Top menu



Home / / / Pas de papiers, pas de santé ?



Our missions

Vulnerable Migrants

Recent legislation on immigration has led to further deterioration in the living conditions of foreign nationals living
in France.

Thematiques

Les migrants, ces indésirables universels

Parce que les migrants font partie des populations les plus vulnérables et afin de faciliter leur accès aux soins, MdM développe des programmes spécifiques dans les pays où il est présent. Sans oublier de plaider pour la reconnaissance de leur droit à la santé.

Press

25/09/2007 First European Observatory o access to Health Care

The "Health and Migrations in the EU" conference will be held in Lisbon on 27and 28 September 2007 under the auspices of the Portuguese presidency. It will bring together health ministers from across the European Union, each of whom will be presented with a set of 25 “best practices” in the field of migration and health care. Featured among them will be the European study performed by Médecins du Monde on access to health care for undocumented migrants.

Publication

24/09/2007 Rapport - European survey on undocumented migrant's access to health care

The European Union now has 27 countries. Some have long been prosperous, whereas others are emerging from decades of poverty and have briskly growing economies.The goal is to create a free-trade zone fostering the wealth of all, but it must include fighting against pockets of poverty and precariousness that are still too common.


Tribune   Pas de papiers, pas de santé ?


Il est naturel de vouloir bénéficier du meilleur état de santé possible et des meilleures conditions pour être soigné.

A cette fin Mme X., qui vit en Angleterre, s’est fait poser une prothèse de hanche à Valence en Espagne : compétence du chirurgien, qualité de l’accueil, rapidité des soins, coûts nettement inférieurs à ceux d’une clinique privée à Londres… Elle en est enchantée.

Ce n’est qu’un exemple du tourisme médical intra européen qui se développe depuis plusieurs années. Il est facilité par la libre circulation des personnes, l’extension européenne des couvertures maladies, l’aisance financière de nombre de malades, mais aussi la privatisation de services sanitaires, et la moindre qualité ou disponibilité de certains systèmes de santé.

Rien à voir a priori avec la santé des personnes qui, rejoignant l’Europe pour fuir conflits, oppression et pauvreté des pays du sud, se retrouvent ici sans ressources et sans soins. Et pourtant, dès lors que nous demandons une couverture maladie effectivement universelle, qui permettrait aux migrants les plus pauvres un accès aux soins de qualité, se dresse le spectre d’un « tourisme médical mondial, payé par le contribuable européen ».

Or il s’agit d’un pur fantasme. Ces personnes ne quittent pas leur pays, leur famille, leurs proches, tout un passé par plaisir ou pour se faire soigner. Ils fuient la guerre, l’oppression, la misère. Et, l’Espagne, la France et l’Italie, qui en Europe sont les pays qui accordent le meilleur accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière, ne sont pas submergés par des vagues de sans papiers malades, risquant leur vie dans les chaloupes des passeurs pour venir se faire soigner. Les exilés sans papiers que rencontrent les équipes de Médecins du Monde implantées dans 11 pays de l’Union Européenne, ne vont se faire soigner qu’en toute dernière extrémité, parfois trop tard. Ainsi 94% de ceux qui sont porteurs du virus de l’hépatite C ou B, ne l’apprennent qu’une fois arrivés en Europe, souvent même longtemps après[1].

Et ils auraient bien tort de migrer pour être soignés… Car les possibilités de bénéficier de soins quand on est pauvre sont bien maigres. La première étude de terrain sur l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière dans 7 pays d’Europe que publie Médecins du Monde est éloquente : si dans les textes, 78% des personnes interrogées devraient avoir un accès à un minimum de soins gratuits, ce ne sont que 24% d’entre elles qui en bénéficient effectivement. D’ailleurs plus du tiers ignorent qu’elles pourraient bénéficier de soins. La moitié méconnaît les possibilités de vaccination, de dépistage ou de traitement du SIDA.

Tout se passe comme si certains Etats, mis dans l’obligation de répondre aux exigences européennes d’égalité des soins, légiféraient en ce sens, et ainsi dédouanés, se gardaient bien de faire appliquer les lois votées. En contre exemple, la Grèce n’accorde quasiment aucun soins aux sans papiers. Elle est totalement dans l’illégalité vis à vis de la charte sociale européenne. Quant à l’Allemagne, en ne donnant pas droit à la même couverture maladie aux demandeurs d’asile qu’à ses propres ressortissants, elle enfreint les conventions de Genève sur le droit d’asile.

Cette carence de soins est lourde de conséquences, car elle touche les personnes parmi les plus vulnérables et les plus discriminées, celles qui vivent dans les pires conditions. La moitié d’entre elles n’a pas de logement fixe, toutes vivent avec des revenus très faibles, voire sans. Ce sont donc celles qui courent le plus de risques d’être malades.

L’Europe peut elle tolérer de laisser survivre, ou sous vivre des centaines de milliers de personnes dans de telles conditions de santé ? Non, elle doit impérativement s’organiser pour que toutes puissent avoir le même accès aux soins que ses ressortissants. Pour ce faire, seules des normes contraignantes, mises en œuvre, évaluées et contrôlées seront efficaces. Leur élaboration et leur application doivent être un enjeu des prochaines présidences.

Enfin, non seulement nous soignons peu ou mal ceux qui vivent chez nous, mais quand ils souffrent de maladies graves, potentiellement invalidantes ou létales, de nombreux pays n’hésitent pas à les renvoyer dans leur pays d’origine. Or tout le monde sait, et notamment les équipes de MDM qui y travaillent depuis près de 30 ans, que les systèmes de santé y sont pour la plupart totalement défaillants, et l’accès aux soins bien souvent impossible. Renvoyer des personnes atteintes de cancer, de SIDA, de diabète, dans ces pays revient à les condamner à mort.

Il faut donc que les Institutions Européennes imposent aux Etats membres de ne pas expulser, de régulariser et de fournir les soins nécessaires aux étrangers gravement malades qui ne peuvent avoir un accès effectif aux traitements appropriés dans leur pays.

Cela démontrerait que l’Europe ne considère pas que certaines vies ont moins de valeur que d’autres.

Les Présidents des 11 délégations de Médecins du Monde en Europe

-------------------------------------
(1) La santé des exilés, rapport 2006 du Comède, www.comede.org