Lettre L'action de Médecins du Monde auprès des SDF de Paris
La mission SDF de Paris, après 13 années à attendre des solutions de prise en charge durables pour les personnes sans abris, propose l'hiver dernier à l'association de poser un acte symbolique fort pour dire: Assez de cautionner un système d'hébergement d'urgence qui remet sans cesse les gens dans la rue en les rendant malades à terme, faute de lieux de vie stables.
Les autres missions SDF de Médecins du Monde dans différentes régions partageaient déjà ce constat et soutiennent le principe de l'action " A défaut d'un toit, une toile de tente".
Le 21 décembre 2005 avec le lancement de l'opération « tentes igloos », « A défaut d'un toit, une toile de tente », MDM agit avec conviction et persévérance pour qu'enfin le refus des personnes sans abris de se rendre dans les centres d'hébergement d'urgence soit entendu par les décideurs politiques et compris par le grand public. En agissant ainsi, MDM plaide pour la création en nombre d'hébergements durables et de logements, la remise à plat du système d'hébergement d'urgence et des moyens d'aides constants tout au long de l'année.
Le conseil d'administration, dans son ensemble, donne son accord à cette action, adhère au bien fondé des objectifs fixés et débloque les moyens financiers nécessaires pour le développement opérationnel de celle-ci.
En attendant que des solutions adaptées et en nombre soient trouvées, MDM distribuera des tentes igloos afin d'offrir un petit abri transitoire à des sans abris dormant sur le trottoir et refusant d'aller en CHU.
Chaque tente devient ainsi une balise de détresse incontournable et à la vue de tous.
Pendant l'hiver, les fenêtres fermées font barrière aux "bruits" et aux "odeurs désagréables" provoqués, selon certains, par les sans abris. Les consciences rassurées et soulagées des riverains bénissent les tentes igloos de MDM.
Les beaux jours arrivant, les fenêtres s'ouvrant, ces « pestiférés » de la rue, « sales » , « alcooliques », « violents », « dangereux », se regroupant, doivent dégager le plancher et retourner sur le bitume, plus inconfortable. Ainsi plus affaiblis, plus fatigués car victime du manque de sommeil, découragés, ils se feront moins entendre. Et surtout ils n'auront pas d'énergie pour se regrouper autour des tentes, papoter, rire, échanger, casser la croûte ensemble et recréer des liens sociaux.
La polémique s'installe, et suscite de fortes réactions pendant l'été. Un nombre indéterminé de riverains se plaint, quelques associations s'attaquent au bien fondé des tentes, ainsi que le président du Samu social et le président de l'association des médecins urgentistes hospitaliers de France, « Paris Plage » fait déplacer des tentes et après avoir recueilli des témoignages, il s'avère que des services de nettoyage de la ville font décamper des gens et prennent les tentes portant le logo de MDM.
Une médiatrice a été nommée par le gouvernement pour régler le problème des tentes de MDM et faire un état des lieux des structures d'hébergements existantes.
Mission accomplie dans un premier temps : le gouvernement débloque en urgence des moyens supplémentaires, admet l'urgence d'ouvrir des structures d'hébergements durables et stables, d'uvrer pour l'accès au logement et recule face a sa première intention de faire retirer les tentes de MDM en accord avec le rapport de la médiatrice.
La société civile emboîte le pas et enfin l'hébergement d'urgence est fortement remis en cause en tant que solution de dépannage à répétition, proposé aux personnes sans toit depuis des années. Des journalistes, des sociologues, des hommes politiques, des partis politiques, des mouvements de solidarité pour les sans abris, plusieurs sites d'internautes, des citoyens s'expriment.
Dans un second temps s'impose pour MDM la nécessité de rester vigilant à l'application des mesures annoncées.
La distribution maîtrisée des tentes igloos continuera faute d'autres solutions à proposer: nous retirerons une tente chaque fois que nous trouverons une solution durable pour la personne abritée sous la tente.
C'est bien un acte de soins et de protection que MDM a acté dans cette démarche.
Graciela Robert, Responsable de la Mission MdM auprès des SDF
Mars 2006