisis certains des messages sur la santé contenus dans la pièce. "L’information reste dans leurs têtes’" affirme une travailleuse sociale.

Hajar Masoud'












Enfants des rues du Caire : accès aux soins en Egypte

Former et sensibiliser la communauté médicale contribue à créer au sein de la société égyptienne une empathie pour les enfants des rues.

Le rayon de soleil qui se faufile au travers des fenêtres conforte l'impression de calme qui se dégage de ce petit immeuble de Gizeh, faubourg de la capitale égyptienne, célèbre pour ses pyramides que l'on aperçoit au loin. La frénésie de la mégalopole du Moyen-Orient n'arrive pas jusqu'ici ; quelques enfants s'affairent patiemment sur leurs travaux de broderie."Cela favorise la concentration", commente Ibrahim Wafie, directeur de ce centre d'accueil pour les enfants des rues, géré par Caritas. Derrière une porte vitrée parviennent les échos d'une leçon d'anglais. Peinture, informatique, travail du bois et du verre font partie des activités proposées aux enfants. "Nous essayons de leur apprendre un métier", poursuit le responsable.

" Nombre d'organisations travaillent auprès des enfants des rues du Ca_ire", explique Marika Macco, coordinatrice du projet de MdM. Mais nous avons constaté que la prise en charge médicale et l'accès aux soins étaient lacunaires. Or la vie dans la rue les expose à la violence et à la maladie; nous avons donc installé chez nos 5 partenaires une unité de soins dont nous avons formé le personnel."

Une clinique dédiée

Depuis peu, un pas a été franchi grâce à l'ouverture d'une clinique dédiée aux enfants des rues au sein d'un grand hôpital universitaire du Caire. La clinique Basma ( Sourire en arabe), reçoit plus de 200 enfants tous les mois."Il a fallu batailler pour la faire accepter; les autres services ou les agents d'accueil craignaient que ces enfants créent des troubles", raconte le Dr Hana Abu el-Ghar, sa responsable." Mais aujourd'hui, la structure fonctionne. De plus, elle constitue un premier partenariat avec les autorités de santé qui renforce beaucoup notre crédibilité", conclut Marika Macco.

Annabelle QUENET

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