Mission Agir face aux violences faites aux femmes

CHIFFRES

» 5 Programmes en Afrique : Algérie, Liberia, République démocratique du Congo, Soudan/Darfour, Egypte.

» 1 Programme en Asie : Pakistan.
» 2 Programmes en Europe : France, Moldavie.
» 4 Programmes en Amériques : Haïti, Pérou, Guatemala, Nicaragua.
» 1 Programmes au Moyen-orient : Territoires palestiniens
» 3 Millions d’euros de budget au total pour ces missions en 2006

Une urgence politique et un défi de santé publique

Médecins du Monde et « 6 Milliards d’Autres », un projet de Yann Arthus-Bertrand

Qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques ou institutionnelles, les violences faites aux femmes constituent une violation des droits humains fondamentaux. Dans le monde, au moins 1 femme sur 3 a été battue, contrainte d’avoir des rapports sexuels, ou a subi d’autres formes de sévices au cours de sa vie. La violence est la principale cause de décès ou d’incapacité pour les femmes âgées de 15 à 44 ans.

Des violences partout dans le monde

Les violences faites aux femmes sont endémiques et touchent autant les pays en développement que les pays développées, dans chaque région, chaque société, chaque culture. Elle peut être perpétrée à l’intérieur de la famille, au sein du groupe social, de la communauté, ou encore commise au cours d’un conflit armé. Le viol devient alors une véritable arme de guerre. Selon la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes de l’Assemblée générale des Nations Unies, cinq types de violences sont définis comme tels :

▪ les violences physiques
▪ les violences sexuelles (viol, harcèlement, exploitation sexuelle…)
▪ les violences morales et psychologiques
▪ les violences économiques et sociales (accès aux soins, à l’éducation, aux revenus…)
▪les pratiques traditionnelles préjudiciables (mutilation génitale, mariage forcé, avortement sélectif…)

Des victimes silencieuses

La violence peut aussi entraîner la mort, par homicide, blessure grave ou suicide. En outre, l’opprobre entoure souvent les victimes, notamment lorsque les violences sont à caractère sexuel. Ces femmes sont alors souvent exclues par leur communauté et parfois même par leur propre famille. Face à ce risque, nombreuses sont celles qui gardent le silence sur les sévices qu’elles subissent.

Une mobilisation internationale

Longtemps niées, ou acceptées comme telle, les violences faites aux femmes font depuis peu l’objet d’une grande mobilisation, notamment de la part de la société civile et des organisations internationales. Cette mobilisation se base sur la conviction que les comportements violents et leurs conséquences peuvent être évités.

C’est parce que ces violences sont un problème majeur de santé publique que Médecins du Monde, soutenu par la MAAIONG [1] , contribue à la lutte contre les violences faites aux femmes dans 10 pays. Au-delà du soin, la vocation de l’association est de témoigner des injustices dont elles sont les victimes : en France, où les personnes se prostituant sont confrontées à la violence physique et sexuelle ; en Moldavie où MdM intervient pour prévenir la traite des femmes ; en Algérie, où nos équipes soutiennent et forment les écoutantes d’une ligne téléphonique anonyme et gratuite à destination des femmes et des enfants ayant subi des violences domestiques… ou encore en RDC, où MdM mène auprès des acteurs nationaux un programme de renforcement des compétences dans la prise en charge de la santé mentale et des violences sexuelles.

[1] MAAIONG, Mission d’Appui à l’Action Internationale des ONG du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes

« J’ai 19 ans. Quand j’étais âgée de 17 ans, mon frère aîné m’a violée, je suis tombée enceinte et j’ai dû avorter.[…] Personne, y compris mes parents, ne prenait ce crime au sérieux »,

raconte une jeune Pakistanaise. Si la loi du silence fonctionne le plus souvent dans ce genre de situation, il arrive que des femmes confient les violences qu’elles subissent. La consultation médicale représente d’ailleurs un lieu privilégié pour rompre le silence. C’est pourquoi MdM s’est emparé de ce problème de santé publique, en travaillant principalement sur les violences domestiques et les violences perpétrées en zone de conflit.

Des violences multiples et cachées

Une femme sur cinq dans le monde est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie*. Ce chiffre ne pourra baisser qu’avec une dénonciation systématique des violences, et notamment des violences domestiques. En Algérie, ce sont 60 % des femmes qui sont ainsi victimes de violences domestiques. Les acteurs de terrain, souvent situés dans des zones de conflit, ont

enregistré quant à eux un nombre grandissant de viols utilisés comme armes de guerre, avec l’intention de transmettre volontairement le sida aux victimes pour leur assurer une mort « lente et douloureuse ». À Kalémie, en République démocratique du Congo, les consultations médicales de MdMont relevé 63 cas d’agressions sexuelles par mois lors du premier trimestre 2006. Ces viols et autres violences perpétrés en zone de conflit ont des conséquences économiques et sociales radicales : les femmes sont humiliées, rejetées de leur communauté et de leur domicile. Elles sont alors seules et sans aucune ressource. Hormis les violences domestiques et celles commises en zone de conflit, les femmes peuvent également être victimes de la traite humaine, de prostitution forcée, de violences économiques et sociales, et de pratiques traditionnelles préjudiciables... C’est dans ce cadre de violence, de secret et d’humiliation que les acteurs de terrain doivent trouver leur place et la meilleure façon d’agir.

Pour une prise en charge pluridisciplinaire des victimes

Soigner reste le premier mandat de Médecins du Monde. Pourtant dans un contexte aussi sensible que
celui des violences faites aux femmes, la prise en charge médicale est indispensable mais pas suffisante. Les victimes doivent en effet bénéficier d’une prise en charge globale qui inclut galement l’accueil, le suivi psychologique, le suivi juridique et la réinsertion. Médecins du Monde travaille ainsi de concert avec des associations locales pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire et offrir à une femme victime de violence la possibilité d’une reconstruction entière et pérenne.

Détecter la violence, accueillir les victimes et leur proposer des réponses à la fois médicales et psychosociales... Les programmes mis en place pour les victimes de violences s’inscrivent dans une perspective à long terme, en France comme à l’étranger.

Comment dire la violence ? Le témoignage, point de départ de toute prise en charge efficace, reste une étape difficile à surmonter pour les femmes victimes de violences. Il revient donc aux équipes de l’association de l’accompagner le mieux possible, dans le respect de la confidentialité, et en vue de mettre en place le suivi le plus approprié.
Un travail à long terme qui commence par un check-up médical permettant, en cas de viol, de détecter la présence de MST, du VIH, et de fournir des vaccinations contre le tétanos et l’hépatite B. À ce stade, les équipes peuvent établir des certificats médico-légaux qui établissent l’existence des violences. Il s’agit d’une étape cruciale pour la victime puisqu’ils permettent de lancer le processus judiciaire, à commencer par le dépôt d’une plainte. «Au Nicaragua, nous avons pu constater que seulement 15 % des plaintes déposées donnaient lieu à une procédure complète. La raison est simple : l’expert habilité à établir le certificat était un homme, ce qui décourageait d’emblée de nombreuses femmes», analyse Marie-Laure Deneffe, responsable de la mission au Nicaragua.
L’association, qui a inauguré un centre d’accueil pour les femmes et leurs enfants le 25 novembre dernier, a recruté une femme gynécologue qui peut désormais établir ces certificats et faire prendre conscience aux femmes de leurs droits.

Du suivi psychologique à la construction du projet de vie.

Après l’expérience conduite auprès des enfants des rues au Mozambique et en Tanzanie, l’association ouvre en 1999 une mission à Kinshasa. «Dans un premier temps, nous avons constaté des besoins à travers une mission exploratoire. Nous avons ensuite cherché un partenaire local fiable. Nous avons monté notre projet aux côtés de l’association d’Aide à l’enfance défavorisée. Finalement, un réseau s’est monté entre les différents acteurs locaux », explique Didier Cannet, responsable de la mission. L’équipe commence donc par réhabiliter un centre d’accueil de jour préexistant. Un centre de prévention des MST et du VIH/Sida est ensuite monté aux côtés d’Africare pour répondre aux besoins des jeunes filles à la rue. Didier Cannet rappelle que « les enfants ne se retrouvent pas à la rue du jour au lendemain ».
L’échange des connaissances et des compétences des différents acteurs associatifs permet à la fois d’approcher beaucoup plus d’enfants, de mieux connaître leur histoire, et, surtout, de traiter les problèmes en amont. Le travail se fait alors avec les familles avant que l’enfant ne soit complètement livré à luimême. Au-delà de la réinsertion, un nouveau défi doit être relevé : celui de la drogue. Face à des enfants accros à la colle, les problèmes ne sont plus les mêmes et les missions doivent s’adapter.

Former et sensibiliser

Dans le cadre particulier de lutte contre les violences faites aux femmes, MdM travaille en partenariat
avec des institutions ou des ONG locales. Au-delà de la prise en charge médicale, MdM intervient aussi
via des actions de prévention et de sensibilisation auprès des communautés, la formation des acteurs
locaux mais également par des activités de plaidoyer auprès des gouvernements. Grâce à ses
différentes actions MdM cherche à redonner aux populations une autonomie et la capacité de lutter
contre les violences faites aux femmes.

TÉMOIGNAGES

Lien - Bruggeman, ancienne coordinatrice médicale au Darfour

« Si les femmes parlent difficilement des violences dont elles sont victimes, cette situation est d’autant plus critique au Darfour. Dans un camp de déplacés, la communauté a tendance à se renfermer sur elle-même et les personnes vivent dans une grande promiscuité. En plus des femmes violées au nom du conflit, nous avons pu observerde nombreuses violences domestiques, accentuées par les conditions de vie déplorables à l’intérieur du camp de Kalma. Notre mission a consisté à assurer une prise en charge médicale, en proposant aux femmes une contraception d’urgence et une prévention du VIH et des MST, ainsi qu’un accompagnement individuel des femmes en vue de les déculpabiliser. Leurs témoignages sont recueillis confidentiellement par un membre de notre mission et nous sommes prêts à les accompagner jusqu’au procès.»

Marie Bruyns, coresponsable de la mission en Algérie

«Agir contre la conspiration des oreilles bouchées.»
« En Algérie, l’aide aux victimes de violences se heurte notamment à un code pénal et à un code de la famille discriminatoires à l’égard des femmes et des enfants. Ainsi un enfant victime d’inceste est considéré comme complice par la loi pénale et risque d’être condamné. En partenariat avec les associations locales, nous avons mis en place une ligne d’écoute gratuite et anonyme afin d’aider les victimes et de les inciter à témoigner. Nous organisons actuellement des formations destinées aux acteurs des structures d’accueil et bientôt à l’ensemble des intervenants concernés par la prise en charge des victimes : policiers, juges, médecins, psychologues. L’objectif est de renforcer leurs compétences, le travail en réseau et de les convaincre d’une attitude empathique et de soutien à l’égard des victimes afin d’agir contre la conspiration des oreilles bouchées. »

Pour reconnaître la violence et ses victimes

En plus d’une prise en charge purement médicale, MdM développe une prévention de la violence en sensibilisant les communautés et les autorités à l’importance d’une prise en chargeet d’une réinsertion des victimes.

En République démocratique du Congo, les consultations prénatales ont permis de détecter les violences sexuelles et les grossesses résultant de viols. Mais il ne faut pas s’arrêter au traitement médical de ces violences. Dans chaque pays, nous devons nous adapter aux traditions pour faire prendre conscience aux victimes de la nécessité de ne plus être considérées comme des coupables. En Moldavie, une équipe travaille auprès de victimes de la traite humaine qui, de retour dans leur pays, ont des problèmes de réintégration dans la société. Comme elles ont perdu l’estime d’elles-mêmes, l’objectif est de les prendre en charge à tous les niveaux.

Travailler avec les communautés.

La violence résulte de facteurs historiques, culturels, économiques et politiques qui se perpétuent et lui permettent de rester souvent impunie. Sensibiliser comporte trois objectifs : la prise de conscience de l’existence d’une violence, la reconnaissance de la victime et la recherche d’une forme de pénalisation. C’est en passant par les chefs coutumiers et les leaders communautaires que nos équipes luttent contre la perception négative des victimes de violence. Les hommes sont encouragés à agir individuellement au sein de leur foyer mais aussi collectivement en association avec des organisations de femmes. Ils doivent réaliser que la violence est un crime dévastateur pour l’ensemble de la communauté et de la cellule familiale. Notre but est aussi de créer des réseaux d’acteurs locaux ou nationaux.

Soigner et témoigner

Le rôle de Médecins du Monde est également de dénoncer ces exactions à travers des témoignages, pour aboutir à une prise de conscience des comportements violents dans une société. Le recueil de témoignages s’avère précieux pour préciser les causes de violences répétées et donner du poids à notre parole auprès des autorités. Mais notre action doit s’appuyer sur la réelle volonté politique d’un gouvernement de pérenpérenniser les actions en faveur des droits humains. Les actions de plaidoyer s’intègrent donc dans nos missions. En Haïti par exemple, une collecte précise de données chiffrées est réalisée et analysée par nos équipes. Sans campagne de prévention et de sensibilisation, sans formation du personnel, sans justice condamnant les coupables, le phénomène de violence ne se tarira pas.

« Créer une formation interne pour l’ensemble des missions »

INTERVIEW DE ... Jérôme Larché, référent « violences faites aux femmes »

Pourquoi l’association intervient-elle sur les violences faites aux femmes ?

J.L. : Les femmes victimes de violences se confient souvent lors des consultations. C’est ainsi que de nombreuses missions de l’association ont rapporté l’ampleur du problème. Les violences faites aux femmes représentent une question de santé publique et touchent directement les médecins.

Quelle est l’approche de MdM sur cette problématique ?

Nous tentons d’aborder le problème dans son ensemble. D’une part, nous réalisons une prise en charge médicale, avec un accent particulier sur la prévention et le traitement du VIH (prophylaxie post exposition), et, d’autre part, nous intervenons sur l’aspect psychosocial de ces violences. Enfin, nous tentons de sensibiliser les communautés sur le problème. La plupart du temps, les femmes vivent une double victimisation : de la part de leur agresseur et de la part de leur entourage qui les rejette. Il est donc indispensable de travailler à la réinsertion des femmes dans leur communauté.

Quelles sont les perspectives de ces missions ?

Nous sommes en train de travailler sur cette problématique pour la traiter dans toute sa transversalité. Chacune des missions de Médecins du Monde est susceptible de se retrouver face à des femmes victimes de violences et l’objectif est qu’elles puissent y faire face. C’est pourquoi nous aimerions pouvoir mettre en place une formation interne à MdM pour intégrer cette problématique à l’ensemble des programmes.

Les missions de notre ONG auprès des femmes victimes de violence


Les femmes victimes de violences


Dossier réalisé par Camille Biet, Catherine Legras et Stéphanie Senet.

Mars 2008