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Les principes fondateurs de Médecins du Monde sont déjà là ! S’ensuivront beaucoup d’autres projets plus ou moins importants, mais tous portés par des « médecins militants » ici et là-bas. 30 ans plus tard… Où en est-on? Dans un contexte de crise sociale et économique, les populations vulnérables continuent d’être les plus touchées par le nonaccès aux soins et la santé devient un produit de luxe même dans les pays développés. 30 ans après, les contextes dans lesquels les équipes MdM interviennent sont toujours plus complexes. Si nous voulons garder la liberté de choix de nos projets, apporter des soins et témoigner, notre indépendance vis-à-vis des agendas politiques, économiques ou militaires est cruciale. C’est bien grâce à votre soutien, gage de cette indépendance, que cette histoire continue.
Dr Olivier Bernard Président de MdM France
Dr Michel Degueldre Président de MdM Belgique
Dr Nago Humbert Président de MdM Suisse
Des boats people aux réfugiés du Darfour
En 1979, des divergences apparaissent à l'occasion de l 'opération "Un bateau pour le Vietnam", Bernard Kouchner défendant l'idée qu'il faut affréter un navire, avec à son bord médecins et journalistes, afin de pouvoir soigner et aussi témoigner des violations des droits de l'homme sur le terrain.
Cette opération est jugée trop médiatique par les autres dirigeants : Kouchner et une quinzaine de responsables quittent l'association pour fonder, en mars 1980, Médecins du Monde
LES ANNÉES 1980 : URGENCE LÀ-BAS, URGENCE ICI
Créé en 1980, Médecins du Monde intervient lors de grandes crises internationales et lutte aussi dès 1986 contre l’exclusion en France en ouvrant un centre de soins et le premier centre de dépistage du VIH, volontaire, anonyme et gratuit à Paris.
LES ANNÉES 1990 : AUGMENTATION DU NOMBRE DE MISSIONS
L’association connaît une croissance importante : à la fin des années 90, plus de 70 programmes sont mis en œuvre à travers le monde, dans plus de 50 pays. MdM développe également son action en matière de réduction des risques liés à l’usage de drogues
LES ANNÉES 2000 : MILITANTISME ENCORE, INDEPENDANCE TOUJOURS
La complexification de l’action humanitaire due à l’augmentation des interventions militaires sous couvert humanitaire conduit MdM à réaffirmer son militantisme et son indépendance tout en maintenant sa présence auprès des plus vulnérables
CHRONOLOGIE
- 1980 : Création de MdM en France sur le principe « aller là où les autres ne vont pas, témoigner de l’intolérable et travailler bénévolement »
- 1986 : Naissance de la Mission France et création d’un premier centre d’accueil, de soins et d’orientation gratuits à Paris. Création d’un premier centre de dépistage VIH
- 1990 : A New York, l’Assemblée générale des Nations Unies vote à l’initiative de la France une résolution qui légitime le « droit d’ingérence humanitaire »
- 1999 : Interventions au Kosovo, au Timor et en Tchétchénie
- 2005 : Interventions en Indonésie et au Sri Lanka suite au tsunami
- 2007 : Publication du 1er rapport de l’observatoire européen de l’accès aux soins
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2008 : Madagascar, soutien au personnel de santé après le cyclone Ivan
Soudan, réouverture du programme de soins au Darfour
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2009 : Mayotte, ouverture d’un centre de soins pédiatriques
Sahel, nutrition et gratuité des soins (Mali, Niger et Burkina Faso)
Gaza, urgence après l’offensive militaire israélienne
- 2010 :12 janvier
Un séisme dévastateur frappe Haïti, faisant plus de 250 000 morts, 300 000 blessés et 1,3 million de sans-abri. Médecins du Monde met immédiatement en place une mission d’urgence. L’association envoie sur place une équipe composée de médecins, chirurgiens, infirmiers, logisticiens. Cette équipe sera en mesure de gérer les premiers secours et de prendre en charge des opérations chirurgicales, mais aussi d’évaluer les besoins non couverts. Des consultations dans des cliniques mobiles sont également organisées à Port-au-Prince et à Cité-Soleil.
Suite de l'année 2010 ...
- 2011
INTERNATIONAL
12 janvier : Haïti, un an après
Un an après, la reconstruction tant attendue n’a toujours pas commencé, laissant les Haïtiens dans une situation précaire. Les équipes de Médecins du Monde assurent à la population un accès aux soins de santé primaires et mènent des actions de prévention et de prise en charge des cas de choléra.
FRANCE
1er février : Mayotte
Le 101e département français ne dispose ni de la couverture maladie universelle (CMU) ni de l’Aide médicale d’État (AME). Médecins du Monde alerte sur les conséquences sanitaires des politiques migratoires menées dans l’île.
URGENCE
11 mars 2011 : Japon
À la suite du séisme et du tsunami qui ont frappé le Japon le 11 mars 2011, Médecins du Monde a étudié dès les premiers jours les modalités d’action et les zones d’intervention permettant à l’association de venir en aide aux habitants des zones sinistrées. Médecins du Monde Japon mène depuis avril 2011 un programme humanitaire de soins de santé primaires et psychologiques dans la ville d’Otsuchi, située dans le nord-est du pays.
Février - mars 2011 : Révolutions arabes
La vague de protestations qui a balayé le régime de Ben Ali, en Tunisie, s’est étendue à d’autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Ces mouvements, impulsés par la jeunesse, ont été durement réprimés par les gouvernements autocratiques. Présent dans le camp de transit installé près de la frontière tuniso-libyenne ainsi qu’à la frontière égyptienne, MdM aide les personnes fuyant la Libye
7 avril : Journée mondiale de la santé
LA SANTÉ N’EST PAS UN LUXE !
Chaque année, plus de 100 millions de personnes basculent dans la pauvreté à la suite de dépenses de santé trop lourdes.
Face à l’aggravation des inégalités en santé, MdM s’est installé au centre de Paris, place du Palais-Royal, pour réaffirmer que la santé n’est pas et ne doit pas être un produit de luxe !
Limousines-ambulances pour transporter brancards et médecins, vitrines blindées pour présenter des médicaments, des stéthoscopes, des vaccins et des cartes Vitale « Gold », devenus désormais des objets précieux… Une mise en scène visuelle et symbolique.
26 juillet
PARIAS : LES RROMS EN FRANCE
Le 30 juillet 2010 à Grenoble, Nicolas Sarkozy annonce une politique d’expulsions systématiques à l’encontre des Rroms, les désignant comme responsables de problèmes sécuritaires.
Un an après, les équipes de MdM qui interviennent à Marseille, Bordeaux, Lyon ou en Île-de-France font face à une situation aggravée : expulsions multipliées, dégradation des conditions de vie des Rroms, qui vivent dans un climat de peur alimenté par des intimidations répétées, des procédures administratives de reconduites à la frontière irrégulières, des gardes à vue non justifiées. Une situation qui génère des problèmes sanitaires chroniques, entraînant ruptures de soins et éloignement du système de santé.
Dans ce contexte, Médecins du Monde a rendu public les résultats de la première enquête menée sur la couverture vaccinale des Rroms, adultes et enfants, en France.
26 septembre
G20 : LES EFFETS POSITIFS DE LA GRATUITÉ DES SOINS AU NIGER
Médecins du Monde se mobilise pour interpeller les leaders du G20, dans le cadre de la campagne « La santé n’est pas un luxe ». Sur la base d’un rapport expliquant les effets positifs de la gratuité des soins au Niger, MdM montre que l’introduction de politiques d’exemption de paiement pour tout ou partie de la population améliore l’accès aux soins et apporte une protection financière non négligeable face au risque de maladie. L’objectif est de faire figurer un engagement simple dans la déclaration finale du G20 : la santé n’est pas un luxe, une couverture maladie doit être mise en place pour les plus pauvres.
17 octobre
KRACH SANITAIRE
À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, Médecins du Monde publie son baromètre annuel de l’accès aux soins des plus démunis en France. Ces derniers subissent les conséquences d’un double choix politique : le démantèlement du système de santé solidaire d’une part et l’impact sur la santé des politiques sécuritaires d’autre part. Au moment où le débat sur le système de santé solidaire s’invite dans la campagne de la présidentielle 2012, Médecins du Monde alerte sur le risque de crise sanitaire et humanitaire en France et interpelle les futurs candidats.
La période de guerre civile (1989-1996) qui a succédé à l’occupation soviétique, puis à la chute du gouvernement communiste de Kaboul en 1992, a renforcé cette tendance : au plus fort des combats entre seigneurs de guerre, mais aussi entre moudjahidines et talibans, au cours de l’année 1994, la production battait un premier record à 3 400 tonnes. Il est vrai que la diminution progressive du soutien matériel et financier américain aux anciens « combattants de la liberté »1, suite à l’effondrement de l’URSS, renforçait la nécessité de se procurer des ressources de façon autonome. C’est la fin du deuxième acte.
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L’économie de l’opium, colonne vertébrale de l’Afghanistan
Outre sa dimension de source de revenu, l’opium s’est donc instillé plus largement dans le système économique et financier afghan. Il est venu pallier l’insuffisance d’un système bancaire formel en servant de monnaie d’échange. Plus profondément, une partie des masses financières générées par la production et le commerce d’opiacés s’est fondue dans le système afghan traditionnel de transfert de fonds basé sur la confiance entre les individus et sans trace comptable – c’est la règle économique sur les bazars depuis des siècles (le système hawala). Pour donner une idée des masses financières concernées par ces transferts, citons un chiffre : l’équivalent de plus de 180 millions de dollars, sous forme de valises de billets, serait parti pour Dubaï en juillet-août 2009 à raison de six vols aller-retour par jour ; en extrapolant à l’année, on arriverait à une somme comprise entre 875 millions et un milliard de dollars (Higgins, 25 février 2010).
Toutes ces sommes ne proviennent vraisemblablement pas des revenus illicites tirés du trafic de drogues, mais ce dernier joue très certainement une part essentielle dans le total. Prenant une place de plus en plus importante, l’opium est progressivement apparu au centre d’une économie de prêt à taux usurier qui renforçait la dépendance des fermiers afghans. Ainsi, des prêteurs pouvaient avancer les sommes nécessaires à l’achat des matières premières avant la plantation, qui démarre généralement en octobre, les fermiers devant rétrocéder leur récolte à prix fixés à l’avance, que l’échange se fasse en liquide ou en nature. De fait, avec l’augmentation de la valeur monétaire de l’opium produit, un tel système équivalait à pratiquer des taux d’intérêt extrêmement élevés. Une étude des Nations unies menée à la fin des années quatre-vingt-dix montrait que la charge financière de ces taux d’intérêt pouvait s’élever jusqu’à 500 % pour les fermiers les plus pauvres, et donc les plus endettés.
L’économie de l’opium et des opiacés (ainsi que celle des drogues illicites en général) est certainement une des économies dont la profitabilité est la plus élevée au monde. Le prix de rue du gramme d’héroïne produit en Afghanistan, avec une pureté de 50 à 60 %, est d’environ 2 à 3 dollars. Le même gramme, revendu au terme des routes de trafic après avoir été coupé par les différents intermédiaires, est revendu environ 70 dollars dans les faubourgs des villes françaises, avec une pureté bien moindre (3 % à 5 %). La marge de bénéfice net est quasi immédiate. Cette économie détrône, dans sa rentabilité, celle des hedges funds et autres spéculations financières…
Bien sûr, la dynamique économique propre au contexte politique afghan ne saurait expliquer à elle seule la place que l’opium a prise dans l’économie du pays. Comme dans tout système économique, les contraintes d’environnement et les relations avec les agents économiques extérieurs sont à prendre en compte pour expliquer le phénomène qui vient d’être décrit. Des facteurs externes à l’Afghanistan ont bien évidemment permis à ce pays d’occuper, en moins de trente ans, cette place majeure dans le marché mondial de la production et du trafic d’opium illégal, selon le bon vieux principe des vases communicants.
Ces facteurs sont de deux ordres. D’un côté, les sources habituelles d’approvisionnement en opium se sont progressivement taries au cours des années soixante-dix : la Turquie en a d’abord interdit la production sur son territoire en 1972, tout comme le Pakistan puis enfin l’Iran après la révolution islamique de 1979. Cette désorganisation du marché fut rapidement compensée par une montée en puissance des pays d’Asie du Sud-Est, le fameux Triangle d’Or (Laos, Thaïlande, Birmanie) qui avait déjà une activité de production. De l’autre côté, des politiques répressives importantes et contraires aux droits humains, alliées à des campagnes de pacification de certaines zones en rébellion dans les territoires de ces pays occupés par des minorités ethniques ou politiques, ont conduit à un amoindrissement de la production en Thaïlande et au Laos. Cet effet a joué aussi, mais dans une moindre mesure en Birmanie. (...)
Guerre à la drogue ou guerre aux drogués : le quotidien des usagers de drogues afghans
Par : Olivier Vandecasteele, coordinateur MdM en Afghanistan
Extrait du livre : Afghanistan Gagner les cœurs et les esprits (Sous la direction de Pierre Micheletti)
