Revue humanitaire Hors Série n°2 - été 2005 - quelle santé pour les migrants en europe ?
Sommaire
Préface par Louis Merma
Introduction
I - Migrants en danger
- Les coups portés au droit d’asile : symptôme d’une attaque plus globale des droits des migrants ?, par Patrick Delouvin
- Le réfugié est-il un migrant ?, par Shana Kaninda
- Clandestins et sans papiers à l’épreuve de l’Etat national et l’espace européen, par Smaïn Laacher
- Les migrants : victimes d’une idéologie déshumanisante ?, Par Serge Châlons
- Lieux de privation de liberté : quels problèmes éthiques, quelles modalités pratiques ?, par Claire Rodier
- La présence de l’Anafé en zone d’attente de Roissy Charles- de-Gaulle, par Caroline Maillary
- Intervention d’une ONG dans un lieu de privation de liberté l’exemple de la Cimade en France en rétention administrative, par Marie Henocq
- Les migrants subsahariens au Maroc, par Hicham Rachidi
- Les conditions de vie des populations migrantes à Tamanrasset, par Nicolas Séris
- Travailleurs migrants, demandeurs d’asile et réfugiés incarcérés au Liban, par Bérangère Martin
- Comment améliorer la santé des migrants en Europe ?, par Hélène Flautre
- La mise en place de l’Observatoire européen de l’accès aux soins, par Nadège Drouot et Nathalie Simonnot
II - Le statut juridique comme déterminant de l’accès aux soins
- Exigence de la preuve et certificat médical : la place du soignant dans les parcours des demandeurs d’asile
- Sans papiers et clandestins
- Droit au séjour pour raison médicale : l’article 12bis, 11ème de l’ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée
III - Du cas administratif au cas individuel
- Les migrants et le VIH/ Sida : vécu de la maladie et prévention de proximité. Nouveaux modes de migration : quelle articulation avec l’activité prostitutionnelle ?
- Spécificité de l’accueil et prise en charge psychologique des migrants
- La prise en charge globale des femmes enceintes en situation irrégulière
- De la rue aux urgences de l’hôpital, quelle prise en charge des migrants en grève de la faim ?
IV - Approches géographiques et spécifiques
- Santé maternelle et infantile chez les Roms
- Contexte migratoire et parcours à l’international des Tchétchènes
- Actions spécifiques pour les Chinois : nécessaire adaptation ou communautarisme ?
- L’immigration maghrébine, entre mythes et réalités
V - Conclusion - Faire avancer le droit
Post-scriptum - Le travail politique des militants de la santé, par Didier Fassin
Glossaire
Regard de photographe - Vincent Staub
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Introduction La santé des sans-papiers et des demandeurs d’asile en Europe Par Françoise Jeanson, présidente de Médecins du Monde et Fabrice Giraux, membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde, référent dossier Migrants Traiter sous l’angle sanitaire la question des sanspapiers et des migrants en Europe peut paraître au premier abord surprenant. D’abord, parce que la sociologie des centres de rétention comme le profil des demandeurs d’asile mais aussi les documentairestraitant de ces sujets nous montrent un candidat à l’exil plutôt jeune et de bonne condition physique. Ce sont, il est vrai, des exigences incontournables pour quiconque s’apprête à franchir les nombreux obstacles qui barrent la route vers l’Europe. De plus, une fois arrivé, il faut pouvoir vendre rapidement sa force de travail pour rembourser le prix du voyage certes, mais aussi pour se loger, se nourrir, bref pour survivre. Le voyage comme le séjour ne sont pas gratuits. Ensuite, parce que se préoccuper de l’accès aux soins des migrants c’est prendre le risque du traitement, a priori décalé, d’une question éminemment politique dans un débat dont l’unique préoccupation semble porter sur la gestion des flux : renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’Europe, restriction dans l’attribution des visas, accélération des procédures de renvoi des sans-papiers, tentatives d’externalisation du traitement de la demande d’asile, établissement de nouvelles lois concernant les étrangers dans le sens d’un durcissement du droit au séjour, etc. Et sous cet angle, le traitement de la question des migrations en Europe semble remporter un certain « succès » depuis septembre 2001… Le HCR ne rappelait-il pas récemment que le nombre de demandeurs d’asile avait chuté en 2004 de presque un tiers en Europe égalant ainsi les taux d’il y a vingt ans ? Pourtant, les ONG ne manquent pas de souligner que ces chiffres cachent une autre réalité. C’est un fait, malgré des contrôles renforcés, les candidats à l’exil entreprennent quand même le voyage, dans des conditions pourtant extrêmement périlleuses. Mais face à des procédures de plus en plus expéditives, nombreux sont ceux qui, une fois arrivés,renoncent à formuler une demande d’asile, disparaissant ainsi des statistiques pour devenir des sans-papiers vivant dans des conditions de plus en plus difficiles. Sans existence légale, ces sans-papiers ne sont pourtant pas sans besoin. Médecins du Monde les rencontre de plus en plus souvent dans ces Centres d’Accueil, de Soins et d’Orientations (CASO) ou à travers des actions spécifiques menées partout en France et aussi, depuis quelques années, dans plusieurs villes européennes comme Londres, Amsterdam, Madrid ou Rome. Si nous intervenons auprès de cette population, en tant que Médecins du Monde, ce n’est pas au nom d’un positionnement politique ou en référence à un droit fondamental qui serait celui de traverser les frontières, de se déplacer et de circuler librement. Si nous le faisons c’est que les migrants que nous rencontrons, sont les pauvres parmi les plus pauvres de nos cités. Si nous le faisons, c’est que nous constatons systématiquement que les exilés qui arrivent en Europe n’ont pas ou ont de moins en moins accès aux droits et notamment à ceux à la santé et aux soins. Partout en effet, l’accès aux soins est rendu difficile par des mesures discriminatoires séparant ceux qui disposent d’un titre de séjour de ceux qui n’en ont pas. Ainsi, la plupart des pays européens ont fait le choix d’un accès différencié suivant qu’on est demandeur d’asile, sans papier ou résident européen. Dans certains pays de l’Union européenne, seule l’action des associations permet aux sans-papiers de bénéficier d’une prise en charge médicale. Dans d’autres, seuls certains groupes, femmes enceintes, enfants mineurs peuvent bénéficier d’un suivi médical indépendamment de leur statut administratif. Quant à la prévention, elle est partout réduite, en règle générale, à sa plus simple expression. Pourtant, quel que soit le statut administratif, la pauvreté, les conditions de vie et l’existence de pathologies spécifiques ou particulièrement fréquentes dans les pays d’origines font des sans-papiers et des demandeurs d’asile des groupes particulièrement vulnérables en termes de santé. Il arrive parfois qu’au sein d’un même cadre national, la variété des situations oblige à des approches spécifiques : quels points communs, en effet, entre le demandeur d’asile tchétchène que nous rencontrons au CASO de Nice, l’exilée chinoise rencontrée à Paris dans le cadre de la mission prostitution et le travailleur marocain arrivant à Marseille après un passage par le camp de rétention de Lampedusa ? Ont-ils les mêmes besoins ? Les demandes sont-elles les mêmes et surtout, les approches peuvent-elles être communes quand les besoins s’expriment dans des contextes aussi différents ? Enfin, sur certains sujets et en particulier celui des camps qui se construisent aux portes de l’Europe, il nous faut admettre notre difficulté à bâtir des interventions répondant à la fois aux besoins des personnes qui y sont enfermées et à l’impératif éthique de ce type d’intervention. N’y a t-il pas, en effet, le risque de cautionner ces dispositifs en y intervenant comme prestataire de services de santé ? Comment garder notre liberté de parole tout en continuant à travailler auprès des migrants dans des camps voulus par les Etats ? Comment être efficace quand la souffrance que nous constatons trouve sa source au moins en partie dans l’inhumanité des dispositifs eux-mêmes ? Ce numéro hors série de la revue Humanitaire est consacré à la santé des sans-papiers et des demandeurs d’asile dans l’Union européenne. Il s’appuie essentiellement sur les ateliers migrants organisés par Médecins du Monde en décembre 2004. Il prend aussi en compte l’avancée des premiers travaux de l’observatoire de l’accès aux soins des sans papiers en Europe mis en place par l’association au cours de l’année ainsi que les contributions de deux « grands témoins », Didier Fassin et Louis Mermaz, engagés de longue date sur ces questions, l’un en tant que médecin et chercheur engagé, l’autre en tant qu’homme politique |